La cour d’appel de Paris a confirmé lundi le non-lieu dans le scandale sanitaire du chlordécone, pesticide utilisé aux Antilles en dépit des alertes sur sa nocivité, fermant la porte à la réouverture d’une enquête pénale, a-t-on appris auprès d’avocats de parties civiles.
Trois des avocats de parties civiles qui avaient fait appel du non-lieu prononcé en 2023 par des juges d’instruction parisiennes, ont indiqué à l’issue de la décision réfléchir à se pourvoir en cassation. L’un d’entre eux, Me Christophe Lèguevaques, a estimé qu’il s’agissait d’un « jour sombre pour la justice ».
Classé depuis 1979 comme agent possiblement cancérogène, ce produit a été utilisé aux Antilles dès 1972 et par dérogation jusqu’en 1993 alors qu’il était interdit dans l’Hexagone dès 1990. Le chlordécone, qui fut répandu dans les bananeraies pour lutter contre le charançon, est au coeur de cette affaire tentaculaire, entre les mains de la justice depuis deux décennies.
Le produit peut rester dans les sols jusqu’à 600 ans. Plus de 90% de la population adulte, en Guadeloupe et en Martinique, est contaminée, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). « L’exposition au chlordécone, perturbateur endocrinien, comporte des risques pour la grossesse et le neurodéveloppement de l’enfant », lit-on aussi sur le site de l’Assurance maladie.
Dès 2006, de premières plaintes pour administration de substances nuisibles ou empoisonnement, contre l’État ou contre X, émanent d’associations guadeloupéennes et martiniquaises de producteurs agricoles, de consommateurs, de défenseurs de l’environnement ou encore de protection de la santé. Une information judiciaire est ouverte en 2008 à Paris.
Le dossier suscite une colère toujours vive aux Antilles. « Justice ! Réparation ! », avaient scandé samedi place de la Bastille à Paris la centaine de manifestants rassemblés, notamment, à l’appel du collectif Diasporas solidaires avec les victimes de l’empoisonnement colonial (Dsavec).
Comme un écho aux rassemblements prévus le même jour à Fort-de-France (Martinique) et Capesterre-Belle-Eau (Guadeloupe).
Les « peuples de Guadeloupe et de Martinique ont été empoisonnés entre les années 1970 et 1990, et pour encore cinq siècles, par les gouvernements successifs français et leurs complices békés (blancs créoles descendants de colons propriétaires d’esclaves, NDLR) », avait dénoncé avant la décision de lundi Me Georges-Emmanuel Germany, avocat partie civile, interrogé par l’AFP.
Avec AFP

