Présente aux 20e Assises nationales du Centre-Ville en Mouvement à Chateauroux, seule représentante d'une ville ultramarine, la maire de Saint-Denis de La Réunion en a profité pour porter plusieurs dossiers sensibles auprès de l'État.
C'est une première. Saint-Denis de La Réunion était la seule ville ultramarine invitée aux assises nationales du Centre-Ville, organisées à Châteauroux. Pour Éricka Bareigts, ce déplacement était l'occasion de porter plusieurs revendications auprès de Matignon et de l'Elysée. A travers de ce déplacement, La maire de la 19ème ville de France « à 10 000 kilomètres du continent européen », est venue rappeler les spécificités mais aussi défendre la vision et la réalité réunionnaise de l'application des certaines politiques nationales sur son territoire.
Durant les 20e Assises nationales du Centre-Ville, Ericka Bareigts a souligné l'exemplarité de la ville de Saint-Denis de La Réunion pour maintenir l'attractivité. Le chef-lieu de La Réunion connaît un dynamisme qui tranche avec la tendance nationale. « Le taux de vacances dans le centre-ville de Saint-Denis est inférieur à 5 % », affirme Ericka Bareigts alors que la moyenne nationale se situe à deux chiffres. « Ça veut dire que quand on rentre dans le centre-ville de Saint-Denis, on reste. On reste parce qu'il y a de l'animation et parce qu'il y a de la possibilité d'avoir de la clientèle. »
Derrière ce résultat : une politique volontariste assumée depuis son arrivée à la tête de la municipalité. Animation commerciale (20 décembre, fête de la musique, tables gourmandes), rénovation du patrimoine (hôtel de ville, grand marché), et un pari fort sur le végétal. Le futur DionyPark, trois hectares dédiés à un parc public, arrachés à des projets d'urbanisation, en est l'illustration. « Verdir des centres-villes, c'est mettre un outil d'attractivité fort pour ramener de la clientèle », argumente-t-elle.
La maire défend aussi une ligne ferme contre l'extension des galeries commerciales, inscrite dans une motion votée dès son mandat précédent. « Nous portons la plus grande galerie commerciale à ciel ouvert de La Réunion, c'est Saint-Denis Centre. C'est ça que nous défendons. » Ericka Bareigts a tenu à nommer les contraintes que les villes de l'Hexagone n'ont pas. La Réunion compte entre 36 et 38 % de sa population vivant sous le seuil de pauvreté. Le pouvoir d'achat est structurellement limité. Et l'insularité pèse concrètement sur l'approvisionnement : « Quand il y a la guerre et la fermeture du détroit d'Ormuz, les bateaux n'arrivent pas en temps et en heure. Et quand ils arrivent, le prix a augmenté. Il n'y a pas toujours de stock. » Des ruptures impossibles à compenser comme dans une grande enseigne continentale.
Sur les outils d'accompagnement, elle pointe un angle mort dans les programmes de rénovation urbaine. Dans les quartiers de Bouvet et Vauban, un programme ANRU couvre les voiries, les immeubles, les espaces publics mais pas les commerces. « Quid des commerces ? En fait, c'est exclu. Je trouve que c'est une erreur. » Elle plaide pour une réinvention du fonds FISAC, supprimé, qui permettait jadis aux petits commerçants de rénover leurs vitrines. « Il ne faut pas laisser ces commerces qui font la vie des quartiers à côté de ces transformations. Des fois, ils n'ont pas d'argent pour suivre le mouvement. Et ils vendent ou ils ferment. Et ça, c'est une erreur. »
À Matignon, elle défend les femmes en parcours d'insertion
En marge des Assises, Ericka Bareigts a rencontré les conseillers Outre-mer de Matignon. À l'ordre du jour : les contrats aidés mais la maire préfère mettre en avant l'aspect humain de ce dispositif d'insertion. « Je préfère parler des personnes en parcours d'insertion. Parce qu'il ne s'agit pas des contrats aidés, il s'agit de personnes, de mamans, souvent solos, qui sont au travail et qui travaillent beaucoup dans nos écoles. »

Saint-Denis dispose de 181 agents spécialisés en maternelle (ASM) en contrat pérenne, et mobilise 500 contrats aidés (PEC) contre 1 000 il y a six ou sept ans. Elle veut un financement d'État pour maintenir ces postes, notamment dans les cantines scolaires : « Nous nourrissons 17 000 enfants tous les jours. Nous avons 63 petites cuisines dans toute la ville parce que nous faisons le rougail saucisse, le cari-poulet à domicile comme à la maison. » Et elle interroge : « Si demain elles n'ont pas cette possibilité, quel restaurant, quel hôtel, quel bar peut leur proposer un travail équivalent ? »
Elle a également porté le dossier de la LBU (ligne budgétaire unique, dédiée au logement social en outre-mer). « Sur la ligne budgétaire unique, où ce n'est pas possible de pouvoir se dire qu'on n'a pas l'argent pour construire la dignité pour les familles, c'est-à-dire le logement. On a été plutôt rassuré». Autre dossier évoqué, les ravines de Saint-Denis, dont le traitement s'inscrit dans le cadre du plan Valls. Sur ces deux sujets, elle dit avoir eu « une écoute très positive » tout en restant prudente : « Il ne faut pas lâcher les choses tant qu'on n'a pas des réponses claires. » Mais la maire de Saint-Denis de La Réunion n'a pas caché sa combativité pour poursuivre la défense de ces dossiers. « Je suis une politique, donc tant qu'on peut se battre, on est confiants » avant d'aller en rendez vous à l'Elysée avec le conseiller Outre-mer Olivier Jacob.

