Littérature : Jusqu’à mardi, l’île de Ouessant en Bretagne est la capitale du livre insulaire

Littérature : Jusqu’à mardi, l’île de Ouessant en Bretagne est la capitale du livre insulaire

Chaque année depuis 28 ans, la mythique île bretonne accueille le Festival du livre insulaire. Débuté vendredi, il se poursuit jusqu’à mardi, avec la présence, entre autres, de l’éditeur calédonien O Éditions Pacifique Sud. Sur place, l’ancien journaliste et écrivain Benoît Saudeau (Presqu’îlien, La légende du Phare Amédée) nous raconte.

On ne passe pas par Ouessant, l’île sentinelle. On y vient. C’est déjà l’outre-mer. Après, c’est l’Amérique.

Ici, depuis 28 ans, auteurs et éditeurs ultramarins se retrouvent au rythme de leurs travaux et mêlent leurs lignes à d’autres venues d’autres ailleurs, elles aussi sentinelles d’une littérature sans barrières ni a priori modeux. Pendant 5 jours se côtoient des univers culturels qui ont la mer en partage et leurs talents à revendre. Qu’on feuillette ou mieux, qu’on lise leurs livres et qu’on interroge leurs éditeurs qui, en plus du Pacifique ou de l’Océan Indien ont franchi le Passage du Fromveur et l’on en aura la preuve.

Les îles sources de création, un poncif vieux comme le monde, mais qui se renouvelle chaque année, raconte, transmet, questionne via romans, poésie, littérature enfantine, livres d’art et de découvertes, graphismes, biographies, recherches d’une vie, odes aux rivages, chroniques d’archipels, désirs de vivre ensemble  ̶  ou plutôt défis ?  ̶  théâtre, témoignages de combat, contemplations ou contes qui s’extirpent enfin de la gangue exotique où ils ont longtemps été confinés.

Ici, sous le soleil parfois capricieux des jardins bordant la baie de Lampaul, on participe à des lectures publiques qui font résonner l’écrit et renouvellent la tradition orale, on écoute des vers parfois exigeants arrivés de tous les côtés de la Terre, d’autres nés à deux pas d’ici, on entend des voix dont on s’amuse à reconnaître les accents, on évoque avec elle le créole de la réunionnaise Monique Sèverin, la mère de Kozima, La bâtarde du Rhin, on salue L’enfant du vent des Féroé, lauréat du prix de la sélection littéraire 2026de Aurélien Gauthrie (Éditions noir sur blanc), on s’aventure dans la force obscure des châtaigniers corses avec Jean-Louis Pierraggi (Éditions Albiana), on rêve d’un autre St Barth avec Jean-Claude Maille (Éditions L’atelier du noyer)on relit les Géotropiques du malgache Johary Ravaloson (Éditions Dodo vole), on suit les chemins d’étoiles des navigateurs marquisiens avec Zoé Lamazou, on découvre les haïbuns du calédonien Nicolas Kurtovitch et on s’interroge avec Anne Bihan et Anouck Faure, les autres « calédoniennes de Bretagne », sur l’existence des frontières dans des océans sans limites autres que celles que les hommes y ont dressé.

En chemin, on salue bien bas les éditeurs indépendants, il en reste heureusement. Ils prennent tous les risques en se coltinant les obstacles économiques qui brisent trop souvent les élans émergeant sur nos côtes. Comme si le livre devait ne jamais échapper à son sort de victime des conflits qui jalonnent l’histoire de ces pays alors qu’ils pourraient les éclairer. Allez en parler avec Yannick Jan, l’éditeur calédonien passionné d’O Editions Pacifique Sud dont le catalogue s’enrichit chaque année et fait rayonner notre langue dans le monde entier, mais à quel prix ! Ou à Caroline Dujardin, l’éditrice de Mon autre France, qui bataille pour que vivent et voyagent ses auteurs de Saint-Pierre et Miquelon. Et combien d’autres comme eux ?

Dans L’île (Éditions Beltan), le créateur et animateur, avec sa femme Anne, cheville ouvrière du Festival du Livre insulaire, Henry Le Bal écrit : Au bout de l’île n’est pas la mer, mais une autre île. Au bout des mots n’est pas le silence, mais d’autres mots

Ceux entendus ces jours-ci font d’Ouessant une capitale inspirante du bout du monde.

BS