ÉCOUTEZ OUTREMERS 360 RADIO

Outremers 360°
Toute l'actualité des Outre-mer à 360°
Hydrocarbures : élus et socio-professionnels guyanais unis avant le vote à l’Assemblée nationale

À quelques heures de l'examen à l'Assemblée nationale de la proposition de loi du sénateur de Guyane Georges Patient visant à autoriser de nouveau la recherche et l'exploitation des hydrocarbures en Outre-mer, la mobilisation s'intensifie en Guyane. Maires, élus territoriaux et représentants du monde économique affichent un front commun pour défendre ce qu'ils considèrent comme un enjeu majeur de développement, de souveraineté et d'égalité territoriale. Le vote à l’Assemblée nationale doit se tenir ce jeudi 11 juin. Un sujet de notre partenaire Radio-Télé Péyi Guyane. 

Le vote des députés est désormais attendu comme un moment majeur pour l'avenir du territoire. Entre promesse de développement économique, enjeux de souveraineté nationale et impératifs environnementaux, le débat dépasse largement le cadre guyanais. Pour les élus réunis ce mercredi 10 juin comme pour les acteurs économiques : la Guyane doit pouvoir décider de l'avenir de ses ressources naturelles au même titre que ses voisins du plateau des Guyanes.

Les maires de Guyane ferment symboliquement leurs hôtels de ville

L'appel est inédit. À l'initiative de l'Association des Maires de Guyane (AMG), plusieurs communes fermeront leurs hôtels de ville au public ce jeudi 11 juin afin de marquer leur soutien à la proposition de loi examinée au Palais Bourbon.

Dans une motion adoptée à l'unanimité le 26 mai dernier, les maires et présidents d'intercommunalités dénoncent les conséquences de la loi Hulot de 2017 qui interdit toute nouvelle exploration et exploitation d'hydrocarbures sur le territoire français. Pour les maires de Guyane, le territoire se retrouve dans une situation paradoxale et lance un appel solennel aux députés français : « La Guyane ne demande ni privilège ni dérogation. Elle demande que ses ressources, son potentiel et sa position stratégique puissent contribuer pleinement au développement de son territoire et au progrès de ses habitants ».

Les maires soulignent notamment le contraste avec les pays voisins comme le Guyana et le Suriname, engagés dans un développement accéléré grâce aux ressources pétrolières offshore. Ils réclament également que toute éventuelle exploitation future s'inscrive dans un cadre strict garantissant les plus hauts standards environnementaux et que les retombées économiques bénéficient prioritairement aux Guyanais.

La Collectivité Territoriale de Guyane défend également la proposition de loi Patient

La mobilisation des maires rejoint celle de la Collectivité Territoriale de Guyane. Dès le 29 janvier 2026, l'Assemblée de Guyane avait adopté à une large majorité une motion de soutien à la proposition de loi portée par le sénateur Georges Patient. Le texte dénonce l'application de la loi Hulot en Guyane et estime qu'elle prive le territoire d'un levier potentiel de développement économique.

Les élus territoriaux mettent notamment en avant les découvertes réalisées au large du plateau des Guyanes ainsi que les projets pétroliers engagés chez les voisins régionaux. Dans leur motion, ils rappellent que « La France continuera quoi qu'il arrive à consommer du pétrole au moins jusqu'en 2050 » et considèrent que l'exploitation de ressources guyanaises pourrait contribuer à renforcer la souveraineté énergétique nationale.

TotalEnergies pas convaincu

L'Assemblée de Guyane pointe également ce qu'elle considère comme une « incohérence » : la participation de TotalEnergies à de vastes projets pétroliers au Suriname, alors que toute exploration demeure interdite côté français. Lors de son assemblée générale le 29 mai, le patron de TotalEnergies avait toutefois estimé que « les chances de succès » des explorations en Guyane étaient « extrêmement faibles », faisant un distinguo entre le bassin du Suriname et celui de la Guyane, où des explorations, infructueuses, avaient déjà été menées avant la loi Hulot de 2017. 

Lire aussi : « Les chances de succès » d’exploration d’hydrocarbures en Guyane « sont extrêmement faibles », assure le patron de TotalEnergies Patrick Pouyanné

Les socio-professionnels plaident pour un « électrochoc économique »

Le monde économique guyanais s'est lui aussi invité dans le débat. Dans un courrier adressé au Premier ministre, plusieurs organisations patronales -dont le Medef Guyane, la CPME, la Fédération du BTP ou encore le Mouvement des Entreprises de Guyane- appellent l'État à revoir sa position. Pour ces acteurs économiques, la question dépasse largement le seul cadre énergétique : « La Guyane n'est pas un fardeau. Elle est un levier permettant à la France de jouer un rôle décisif dans la sécurisation des approvisionnements européens en matières premières critiques ».

Les signataires évoquent également le potentiel du sous-sol guyanais en minerais stratégiques, tels que le lithium, le niobium ou le tantale, devenus essentiels pour la transition énergétique et les industries de défense.

Face à un taux de pauvreté estimé à 44 % et un chômage parmi les plus élevés de France, ils estiment qu'un nouveau modèle économique doit émerger. « Nous ne voulons pas être payés pour rester pauvres. Nous voulons le droit de créer de la richesse », affirment les représentants du secteur privé. Pour eux, la valorisation des ressources naturelles pourrait permettre de financer le développement des infrastructures, la formation des jeunes, l'emploi local et la transition énergétique du territoire.

Radio-Télé Péyi Guyane