De la physique à la préfectorale, de la Martinique à l'Elysée, Régine Pam, préfète de la Haute-Marne incarne ce que la République offre à celles qui osent « La liberté de choix est la plus belle opportunité pour les femmes.»

De la physique à la préfectorale, de la Martinique à l'Elysée, Régine Pam, préfète de la Haute-Marne incarne ce que la République offre à celles qui osent « La liberté de choix est la plus belle opportunité pour les femmes.»

Comment passe-t-on de l’enseignement de la physique à la haute fonction publique de l’État ?  Professeure de physique à 21 ans, championne du monde de régate, passée par la gestion des risques majeurs en Martinique, la cohésion sociale en Guadeloupe, la reconstruction de l’État à Saint-Martin après l’ouragan Irma ou encore la direction des opérations à l’Élysée, Régine Pam, aujourd'hui préfète de la Haute-Marne, a construit une trajectoire où la rigueur scientifique rencontre le sens de l’action. Une manière d’exercer l’autorité façonnée par la pédagogie, l’expérience du terrain et la force des modèles féminins. Pour Outremers 360, et à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Régine Pam revient sur ses racines martiniquaises, les femmes qui l’ont inspirée, les obstacles rencontrés et le message qu’elle souhaite transmettre aux jeunes générations.

 

80 ans de l'école de gendarmerie de Chaumont, 2025.

Des racines ultramarines comme boussole

 Chez Régine Pam, les racines ne sont pas un décor : elles sont une manière d’être au monde. Née à Paris, d’origine martiniquaise, elle a grandi entre la Martinique et Toulouse, avec très tôt cette expérience des attaches multiples et du regard porté sur les territoires. « Mes racines ont clairement nourri mon parcours », dit-elle.

En poste à la préfecture de Guadeloupe, un chauffeur lui demande un jour pourquoi elle ne rentre pas en Martinique chaque week-end. Sa réponse claque comme un aveu d’appartenance : « Mais je suis guadeloupéenne ! » Tout Régine Pam est déjà là, dans cette phrase. La conscience de ses racines, bien sûr, mais aussi cette capacité à faire sien le territoire où elle sert, à s’y inscrire pleinement, sans hiérarchie affective ni réflexe de comparaison.

Car sa conception de l’État passe d’abord par la connaissance du territoire avant de prétendre le comprendre. Être préfète, pour elle, c’est être présente, dialoguer avec tous les acteurs, écouter avant de décider. Dans les Outre-mer plus qu’ailleurs, elle défend une autorité de terrain, attentive aux histoires locales et aux équilibres propres à chaque île. « Il faut identifier les nuances, les différences, et surtout ne pas comparer les territoires ultramarins entre eux », rappelle-t-elle.

La vocation de transmettre

Avant la préfectorale, il y a la vocation d’enseigner. À 21 ans, Régine Pam devient professeure de physique. Une évidence née quelques années plus tôt sur les bancs du lycée, à Toulouse, où elle choisit une filière scientifique à une époque où les filles y sont encore peu nombreuses. En terminale, elles ne sont plus qu’une poignée. Mais une rencontre va tout changer : « C’était une forme d’inspiration pour moi de voir une professeure de physique que j’avais trouvée exceptionnelle. C’est elle qui m’a donné le goût de la compréhension de la mécanique. »

La physique ne sera jamais pour elle un simple bagage académique : elle devient une manière de penser. Comprendre les forces en présence, analyser les équilibres, chercher les causes d’un déséquilibre avant d’agir. Une rigueur qui, plus tard, irrigue naturellement sa manière d’exercer l’action publique.

« Mon parcours ne s’est pas construit avec un objectif précis. Ce sont les opportunités et les rencontres qui l’ont façonné »

Chef de projet à la Cité des sciences et de l’industrie, où elle poursuit son parcours, elle comprend que la connaissance n’a de valeur que si elle se partage. Elle découvre le plaisir de rendre les savoirs accessibles et de susciter des vocations, notamment chez les jeunes filles encore trop peu nombreuses dans les filières scientifiques. La pédagogie devient alors bien plus qu’un métier : une méthode. Expliquer pour convaincre. Écouter pour comprendre. Rassembler des acteurs différents autour d’une solution. Ce fil rouge ne la quittera plus. Et lorsque son parcours la mènera vers les responsabilités de l’État, cette rigueur héritée des sciences restera sa boussole.

 Discours de prise de fonction préfecture de la Haute-Marne, 2023

«Je crois beaucoup à la force du modèle»

Les rencontres et des modèles qui façonnent une carrière

« Mon parcours ne s’est pas construit avec un objectif précis. Ce sont les opportunités et les rencontres qui l’ont façonné », explique-t-elle.

Certaines figures ont laissé une empreinte particulière. Lorsqu’elle rejoint la préfectorale, la figure de Marcelle Pierrot, alors préfète de la Guadeloupe, marque particulièrement son parcours préfectoral. Voir une femme, guadeloupéenne, exercer ces responsabilités dans un territoire ultramarin agit comme une confirmation : cette voie est possible.

Autre référence majeure, Simone Veil, qu’elle évoque comme une véritable figure potomitan. Une femme capable d’incarner une cause avec détermination, sans jamais céder à l’affrontement des genres ni à la communication facile. Une autorité fondée sur la conviction, l’engagement et la constance. «Je crois beaucoup à la force du modèle», conclue-t-elle.

