30 % des espèces menacées en outre-mer affectées par des espèces exotiques envahissantes

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30 % des espèces menacées en outre-mer affectées par des espèces exotiques envahissantes

La France s’est engagée à stopper et inverser la perte de biodiversité d’ici 2030.Ce jeudi 3 avril, le Comité français de l’UICN a publié une étude sur l'impact des espèces exotiques envahissantes (EEE) dans les collectivités d’outre-mer. Les conclusions soulignent l’urgence de renforcer la prévention et la gestion de ces espèces pour préserver la biodiversité ultramarine.

Cette étude, menée dans le cadre des activités du Réseau espèces exotiques envahissantes en outre-mer coordonné par le Comité français de l’UICN, propose la première évaluation globale de la menace des EEE sur les espèces menacées en outre-mer d’après les données de la Liste rouge établie selon la méthodologie de l’UICN. Elle révèle que 30 % des espèces menacées en outre-mer (772 espèces) sont touchées par ces espèces invasives. De plus, elles sont impliquées dans 43 % des extinctions documentées et affectent 18 % des espèces quasi menacées. Parmi les plus vulnérables figurent les reptiles, les escargots, les oiseaux et les amphibiens. Près de 150 espèces  exotiques envahissantes ont été identifiées comme nuisibles. Pour rappel, les espèces exotiques envahissantes désignent les espèces introduites par l’humain hors de leurs aires de répartition naturelle, volontairement ou accidentellement, et qui menacent les écosystèmes, les espèces locales, la santé ou les activités économiques. Elles figurent parmi les cinq grandes pressions pesant sur la biodiversité au niveau mondial.

Cette première évaluation souligner «qu'une espèce menacée ou quasi menacée est en général impactée par plusieurs EEE, et une EEE peut avoir des impacts sur plusieurs espèces menacées ou quasi menacées».Exemple flagrant de cette menace sur la biodiversité ultramarine, le Rat noir est l’une des plus problématiques, menaçant 277 espèces en outre-mer, dont 97 oiseaux indigènes, 84 reptiles et 74 plantes en consommant graines et bourgeons.

Les TAAF, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française, La Réunion et la Guadeloupe sont dans l’ordre décroissant les collectivités où la proportion documentée des espèces éteintes, menacées et quasi menacées affectées par des EEE est la plus importante. Tous groupes biologiques confondus, la Nouvelle-Calédonie compte le plus grand nombre d’espèces menacées et quasi menacées affectées par des EEE, principalement chez les angiospermes et les reptiles. La Polynésie française héberge le plus grand nombre d’oiseaux éteints, menacés et quasi menacés impactés par des EEE. Elle a également le plus grand nombre d’espèces éteintes dont l’extinction est en partie due à des EEE.  «Une disparité géographique qui s'explique par différents facteurs comme la composition de la flore et de la faune native, l’isolement plus marqué de certaines collectivités par rapport aux continents, le taux d’endémisme et la richesse en espèces variables selon les territoires et les groupes biologiques», ajoute l'étude.

Une Stratégie Essentielle pour protéger la biodiversité

En application du Cadre mondial de la biodiversité, la France s’est engagée à stopper d’ici 2030 l’extinction des espèces menacées connues sur son territoire, à réduire de moitié le taux d’introduction d’EEE et à éradiquer ou à maîtriser ces espèces, en particulier dans les zones prioritaires, dont les îles.

 Pour atteindre ces objectifs, l’UICN préconise plusieurs actions :

- Mettre en œuvre une véritable stratégie de « biosécurité » dans chaque collectivité d’outre-mer , impliquant également les secteurs économiques, le tourisme et le transport de marchandises.

-Accélérer et amplifier les programmes d’éradication d’EEE en outre-mer pour protéger la faune et la flore locales.

- Définir les opérations de manière à obtenir un gain maximal pour la biodiversité, et soutenir la recherche et le développement

- Assurer la durabilité de ces opérations et leurs bénéfices à long terme,pour prévenir tout retour en arrière.

- Expliquer davantage les objectifs pour la conservation des espèces menacées

-Encourager la participation du grand public à ces projets de conservation

 pour renforcer le lien entre populations et environnement.