Santé publique France (SPF) vient de publier une étude sur la santé mentale des jeunes scolarisés en Guadeloupe en 2023, portant sur un échantillon d’un peu plus de 2000 élèves allant de la 6e à la terminale. Si la majorité des personnes interrogées ont affirmé être en bonne ou en excellente santé, un niveau de bien-être mental n’a été reconnu que pour 56% des collégiens et 48% des lycéens. Un risque important de dépression concernait 17% des élèves de 4e et 3e et 16% des lycéens. Par ailleurs, un quart des lycéens ont admis avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 mois précédant l’enquête. Les conditions psychiques des filles sont plus dégradées que celles des garçons.
En 2023 en Guadeloupe, 81% et 74% des collégiens et des lycéens respectivement se disaient en bonne ou excellente santé, et 80% et 70% des mêmes considéraient leur vie comme positive. Cependant, seuls 56% des collégiens et 48% des lycéens avouaient avoir un bon bien-être mental. Ce dernier diminue d’ailleurs avec l’avancée du niveau scolaire. En outre, selon SPF, « au cours des 12 mois précédant l’enquête, 26% des collégiens et 31% des lycéens déclaraient avoir éprouvé un sentiment de solitude « la plupart du temps » ou « toujours ».
Durant les six mois avant l’enquête, des préoccupations psychologiques et somatiques ont été relevées chez les élèves, comme l’irritabilité, la nervosité, et des problèmes d’endormissement. Ces situations affectaient plus fréquemment les lycéens. D’autres syndromes dépressifs ont été évoqués : un défaut d’énergie (47% chez les 4e-3e et 53% chez les lycéens), des sentiments de contrariété face à de petites difficultés (48% chez les 4e-3e et les lycéens), le découragement (43% chez les 4e-3e et 48% chez les lycéens), et des problèmes de réflexion (43% chez les 4e-3e et 47% chez les lycéens).
Par ailleurs, « interrogés sur la question du suicide, 25% des lycéens ont déclaré avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 mois précédant l’enquête, et 17% des élèves ont déclaré avoir déjà fait une tentative de suicide au cours de leur vie. Celles qui ont fait l’objet d’une hospitalisation concernaient 2% des lycéens », précise SPF.

L’étude révèle qu’en Guadeloupe les filles sont plus affectées par les fragilités psychologiques. Au lycée, sur l’année considérée, les filles étaient 77% à mentionner des problèmes de santé mentale contre 46% des garçons. En ce qui concerne les facteurs de dépression au collège, 26% des filles mais seulement 8% des garçons présentaient un niveau de risque. Les filles avaient également plus de conduites suicidaires que les garçons.
SPF rapporte « que les garçons scolarisés en Guadeloupe en 2023 sont plus enclins que les filles à se considérer en bonne santé ». Ils ont aussi une meilleure perception de leur vie en général, et ces écarts augmentent durant les années de lycée. L’organisme de santé publique cite à ce sujet une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publiée en mai 2024 qui corrobore cette tendance. Celle-ci révèle « une vulnérabilité particulière des adolescentes et des jeunes femmes, qui apparaissent davantage concernées par les syndromes anxio-dépressifs et les pensées suicidaires depuis 2020 ».
La situation des élèves apparaît préoccupante, comme c’est déjà le cas en France hexagonale, mais elle se révèle encore plus marquée en Guadeloupe. Cette évolution s’inscrit dans un contexte où les adolescents subissent de multiples pressions : intensification des exigences scolaires et des choix d’orientation, inquiétudes quant à leur avenir professionnel, harcèlement entre pairs, consommation de substances psychoactives, conditions de vie et relations sociales parfois fragilisées, exposition croissante aux réseaux sociaux et aux normes qu’ils imposent, sans oublier les crises sociétales et environnementales. « L’accumulation de ces facteurs de stress pourrait contribuer à des niveaux élevés de mal-être psychique », souligne l’étude.
PM
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