Le Département de La Réunion a organisé, ce lundi au ministère des Outre-mer, une séquence intitulé “Dialogues croisés” marquant les 80 ans de la Départementalisation des territoires ultramarins, en présence de la ministre Naïma Moutchou, de Cyrille Melchior, président du Conseil départemental réunionnais, du président de l'Assemblée de Mayotte, de Jean-Luk Lewest, vice-président de la Collectivité territoriale de Guyane, de Manuel Pamphile en charge des questions européennes et nationales à la Collectivité de Martinique. Des dialogues réunissant acteurs du monde institutionnel et de la société civile, sans oublier les Ultramarins de l'hexagone au parcours d'excellence.
Le 19 mars 1946, les quatre anciennes colonies historiques -Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion- accèdent au statut de Département grâce à une loi du député de Martinique, Aimé Césaire. En 2011, Mayotte rejoint ce statut, devenant le plus jeune département de France.
Depuis mars 1946, la Martinique et la Guyane ont accédé au statut de Collectivité unique, tandis que La Réunion et la Guadeloupe ont la double collectivité distincte Département et Région, et Mayotte est devenue, en janvier dernier, un Département-Région. Malgré ces évolutions, la Départementalisation marque une étape historique majeure dans les relations entre les Outre-mer et l’État.
Ce lundi, le président du Conseil départemental de La Réunion, Cyrille Melchior, a donc voulu marquer cet anniversaire -débuté sur l’île ces dernières semaines- en réunissant au Ministère des Outre-mer des élus de Guadeloupe, de Martinique, de Guyane et Mayotte ; des acteurs institutionnels et économiques (notamment le conseiller Outre-mer d’Emmanuel Macron, Olivier Jacob ; les représentants du Medef, de la Banque des Territoires, des CPME, du Ceser de France et de La Réunion…) ; des personnalités de la société civile (comme le Préfet Joël Mathurin, la Préfète Régine Pam, ou encore le Préfet Dominique Dufour, ou la directrice Outre-mer de la Croix-Rouge Gaëlle Nerbard) ; ou encore des jeunes ultramarins venus témoigner de leurs expériences.
« Pour chacun de nos territoires » a expliqué Cyrille Melchior, la Départementalisation « a représenté une étape fondamentale vers l'égalité des droits, et vers les grandes conquêtes sociales de la République ». Pour l’élu, cette évolution n’est pas « un point d'arrivée » mais « le début d'un long processus de transformation économique, sociale, sociétale, éducative et institutionnelle », soulignant « des avancées considérables : accès aux soins, à l'éducation, aux infrastructures, à la protection sociale ou encore à la mobilité ». « À La Réunion, l'espérance de vie est passée d'environ 50 ans au lendemain de la départementalisation à plus de 80 ans aujourd'hui », a-t-il ajouté.
Avec les Antilles et la Guyane, a poursuivi Cyrille Melchior, « nous partageons un socle commun » mais « nous avons également développé des trajectoires institutionnelles, économiques et culturels qui nous sont propres, qui sont propres à chaque territoire ». « C'est cela aussi qui fait la richesse de nous trouver français, parce que nos territoires ne sont pas identiques. Ils ne connaissent pas les mêmes réalités, ils n'expriment pas toujours les mêmes aspirations. Et c'est précisément ce pluralisme qui doit être respecté » a-t-il insisté.
« Chaque territoire doit pouvoir construire sa destinée en fonction de son histoire, de ses besoins et des choix exprimés qui démocratiquement dans sa population » a ajouté Cyrille Melchior, assurant que « les Réunionnaises et les Réunionnais ont à plusieurs reprises exprimées un attachement clair au cadre départemental et aux valeurs qu'ils portent », bien que « cet attachement ne signifie pas, bien évidemment, ni immobilisme ni renoncement ».
« Ce cadre à transformé les conditions de vie de nos compatriotes avec l'accès à l'école, au service public, avec la protection sociale qui s'est élargie » a abondé la ministre des Outre-mer qui cite tout de même les problématiques structurelles prégnantes : vie chère, chômage, inégalités, vulnérabilité au changement climatique, dépendances,… « Regarder cette réalité en face, ce n'est pas affaiblir la République, c'est lui demander d'être fidèle à une devise », a ajouté la ministre, qui évoque « deux vérités » : « La première, c'est l'importance de la loi de 1946. L'égalité des droits de l'homme est un socle, elle ne se ne négocie pas, elle ne recule pas, elle fonde la place des Outre-mer dans la République ».
« La seconde, c'est l'exigence d'adaptation et de différenciation. L'égalité réelle exige parfois des réponses différenciées. L'unité nationale ne signifie pas l'uniformité. Chaque territoire a son histoire. Chaque territoire a ses équilibres, chaque territoire a ses attentes économiques et ses propres contraintes » a poursuivi Naïma Moutchou, soulignant notamment les travaux engagés pour les évolutions institutionnelles aux Antilles et en Guyane.
Des évolutions institutionnelles avec une prérogative toutefois : « Aucune réforme n'a de sens si elle ne permet pas de mieux agir et de répondre encore davantage aux besoins ». La ministre a aussi appelé à « une Union européenne qui adapte ses règles » et « tient compte des réalités ultramarines ». « La raison d'être de l'article 349 du traité de fonctionnement de l'Union européenne n'est pas d'installer une logique de dérogation permanente, c'est de permettre l'intégration structurelle des régions ultrapériphériques dans l'Union ».
« Cette départementalisation est une reconnaissance d'attachement de Mayotte à la France, mais aussi une chance d'avoir une égalité réelle avec l'ensemble du territoire national » a estimé pour sa part Ben Issa Ousseni, président du Département-Région de Mayotte. L’île de l’océan Indien a, de l’aveu de l’élu, encore « un long parcours vers la convergence totale ». « Nous avons beaucoup de difficultés. Il faut mettre en place les politiques de mobilité, de la continuité, des infrastructures. Il y a tout un travail de développement du territoire, pour que notre île se mette au niveau des autres départements et régions de France ».
« Le fait d'installer de manière effective la Région permet clairement ce développement que nous recherchons, avec la formation, la mobilité, le transport et notamment la piste longue » a aussi expliqué Ben Issa Ousseni. En tant que Département, « nous avons encore un petit parcours, 15 ans d'existence par rapport aux autres des territoires, mais nous nous servons du retour d'expérience des autres départements pour faire ce parcours ».
« Du prisme des Guyanais » estime pour sa part le vice-président de la Collectivité territoriale de Guyane, Jean-Luk Lewest, le cadre départemental « est un produit qui est déjà périmé ». Depuis 2017 et le mouvement social qui a paralysé le territoire pendant plusieurs semaines, la Guyane réclame l’évolution statutaire et institutionnelle, bien que le dossier ait du mal à avancer. « Nous sommes une collectivité unique » et « nous souhaitons aller plus loin » a ajouté le vice-président de la CTG.
« Aujourd'hui, que ce soit les articles 73 ou 74, ce sont des modèles désuets qui ne permettent pas aux Guyanais d'être véritablement en responsabilité de leur territoire » et « de leurs richesses », a estimé Jean-Luk Le West, en référence à l’échec à l’Assemblée nationale de la loi visant à lever l’interdiction d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures. « Nous sommes sûrs que nous en avons, que nous pouvons les exploiter et que nous pourrons un jour être une nation pétrolière qui compte en Amérique du Sud ».

