Les membres de l’Initiative française pour les récifs coralliens (Ifrecor) ont été informés du vote, au sein d’une commission spéciale de l’Assemblée nationale, d’un amendement visant à supprimer purement et simplement ce réseau. Constituée d’un comité national et d’une dizaine de comités locaux, dont celui de la Polynésie, l’Ifrecor est jugée « quasi-inactive » et superflue dans ses missions par certains députés. Faux, ont répondu d’autres parlementaires et responsables d’ONG qui appellent à sauver, « un des outils les plus efficaces » en matière de protection marine. Le député Hervé Berville devrait agir en plénière, avec le soutien du gouvernement, pour annuler les effets de cet amendement. Précisions avec notre partenaire Radio 1.
« L’article L. 213-20-1 du code de l’Environnement est abrogé ». C’est par cette unique ligne, insérée au sein du projet de loi de simplification de la vie économique, que le comité national de l’Ifrecor pourrait être supprimé après 25 ans d’existence. C’est en tout cas ce qu’on souhaité les membres de la commission spéciale de l’Assemblée nationale chargée de travailler sur ce texte, au travers d’un amendement déposé et validé dès le 21 mars et qui figure depuis le 27 mars dans le projet de loi amendé. C’est ce texte qui doit être étudié par tous les députés en assemblée plénière entre le 8 et le 11 avril prochain.
Le projet de loi sur la simplification de la vie économique, promis depuis un aux entreprises françaises et qui a déjà traversé trois gouvernements, est très dense, il a été largement modifié en commission – pas moins de 1500 amendements déposés -, et il n’est pas surprenant que cette mesure, du reste pas réellement liée à l’objet du texte, soit jusque là passée inaperçue. Les membres du comité national de l’Ifrecor ont fini par être informés, la nuit dernière, de cette disposition, qui, s’il elle ne vise qu’un des textes constitutifs de l’Initiative française pour les récifs coralliens, risque d’en faire tomber toute la structure. « L’Ifrecor est en danger ! », résume sur les réseaux sociaux Gauthier Carle, un des responsables de l’ONG Ocean & Climate Plateform.
Un comité national et des comités locaux
Si les 71 députés membres de la commission spéciale ont voté cet amendement, c’est qu’ils partageaient l’analyse de son rapporteur, le député des Vosges Christophe Naegelen, membre du groupe Liot. Une analyse plutôt sommaire : « Les agences environnementales assument déjà les missions » de l’Ifrecor, « de plus, son activité est quasi inexistante au regard du nombre de ses réunions : 1 en 2022, 1 en 2023 ». Ce qui est effectivement la fréquence des réunions plénières du comité national. Mais comme le note la sénatrice réunionnaise Audrey Bélim, cette assemblée annuelle est loin d’être la seule activité de l’initiative française pour les récifs coralliens. Créée en 1999 et 2000 dans la lignée de l’Initiative internationale du même nom, l’Ifrecor a pour vocation de coordonner les actions de protections des récifs, de surveillance de leur état de santé, de sensibilisation sur leur fragilité, ainsi que sur leur importance pour les territoires qu’ils entourent et les océans en général.
Ainsi le comité national rassemble des parlementaires, représentants ministériels, organismes scientifiques, des représentants du privé – dans le secteur de la pêche et du tourisme notamment, des acteurs associatifs… Mais aussi les représentants des 10 comités locaux, formés dans tous les territoires français abritant des récifs coralliens, et qui coordonnent eux-mêmes d’importantes actions de terrain. La Polynésie a depuis longtemps son antenne de l’Ifrecor, et son comité, coprésidé par le président du Pays et le Haut-commissaire a été officiellement installé en juin dernier. L’Ifrecor Polynésie s’est depuis montré très active par exemple au travers des trophées Toa Reef, dans le soutien à une grande étude sur le blanchissement massif des coraux, ou par des multiples initiatives préparatoires au Sommet des Nations-Unis sur les Océans.
Contre-amendement en plénière
L’amendement voté en commission de l’assemblée paraît d’ailleurs dénoter gravement avec l’organisation par la France de rendez-vous mondial, en juin à Nice. « Comment la France peut-elle prétendre être à la pointe de la protection marine tout en supprimant l’un de ses outils les plus efficaces ? » interroge ainsi Audrey Bélim sur Linkedin, promettant de « faire tout ce qui est en mon pouvoir pour maintenir l’Ifrecor ». Elle n’est pas la seule. Des appels à « sauver » l'initiative ont fleuri ces dernières heures chez les défenseurs de l’environnement. interrogée, la député Nicole Sanquer, qui n’est pas membre de la commission spéciale mais fait partie du même groupe Liot que Christophe Naegelen, dit s’être entretenue avec son collègue sur ce qu’elle considère comme une « erreur par méconnaissance ». Comme certains membres du comité national de l’Ifrecor, l’élue autonomiste a été informée que le député Hervé Berville, ancien secrétaire d’État à la Mer et à la biodiversité, devrait déposer un amendement en plénière pour faire supprimer l’alinéa ajouté en commission. Et ainsi « rétablir » l’Ifrecor, a priori avec le soutien du gouvernement central.
Par Radio 1