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Aude Luquet, coordinatrice interministérielle à l’égalité femmes – hommes en Outre-mer : il faut « consolider la gouvernance et renforcer l’efficacité des politiques publiques »

Aude Luquet, la coordinatrice interministérielle à l’égalité femmes – hommes en Outre-mer, a remis récemment un rapport sur cette question à l’issue d’une année de travail à la ministre des Outre-mer, Naima Moutchou et la  ministre déléguée chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé. Deux constats principaux se dégagent. D’une part, avant de créer de nouveaux dispositifs, il est indispensable d’évaluer l’efficacité et l’accessibilité de ceux qui existent déjà dans chaque territoire. D’autre part, aucune politique publique ne peut être pleinement efficace sans une connaissance consolidée des réalités locales. Les données sur les violences faites aux femmes, les violences intrafamiliales, la monoparentalité, la santé, l’autonomie économique ou la protection de l’enfance restent dispersées ; leur synthèse et leur analyse sont un préalable essentiel pour orienter l’action publique.

Le rapport fait notamment suite aux travaux de l’ancienne députée guadeloupéenne Justine Bénin, première coordinatrice interministérielle à l’égalité femmes – hommes en Outre-mer, de la Direction générale des Outre-mer (DGOM), de la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), du Plan interministériel pour l’égalité femmes - hommes (PIEFH 2023-2027), et des Comités interministériels des Outre-mer (CIOM) de 2023 et 2025. « Il s’agit ainsi de fédérer les acteurs institutionnels autour d’objectifs clairs, adaptés aux réalités locales, afin de garantir la mise en œuvre effective de politiques publiques ambitieuses et durables au service de l’égalité sur l’ensemble des territoires ultramarins », souligne Aude Luquet.

La démarche s’inscrit dans une perspective de coordination approfondie, visant à apporter une réponse cohérente et durable aux enjeux persistants liés à la reproduction des stéréotypes de genre, à la faible visibilité des femmes dans les champs culturels et médiatiques, ainsi qu’à la nécessité de concevoir des dispositifs pédagogiques adaptés aux publics concernés. Le processus de consolidation des réseaux et de structuration du tissu associatif poursuit l’objectif de garantir une représentation plus équilibrée, de soutenir les dynamiques locales et de favoriser l’émergence d’initiatives ambitieuses en matière de mixité et d’égalité sur l’ensemble des territoires impliqués.

Porter une attention particulière aux femmes en situation de handicap

Cependant, « la compréhension précise et territorialisée des problématiques liées à l’égalité entre les femmes et les hommes dans les territoires ultramarins demeure, à ce jour, à la fois incomplète et hétérogène selon les régions concernées. Cette situation se manifeste par une connaissance partielle des enjeux spécifiques à chaque territoire, rendant difficile l’élaboration de réponses adaptées aux réalités locales », constate le rapport. Par exemple, la répartition des dispositifs consacrés au suivi des données sur le terrain n’est pas homogène, et les indicateurs de mesure de l’égalité ne sont pas déclinés sur l’ensemble des Outre-mer.

Face à la persistance des inégalités et de la diversité des réalités ultramarines, Aude Luquet insiste sur l’importance de la structuration et de la priorisation des actions à mener sur le fondement du PIEFH, des mesures du rapport de Justine Bénin à arbitrer et des remontées territoriales. En premier lieu, concernant la lutte contre les violences faites aux femmes, il s’agit d’améliorer la prise en charge et des parcours et de renforcer la prévention. Dans le cadre de l’accès aux droits et à la santé, il faut sécuriser les conventions existantes et les mesures de droit commun, et porter une attention particulière aux femmes en situation de handicap, dont les facteurs de vulnérabilité les exposent davantage aux violences et aux difficultés d’accès au droit.

L’inclusion et l’autonomisation économique des femmes constituent également des thèmes essentiels. Ils passent entre autres par les offres d’accueil du jeune enfant. « Concernant les modes de garde, l’offre en crèche et micro- crèches reste inférieure de moitié à la moyenne nationale », déplore le rapport. Toutefois, la Convention d’objectifs et de gestion (COG) 2023-2027 de la Caisse nationale d’allocations familiales a fixé une trajectoire d’augmentation de 30% pour la création de places d’accueil des jeunes enfants en Outre-mer (voir tableau ci-dessus). Cela va de pair avec le soutien à la parentalité (avec une attention particulière à la monoparentalité), l’information sur l’accès au droit, le harcèlement et les violences, la nutrition, la santé sexuelle, les risques d’addiction et la lutte contre l’illettrisme, entre autres.

La promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes s’inscrit dans une logique de transversalité structurelle au sein de l’action publique déployée dans les territoires ultramarins. En dépit des progrès observés ces dernières années — matérialisés par l’adoption de plans nationaux et la mise en place de dispositifs spécialisés — les asymétries de genre persistantes et les configurations socio‑économiques spécifiques propres à ces espaces insulaires révèlent les limites des approches actuelles. Ces dynamiques appellent ainsi un renforcement du pilotage stratégique et une coordination systémique des politiques publiques, afin de produire des effets durables sur les rapports sociaux de sexe et sur les mécanismes de reproduction des inégalités, selon Aude Luquet.

15 propositions

À la suite de ces constats, l’autrice du rapport formule une série de 15 propositions, dont voici les principales : « Structurer le pilotage interministériel de la politique d’égalité dans les Outre-mer autour d’une feuille de route commune Direction générale des Outre-mer et Direction générale de la cohésion sociale ; (…) Intégrer les enjeux de santé mentale et d’addictions dans la politique de lutte contre les violences (renforcer la prise en compte des problèmes d’addictions en rapport avec les politiques de santé publique et de prévention) ; Structurer un accompagnement dédié à l’entrepreneuriat féminin en Outre-mer (renforcer la lisibilité des dispositifs par l’instauration d’un guichet unique régional) ; Renforcer l’accès à la formation et à la mobilité des jeunes filles ».

« Favoriser une culture de l’égalité par la mémoire, l’art et le récit (accroître la visibilité des figures féminines d’Outre-mer dans les politiques culturelles, muséales et mémorielles) ; Permettre la désolidarisation financière en cas de violences conjugales (certaines femmes victimes de violences restent juridiquement engagées dans des dettes contractées au sein du couple alors qu’elles ont fui le domicile pour se protéger) ; Consolider les outils existants avant tout déploiement de nouveaux dispositifs (renforcer la politique transversale de la Mission Outre-mer comme outil de pilotage et de suivi en matière d’égalité femmes – hommes) ; et Déployer une culture territoriale de l’évaluation fondée sur des indicateurs quantitatifs et qualitatifs ».

PM