« Damas et la Négritude », un numéro de la revue Délits d’encre consacré au poète guyanais, Léon-Gontran Damas, un des pères-fondateurs de la Négritude

« Damas et la Négritude », un numéro de la revue Délits d’encre consacré au poète guyanais, Léon-Gontran Damas, un des pères-fondateurs de la Négritude

A l’initiative de Thierry Sinda, poète et professeur de lettres, la revue Délits d’encre vient de réaliser un numéro consacré au poète guyanais Léon-Gontran Damas, un des pères-fondateurs du concept de la Négritude, un courant littéraire, philosophique et culturel à l’origine duquel se trouve également Aimé Césaire. Une première dans cette revue pour un auteur créole et un bien bel hommage en cette période de commémoration pour ce poète encore trop méconnu hors de ses frontières guyanaises.

La Négritude est un courant littéraire, philosophique, culturel voire politique porté par des écrivains et intellectuels noirs francophones revendiquant l’identité noire et sa culture. Des écrivains et intellectuels parmi lesquels on trouve Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Léon-Gontran Damas, Etienne Léro ou encore Alioune Diop.

Pour Thierry Sinda, professeur de lettres et poète d’origine congolaise, « la Négritude avait aussi un double objectif de réhabiliter le Nègre en valorisant son histoire et sa culture, mais aussi participer à la construction de la civilisation universelle ».

Consacrer un numéro de Délits d’encre (éditions Petit Pavé), dont justement l’un des objectifs est de rendre hommage aux faiseurs d’histoire, à Damas et la Négritude est donc une façon de « réhabiliter l’histoire africaine » et un « devoir de mémoire » pour faire face au « déni de l’histoire africaine », assure celui qui a consacré une thèse de doctorat à la Négritude et est à l’origine de « Damas et la Négritude ».

Issu de la petite-bourgeoisie antillo-guyanaise de couleur assimilationniste

Léon-Gontran Damas est né en mars 1912 à Cayenne. Il est issu de la petite-bourgeoisie antillo-guyanaise de couleur. Une nouvelle classe sociale qui, au sortir de l’esclavage, aspirait à un fort désir d’assimilationnisme à la culture blanche que plus tard le poète guyanais a décrit dans « Hoquet » illustré dans ces quelques vers très éloquents « (…) Ma mère voulait d’un fils très bonnes manières à table / les mains sur la table / le pain ne se coupe pas / le pain se rompt / le pain ne se gaspille pas / le pain de Dieu / le pain de la sueur du front de votre Père / le pain du pain (…) ».

Enfant doué, il quitte sa Guyane natale pour poursuivre ses études secondaires au lycée Schoelcher de Fort-de-France en Martinique où il aura comme condisciple Aimé Césaire. En 1929, après son baccalauréat, il rejoindra l’Hexagone pour y poursuivre des études supérieures. Deux ans plus tard, ce sera au tour de Césaire de s’inscrire en classe préparatoire de Lettres au prestigieux lycée Louis-Legrand pour le concours d’entrée à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm à Paris.

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En dépit d’une période estudiantine turbulente et en pointillé, le jeune Damas s’intéresse néanmoins aux multiples manifestations littéraires et culturelles qui ont cours à cette époque. C’est de là qu’il découvrira la revue-manifeste « Légitime défense » éditée par un groupe d’étudiants. Laquelle revue a comme ligne éditoriale le rejet de l’esprit assimilationniste à la culture française. Damas prendra alors la plume et publiera plus tard une anthologie intitulée « Poètes d’expression française », posant la voie manifestaire d’une nouvelle poésie antillo-guyanaise de langue française, s’opposant à la poésie antillo-guyanaise d’imitation des écoles françaises classiques tel le parnasse, le romantisme ou encore le symbolisme.

Membre du triumvirat fondateur de la Négritude

Plus tard, il rejoindra Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire pour former le triumvirat à la base du concept de Négritude. Ce mouvement littéraire, philosophique, culturel et politique connaîtra son apogée lors du « Premier congrès des artistes et intellectuels noirs » qui se tiendra à la Sorbonne en 1956 et dont les publications se sont faites jour au sein de Présence Africaine, une maison d’édition fondée par Alioune Diop, considéré comme le Socrate noir.

Ainsi, si Césaire est considéré comme le chantre de la Négritude, Damas lui, a apporté sa créolité d’afro-amérindien guyanais et est son propagateur notamment dans son ouvrage « Black -Label » qui ensemence la Négritude « Et Black-Label A boire /Pour ne pas changer / Black-Label à boire / à quoi bon changer… ».

Un rôle mémoriel pour l’association des Amis de Léon-Gontran Damas

En janvier 1978 disparaissait à Washington Léon-Gontran Damas. Il avait 66 ans. Un noyau d’artistes, d’intellectuels et d’écrivains guyanais se constituait en comité pour organiser le retour du poète au pays natal. Après une escale à Fort-de-France où son compagnon de lutte de la Négritude, Aimé Césaire – alors député-maire de Fort-de-France – fit son éloge funèbre, ses cendres étaient acheminés à Cayenne.

Aujourd’hui, une association des Amis de Léon-Gontran Damas (ASSALD) présidée par la poétesse et dramaturge Eugénie Rézaire et dans laquelle figurent notamment Serge Patient et Elie Stéphenson, existe et joue depuis 40 ans un rôle mémoriel important.

En cette période de commémoration certes troublée par la crise sanitaire et le confinement s’y afférant, il est néanmoins opportun de se replonger dans cette histoire qui a contribué à façonner quelque peu les identités d’une bonne partie des sociétés antillo-guyanaises et faire plus ample connaissance avec Damas, l’un des père-fondateurs de la Négritude.

E.B.