Le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et ses partenaires viennent de faire le bilan du projet Ecophyto PUMAT (Pour Un Maraîchage Attractif en Martinique et en Guadeloupe), effectué entre 2021 et 2024. Ce dernier a offert un cadre d’analyse approfondi des transitions agroécologiques dans les économies insulaires, en examinant de manière systématique les pratiques professionnelles des producteurs, les attentes des consommateurs ainsi que les dynamiques organisationnelles des filières maraîchères.
Les résultats obtenus mettent en évidence l’articulation complexe de déterminants techniques, économiques, sociaux et institutionnels qui conditionnent les trajectoires de réduction de l’usage des produits phytopharmaceutiques et orientent les modes d’évolution des systèmes de production. « Porté par le CIRAD en partenariat avec l'INRAE (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement, ndlr), la Direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (DAAF), la Chambre d'Agriculture, l'Institut Technique Tropical (IT2), l'Université des Antilles, et l'association TANOU BIO, le projet a bénéficié d'articulations stratégiques avec d'autres dispositifs publics », précise l’étude.
Celle-ci s’est basée sur une enquête de consommateurs en Martinique sur le consentement à payer pour des tomates locales et/ou certifiées sans pesticide ; une enquête auprès de maraîchers guadeloupéens ; des entretiens institutionnels et professionnels ; ainsi qu'une démarche de co-conception agronomique.
Le glyphosate demeure la substance active la plus vendue en Martinique
Le Cirad rappelle que le contexte économique, social et environnemental est particulier dans les régions insulaires. Dans le cas de la Martinique par exemple, la production locale de fruits et de légumes ne participe qu’à 40% des besoins de la population, la consommation des calories dépend à 90% des importations, et les écarts de prix varient en moyenne de +14% à 40% pour l’alimentation par rapport à l’Hexagone. Dans une situation où un climat chaud et humide entraîne un enherbement important, la problématique de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques relève d’une dimension à la fois sanitaire et politique.
« Le glyphosate (herbicide) demeure la substance active la plus vendue en Martinique, même si le nombre moyen de traitements reste inférieur à la moyenne nationale. En parallèle, le biocontrôle progresse (27% des ventes en 2022), signal d’une dynamique de substitution en cours », observe le Cirad.
Les résultats de l’étude indiquent également que les consommateurs manifestent une préférence marquée pour des produits locaux, certifiés sans pesticides et acceptés à un niveau de prix relativement plus élevé. L’enquête révèle également une indifférence à l’égard des lieux de vente, un constat particulièrement significatif dans un contexte où près de 80% des fruits et légumes commercialisés sont achetés via la grande distribution. L’analyse approfondie des attentes des consommateurs‑citoyens contribue à inscrire la question de la transition agroécologique dans le débat public, en soulignant la dimension sociétale des choix alimentaires et leur rôle dans l’évolution des systèmes de production.
Accompagner le renforcement d’une agriculture durable aux Antilles
Le projet Ecophyto PUMAT met aussi en évidence le caractère ambivalent des dérogations réglementaires, d’après le Cirad. Loin de se réduire à de simples exceptions juridiques, celles‑ci apparaissent comme de véritables instruments d’arbitrage entre intérêts divergents, révélant et cristallisant des tensions entre parties prenantes autour des trajectoires technologiques et productives. Cette dynamique réglementaire contribue, par ailleurs, à structurer les chaînes de valeur. Elle influence les orientations en matière de choix variétaux, les stratégies d’investissement dans le biocontrôle, ainsi que les modalités de certification qui encadrent les systèmes de production.
« La principale leçon du projet Ecophyto PUMAT est que la transition agroécologique est une affaire collective. Les agriculteurs, les producteurs, sont au cœur du changement et de l’investissement, mais ils ne peuvent pas agir seuls. Les consommateurs, les organisations professionnelles, les distributeurs et les pouvoirs publics contribuent également à orienter les choix de production et les investissements de demain », conclut l’étude. Ce sont des déterminants pour engager le renforcement d’une agriculture durable aux Antilles et relever les défis environnementaux, économiques et alimentaires.
PM

