La Guyane applique un ensemble important de normes encadrant les activités minières, tant durant l’exploitation qu’au moment de la fermeture des sites. Les actions de réhabilitation mises en œuvre visent principalement à réduire les transferts de particules vers les cours d’eau. Cet objectif est déterminant, mais il ne couvre qu’une dimension du problème, d’après une note de Naomi Nitschke, géochimiste au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). En effet, même lorsque l’érosion des sols issus de l’activité minière est correctement maîtrisée, ils demeurent largement appauvris, ce qui peut freiner la restauration écologique et limiter l’efficacité des programmes de réhabilitation des anciens sites.
Dans ce vaste territoire amazonien, l’orpaillage illégal, échappant par définition à tout cadre réglementaire, recourt à l’usage de mercure pour l’extraction de l’or, provoquant une contamination durable des cours d’eau et des sols environnants. À l’inverse, les exploitations aurifères légales ont strictement l’interdiction d’utiliser ce procédé, sans que cela implique pour autant un impact environnemental négligeable. Une pluralité de normes encadre désormais l’activité afin d’en réduire les effets, tant durant l’exploitation qu’au moment de la fermeture des sites, et les opérateurs miniers ont l’obligation de procéder à la réhabilitation complète de leurs sites après exploitation.
« Mais ces techniques, si elles limitent l’érosion des sols, ne suffisent pas à relancer toutes leurs fonctions biologiques », déplore la géochimiste du BRGM. Pour appréhender les impacts environnementaux de l’orpaillage, Naomi Nitschke rappelle que l’extraction aurifère nécessite l’enlèvement de la couche superficielle du sol afin d’atteindre la zone contenant l’or. Mais cette opération déstructure les sols, les expose directement aux intempéries et accroît fortement leur vulnérabilité à l’érosion. Elle entraîne, en conséquence, d’importants transferts de particules vers les cours d’eau, avec des effets significatifs et durables sur les écosystèmes fluviaux et la chaîne alimentaire.
Dans le cadre de l’orpaillage légal, la réhabilitation des sites repose sur plusieurs opérations : un remodelage topographique du terrain, la remise en place du cours d’eau exploité, ainsi que la replantation d’arbres sur au moins 30% de la surface concernée. Une fois ces mesures engagées, l’érosion est réduite par trois en l’espace de six mois, puis devient quasiment nulle après trois ans. Étant donné que la majeure partie du mercure se trouve associée aux particules en suspension, la diminution de l’érosion implique mécaniquement une baisse des transferts de mercure vers les cours d’eau. « Cette rapide stabilisation des sols est permise essentiellement par une repousse spontanée d’espèces herbacées sur la surface d’un site minier, plutôt que par la végétalisation opérée par l’entreprise minière », relève le BRGM.
Des solutions naturelles et techniques existent
« Cependant, une couverture superficielle de plantes herbacées n’est pas suffisante pour permettre une réhabilitation efficace d’un site. L’objectif final est d’obtenir une forêt secondaire. Pour passer d’un stade végétatif (herbacées et arbustes) à un stade forestier, les sols doivent récupérer leurs fonctions », affirme la géochimiste. Au terme de cinq années de suivi, aucun progrès notable n’a été observé pour l’ensemble des indicateurs étudiés. Ceux‑ci sont demeurés à des niveaux très inférieurs à ceux mesurés dans les sols de la forêt environnante. Cette stabilité suggère que, si les techniques actuelles de réhabilitation parviennent efficacement à réduire l’érosion, elles restent nettement moins performantes pour restaurer les fonctions écologiques du sol.
Une source d’espoir demeure néanmoins. Bien qu’aucune évolution temporelle n’ait été mise en évidence, des variations spatiales ont été observées. En périphérie du site minier, les concentrations en azote et en carbone dans les sols apparaissent plus élevées qu’en son centre. Cette différence peut être attribuée à l’apport de matière organique, de microorganismes ou de graines provenant de la forêt voisine, transportés lors des épisodes pluvieux. Ce phénomène, largement documenté et connu sous le nom d’« effet lisière », favoriserait vraisemblablement une recolonisation végétale progressive des zones exploitées, depuis les marges vers l’intérieur du site.
Lire aussi : Inventaire des ressources minérales: le BRGM annonce de résultats du Sillon Nord de la Guyane en février 2029
« Actuellement, les agences de régulation de l’État fixant les normes de réhabilitation se focalisent essentiellement sur les réductions d’export de particules vers les rivières. Cet objectif est globalement atteint », assure Naomi Nitschke. Cependant, il convient également de porter une attention soutenue aux fonctions du sol, afin d’éviter que les sites réhabilités ne demeurent au stade d’une simple couverture végétale, sans véritable reconstitution forestière, précise la géochimiste. Ainsi, certaines entreprises locales proposent des plants déjà inoculés avec des bactéries capables de fixer l’azote atmosphérique, de l’intégrer aux sols et, ce faisant, de faciliter les processus de revégétalisation.
PM

