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Agroécologie aux Antilles : il faut permettre aux agriculteurs de produire autrement et de vivre durablement de leur activité, affirme le Cirad
©Cirad

La transition agroécologique en Martinique et en Guadeloupe fait face à des contraintes socio-économiques majeures, observe une récente note du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) : faibles niveaux de revenus agricoles, coût élevé de la main‑d’œuvre, accès restreint aux ressources productives et marchés fortement encadrés. En ce qui concerne leurs pratiques, les exploitations doivent composer avec des marges de manœuvre particulièrement réduites. Dans ce contexte, la diminution durable de l’usage des produits phytopharmaceutiques dépend à la fois des conditions économiques de production et de la performance réelle des innovations agroécologiques. 

Les résultats du projet Ecophyto PUMAT développé par le Cirad entre 2021 et 2022 a mis en évidence une fragilité économique importante dans l’agriculture aux Antilles : 95% des exploitants déclarent un revenu mensuel inférieur à 1500 euros, et 71% un revenu inférieur à 1 000 euros, soit en‑dessous du seuil de pauvreté national. En Martinique comme en Guadeloupe, au moins la moitié des maraîchers recourent à des pesticides de synthèse, qu’ils soient ou non associés à des combinaisons de pratiques agroécologiques. En 2022, le projet a par ailleurs identifié une douzaine de pratiques agroécologiques effectivement mobilisées dans les deux territoires.

Les pratiques agroécologiques les plus répandues (plus de 70%) sont les rotations culturales, l’usage de débroussailleuses et le désherbage manuel. Les pratiques à diffusion intermédiaire (entre 20% et 52%) — paillage, associations de cultures, jachères, compost — reflètent l’introduction récente ou le caractère encore novateur de certaines techniques, notamment le paillage organique. Les pratiques faiblement adoptées (6% à 19%) traduisent des contraintes structurelles : accès limité à certaines ressources naturelles (fumier, purin), disponibilité récente de techniques agroécologiques ou obstacles réglementaires liés aux Autorisations de Mise sur le Marché des produits de biocontrôle.

« Le coût du travail représente jusqu’à 90% des coûts variables. Toute stratégie de réduction des produits de synthèse qui accroît la charge de travail sans sécuriser le revenu devient, de fait, économiquement fragile et non soutenable dans la durée », souligne le Cirad. « La démarche du projet a consisté à réduire la dépendance des agriculteurs aux produits phytopharmaceutiques sous la contrainte d’atténuer la pénibilité du travail sous sa forme physique mais aussi observationnelle », ajoute l’organisme.

Réussir la transition agroécologique aux Antilles, mais comment ?

Le projet Ecophyto PUMAT met en évidence une relation complexe entre revenu agricole et adoption de pratiques agroécologiques. Les pratiques agroécologiques contribuent globalement à l’augmentation du revenu, mais les exploitants disposant de revenus plus élevés tendent paradoxalement à investir moins dans ces pratiques. Les analyses du projet distinguent deux profils d’exploitations maraîchères. Les exploitations intégrées à des chaînes de valeur structurées sont soumises à des cahiers des charges pouvant imposer des traitements phytosanitaires pour accéder aux marchés. À l’inverse, les exploitations de plus petite taille et moins dotées en capital productif ne sont pas soumises aux mêmes contraintes, ce qui explique le caractère apparent du paradoxe observé entre revenu et pratiques agroécologiques.

Dans tous les cas, l’appartenance à une organisation formelle constitue un facteur déterminant : elle favorise simultanément la hausse du revenu et l’investissement agroécologique. Toutefois, ces organisations de producteurs demeurent économiquement fragiles, en raison des contraintes structurelles propres aux petites économies insulaires (taille réduite des marchés, faibles économies d’échelle, coûts élevés du transport international). Leur capacité à jouer un rôle moteur dans la transition agroécologique dépend donc étroitement de leur propre pérennité économique.

« Réduire durablement l'usage des pesticides ne dépend pas uniquement de la performance des innovations agroécologiques. Encore faut-il que les exploitations disposent des conditions économiques et sociales nécessaires pour les adopter », remarque le Cirad. Dans un contexte caractérisé par des revenus agricoles faibles, un coût élevé de la main‑d’œuvre et des contraintes structurelles spécifiques, la diffusion des pratiques préventives ne pourra progresser que si elles s’inscrivent dans un environnement économique favorable. Réussir la transition agroécologique aux Antilles implique ainsi non seulement de transformer les modes de production, mais aussi de garantir aux agriculteurs des conditions leur permettant de vivre durablement de leur activité.

PM

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