L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) vient de publier trois études sur les conjonctures économiques des Antilles-Guyane pour l’année 2025. En Guadeloupe, l’activité se contracte, malgré une augmentation de la consommation des ménages. La Guyane retrouve le chemin de la croissance après deux années de baisse grâce à la reprise de l’activité spatiale, et la Martinique enregistre une stagnation après une légère
En 2025 en Guadeloupe, l’économie se replie avec une baisse du produit intérieur brut (PIB) de 0,5%, après une hausse de 1,7% en 2024. Sur l’année considérée, le PIB par habitant atteint 29 500 euros, contre 43 400 euros au niveau national. Les exportations de biens et de services se contractent de 5,7% en volume, une diminution due principalement à la diminution des dépenses touristiques (-6,7%), après une forte augmentation observée en 2024 (+18,5%). Les indicateurs du tourisme demeurent cependant bien orientés. L’aéroport Guadeloupe Maryse Condé enregistre par exemple une hausse de fréquentation de 1,8%, la portant à 2,1 millions de passagers, favorisant les exportations de services de transport.
En ce qui concerne les exportations de biens hors produits pétroliers, ils baissent de 4,7% en volume. « Cette baisse est particulièrement marquée dans l’industrie, avec des diminutions en volume de 4,8% pour le sucre et le rhum, de 16,9% pour les autres produits agro-alimentaires et de 5,6% pour les autres biens manufacturés. À l’inverse, les exportations agricoles progressent, avec une hausse de 2,2% en volume pour la banane et de 4,4% pour les autres produits agricoles », souligne l’Insee.
L’inflation a ralenti en 2025. Les prix à la consommation s’établissent en moyenne à +1,3% (contre +2,6 % en 2024), à cause essentiellement de la baisse des prix de l’énergie. La consommation des ménages augmente de 1,2%, et représente le principal moteur de la croissance, mais elle est obérée par la hausse du recours au crédit. La consommation publique, quant à elle, stagne à -0,1% après une augmentation de 1,3% en 2024. Enfin, l’investissement se replie pour la troisième année consécutive (-1,8%), marqué par la baisse des dépenses publiques et dans le secteur de la construction (-4,2% en volume), avec un recul de l’emploi salarié dans cette filière (-5,2%).

En Guyane, la croissance est de retour en 2025 avec une hausse du PIB de 3,9% après deux années de baisse consécutives. L’activité du spatial soutient cette tendance avec un redémarrage après deux années de transition. « Cette reprise se traduit par une forte progression des exportations (+76,1% en volume), après le net recul enregistré en 2024 (-29,2%). En 2025, 58,2% des exportations totales en valeur relèvent de l’industrie du spatial », relève l’Insee. Hors spatial, les exportations sont en hausse de 10,3%. L’activité touristique favorise également les exportations. Le secteur a connu une progression de 7%, grâce à l’augmentation du trafic aérien notamment (+5,5% de passagers).
La croissance est aussi dopée par la consommation des ménages, qui y contribue à hauteur de 1,8 point. Cette dernière est en hausse de 3%, après une augmentation de 1,9% en 2024. Cette tendance est déterminée à la fois par le ralentissement de l’inflation (+1,5% en 2025 contre +3% l’année précédente), qui soutient le pouvoir d’achat, et sur la dynamique du marché du travail. L’emploi salarié continue en effet de progresser en Guyane, bien que l’on constate un repli de son rythme (+1% après +2% en 2024). Dans cette configuration, les crédits à la consommation sont à la hausse de +9,6% après +7% en 2024.
L’investissement recule de 2,1% en volume, après avoir enregistré une hausse marquée de 11,1% en 2024. Cette contraction s’explique principalement par la baisse des dépenses d’investissement public, qui diminuent de 9,2% en valeur, après une progression de 4,6% l’année précédente. À l’inverse, l’investissement privé connaît une nette accélération, en hausse de 14,7% en valeur, portée par plusieurs projets majeurs, notamment la centrale de bioénergie du Larivot (600 millions d’euros) et la centrale biomasse de Sinnamary (145 millions d’euros). « Cette dynamique de l'investissement s'observe également dans la hausse des encours des crédits d’investissement (+8,3 % en 2025) », précise l’Insee.

En Martinique, le PIB stagne en 2025 (+0,1%), après une faible progression en 2024 (+0,3%). Il est cependant le plus élevé des Antilles-Guyane par habitant (31 000 euros, contre 29 500 euros en Guadeloupe et 18 500 euros en Guyane). Selon l’Insee, la contraction de l’investissement ralentit la croissance : « L’investissement global décline (-6% en volume) et constitue l’unique composante du PIB contribuant négativement à la croissance (-1 point). Cette baisse s’explique principalement par le repli de l’investissement dans la construction (-8,5% en volume). En valeur, l’investissement privé, qui représente trois-quarts de l’ensemble, baisse de 3,3%. (…) L’investissement public se replie également (-6,7% en valeur, contre +5% en 2024) ».
L’inflation a cependant ralenti sur l’année considérée : les prix à la consommation sont en hausse en moyenne de 1,1%, contre 2,8% en 2024. Cela est dû notamment à la diminution des prix de l’énergie, de l’alimentation et des produits manufacturés. Aussi, la consommation des ménages augmente de 1% et représente le principal moteur de la croissance, dont sa contribution est de 0,6 point. Mais elle demeure empêchée par la détérioration du marché du travail. L’emploi salarié se replie en effet de 0,4% en 2025 (0,5% en 2024), surtout dans le secteur privé (-0,7%) qui concentre près des deux tiers de l’emploi salarié.
Le volume des échanges extérieurs diminue. Les importations de biens et services se contractent (-0,6%), en rapport avec un repli des achats de produits pétroliers. Les exportations hors produits pétroliers baissent nettement (-10,4%). Cette diminution s’explique principalement par la baisse des exportations de biens manufacturés et de produits agroalimentaires, respectivement de 22,9% et 10,6% (hors sucre et rhum). Par ailleurs, « comptabilisées comme des exportations de services, les dépenses touristiques reculent de 1,4% en Martinique, pour atteindre 587 millions d’euros en 2025, contribuant à la baisse globale des exportations », ajoute l’Insee. Enfin, la consommation publique est atone après avoir été le principal contributeur de la croissance en 2024.

PM

