Le tribunal administratif de Guyane a examiné jeudi un recours collectif déposé par plusieurs associations contre l'Etat, qui dénonce des "carences fautives" des autorités dans la lutte contre l'exploitation aurifère illégale, un fléau aux impacts environnementaux, sanitaires et sociaux désastreux.
Déposé en 2024 par six associations, ce recours estime que l'Etat n'a pas pris les mesures nécessaires pour prévenir les atteintes à l'environnement, protéger la santé des populations et mettre fin aux activités illégales des orpailleurs clandestins.
« L'Etat a failli dans ses obligations, notamment définies par la charte de l'environnement, à valeur constitutionnelle, qui garantit le droit à vivre dans un environnement sain», a souligné à l'audience Me Megan Seube, avocate des requérants.
Ces derniers demandent notamment la reconnaissance d'un préjudice écologique, une requête inédite dans ce territoire pourtant touché depuis plusieurs décennies par l'orpaillage illégal, principalement mené par des ressortissants du Suriname et du Brésil voisins.
Cette exploitation aurifère est responsable de la destruction de 150 hectares de forêt et de 100 km de cours d'eau chaque année; depuis 2003, plus de 3.600 kilomètres de rivières ont été détruits en Guyane, soit l'équivalent de sept fois la Garonne, selon un rapport parlementaire.
«On veut simplement revivre la vie d'avant», a déclaré à l'AFP Michel Aloïké, chef coutumier du village Taluen.
A cause de l'imprégnation au mercure, utilisé massivement par les orpailleurs clandestins bien qu'interdit en Guyane depuis 2006, «nos enfants sont sourds et muets, ont des retards de développement physique et intellectuel», déplore ce requérant.
Mise en cause, la préfecture de Guyane estime, au contraire, déployer des moyens considérables pour lutter contre ce fléau. Quelque 280 gendarmes et militaires sont mobilisés quotidiennement et plus de 1.000 patrouilles sont effectuées chaque année dans le cadre de l'opération Harpie, lancée en 2008 et dotée de 70 millions d'euros par an.
«L'Etat déploie des moyens pour que la situation ne soit pas hors de contrôle», a souligné le rapporteur public du tribunal administratif avant de conclure au rejet des requêtes, estimant que l'Etat «est soumis à une obligation de moyens et non de résultats».
Le tribunal a indiqué qu'il rendra sa décision «dans quatre semaines», sans préciser de date exacte.
Avec AFP





















