Le Festival des Étonnants voyageurs a refermé ses portes à Saint-Malo hier. Pendant 3 jours, partageant ce bouillon de cultures unique, des écrivains, des cinéastes, des musiciens venus de tous les horizons ont donné à lire, faire découvrir et échanger à des milliers de visiteurs fidèles depuis des années. Mais une seule maison d’édition ultramarine était présente, venue de Nouvelle-Calédonie. Elle pourrait ouvrir la voie à d’autres. Benoît Saudeau présent à ce festival, nous fait vivre cet évènement.
Retour des Étonnants Voyageurs, le Festival des livres qui bourlinguent à longueur d’années et qui, à chaque printemps depuis 36 ans, se posent pendant 3 jours sur les quais de Saint-Malo. Des livres, mais pas que. Des concerts, des films, des spectacles musicaux, des ateliers, des lectures : avec les 50.000 visiteurs pas encore décomptés ‒ mais il y avait foule jusqu’à tard dans les allées ‒ on revient saisi par ce que la création peut produire ‒ et ici présenter ‒ de plus abondant, de plus divers, parfois de plus érudit et en même temps de plus familier. Tous les grands sont là, qu’on retrouve ou qu’on découvre, visages connus ou non, qu’on fréquente le temps d’une signature ou d’une rencontre dans le Grand Auditorium, d’un café littéraire au Palais du Grand Large, d’une déambulation dans le Salon du livre ou d’une rencontre intimiste à la Maison des Poètes et des Écrivains. Et dans cet univers dont, même étranger au gotha, nulle élite pompeuse ne viendrait vous exclure, près de 200 maisons d’édition et certainement plus de plumes encore dessinent les nouveaux portraits de la scène littéraire d’aujourd’hui, pour un temps affranchie des hoquets dont elle est coutumière.
Dans cette profusion d’excellence, on oublierait presque que le livre est aussi une économie. Alors comment exister lorsqu’on vient de l’autre bout du monde et qu’on porte des voix qui doivent résonner loin pour se faire entendre. Faire confiance au chemin que l’on a tracé pour son entreprise, rechercher les financements publics et privés, expédier des livres parfois par centaines jusqu’au quai Duguay Trouin, investir en transport sans garantie du résultat, se frotter aux lourdeurs et aux coûts de la logistique, communiquer, un seul éditeur ultramarin s’y est aventuré jusqu’à présent. Comme plus tôt cette année, d’Ouessant à la Malaisie en passant par New York, O Éditions Pacifique Sud, maison calédonienne née à Nouméa il y a 3 ans rayonnait à Saint-Malo avec une sélection parmi les 25 titres de son catalogue. Pour elle, c’était une première. Et quand, nées au pays de l’oralité, ces lignes suscitent tant de belles rencontres et de débats avec un public plutôt attentif à instruire ‒ ou déconstruire ‒ des idées souvent toutes faites sur la Nouvelle-Calédonie, c’est que ces livres ne se contentent pas de raconter des histoires. Par le truchement de romans, de portraits, de livres jeunesse, de tranches d’histoire, réelle ou fictive ou d’invitations à mieux la connaître, ils répondent à leur manière, passionnée mais apaisée à qui veut bien s’intéresser à cette terre aux prises avec son actualité tourmentée, mais qui aime qu’on l’aime et tente de la comprendre.
O Éditions Pacifique Sud s’est fait forte de tenir sa place à Saint-Malo. Mais tous nos rivages ont tant à dire qu’elle ne peut pas rester la seule maison ultramarine à franchir la mer. Bien d’autres y auraient une place à tenir aux côtés de celles qui comptent dans le paysage de l’édition francophone. Ne serait-ce que pour honorer le souvenir de Michel Le Bris, l’Homme aux semelles de vent, le spécialiste de Stevenson, du vaudou, des pirates et flibustiers des Caraïbes qui certainement accueillerait dans son Festival les porteurs de « la littérature-monde » parmi les Étonnants Voyageurs.
Benoît Saudeau





