La résilience dans le chaos : reconstruire l’État

La gestion de crise est souvent le moment de vérité de l’action publique. Celui où l’État ne se résume plus à des procédures, mais à une présence concrète auprès des populations. Pour Régine Pam, cette expérience prend une dimension particulière à Saint-Martin, trois mois après le passage dévastateur de l’ouragan Irma.

Lorsqu’elle arrive sur l’île, la préfecture est littéralement balayée par la tempête. Tout est à reconstruire. Sa mission est simple dans son principe, immense dans sa réalité. Il s’agit désormais de réinstaller l’État là où il ne reste parfois que des ruines. Il ne s’agit plus de gérer des dossiers, mais de recréer une organisation, de restaurer une présence et de redonner confiance à une population profondément marquée par la catastrophe.

Dans ce contexte extrême, son rôle consiste d’abord à rassembler, coordonner les services de l’État, dialoguer avec les élus locaux, remettre en place une administration capable d’agir. Une expérience qui marque durablement sa conception du métier : l’autorité ne se décrète pas, elle se construit dans l’action et dans la capacité à tenir quand tout vacille.

La suite de son parcours la conduira ensuite jusqu’à l’Élysée, où elle prend la direction des opérations sous la présidence d’Emmanuel Macron. Elle y supervise l’organisation de grands événements d’État, dont les obsèques du président Jacques Chirac. Un moment d’une intensité particulière. « J’étais en mission de reconnaissance à Mayotte lorsque j’ai appris le décès du président Chirac. J’arrive à Paris un samedi matin. À peine sortie de l’aéroport, les réunions s’enchaînent. Il faut coordonner les équipes, organiser les dispositifs, anticiper chaque détail. Pendant trois jours, le rythme est intense. Je ne me suis couchée que le lundi soir. »

Une scène révélatrice d’un métier où l’urgence est permanente et où la disponibilité est totale. « Quand on vous appelle, il faut faire ses valises et partir. On dit souvent qu’il suffit d’avoir sa brosse à dents et son uniforme », explique-t-elle avec un sourire. Dans le corps préfectoral, la mobilité est constante, les journées imprévisibles et les nuits souvent courtes. « Le corps préfectoral est soumis à une pression sociale quasi permanente. On est sur le terrain, aux côtés des élus, des acteurs économiques, des habitants. » Une vie d’engagement total, où l’on apprend à décider vite et à assumer ses responsabilités. Une exigence qu’elle n’idéalise pas, mais qu’elle considère comme la condition même du service de l’État.

© Préfecture de la Haute-Marne

 « On ne peut réussir que lorsqu’on a rencontré des difficultés » 

 « La liberté de choisir »

 Choisir sa voie, saisir les opportunités, décider de son parcours. Pour Régine Pam, tout commence par une conviction forgée au fil de sa carrière.

Car si son parcours peut aujourd’hui apparaître exemplaire, il ne s’est pas construit sans obstacles. « On ne peut réussir que lorsqu’on a rencontré des difficultés », affirme-t-elle. Des difficultés qu’elle n’a jamais cherché à contourner, mais qu’elle considère comme une étape nécessaire pour avancer. 

Modèle de l’école de la République et de la méritocratie, Régine Pam a pourtant évolué dans des univers longtemps dominés par les hommes. La physique hier, le corps préfectoral aujourd’hui : dans ces milieux, les femmes restent encore minoritaires. Elle le reconnaît volontiers. Certaines contraintes, notamment liées aux politiques de parité ou aux quotas, l’ont parfois confrontée à des situations inattendues : « Être une femme, c’est une contrainte à laquelle je ne m’attendais pas forcément », confie-t-elle.

 Pour autant, elle refuse de se définir par ces obstacles. Ce qui compte, dit-elle, c’est la légitimité que l’on construit par le travail, l’expérience et la capacité à agir. Ce qui la porte encore aujourd’hui, c’est cette envie intacte de faire son métier. « J’ai la chance de me lever chaque matin avec l’envie de faire ce que je fais », dit-elle. Une responsabilité qu’elle n’envisage jamais dans la solitude : dans ces fonctions, insiste-t-elle, les décisions ne se prennent jamais seule. Elles se construisent avec des équipes, dans un dialogue constant.

Aujourd’hui encore, les femmes restent peu nombreuses dans la préfectorale. Sur les 135 préfets en poste en France, 29 seulement sont des femmes. Et parmi elles, seules cinq ont exercé au moins une fois dans un territoire d’Outre-mer. Régine Pam fait figure d’exception. Elle y a occupé quatre postes. Une trajectoire singulière qu’elle espère voir servir d’exemple. Car pour elle, les carrières dans la fonction publique sont ouvertes à toutes celles qui souhaitent s’y engager. Elles exigent toutefois des choix, et une disponibilité que chacun doit être prêt à assumer à certains moments de sa vie.

« La liberté de choix est la plus belle opportunité pour les femmes. » rappelle t-elle aux jeunes générations. Choisir sa voie, saisir les opportunités, assumer ses décisions, c’est là que commence l’émancipation.

Cérémonie, Héros de la gendarmerie 2025