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Un adulte sur deux obèse : la Polynésie française tente d'enrayer le phénomène

Par ~3 min lecture
Un adulte sur deux obèse : la Polynésie française tente d'enrayer le phénomène
©TNTV

En Polynésie française, la proportion d’adultes souffrant d'obésité est passée de 40% à 51% de la population en l'espace de 11 ans. Le ministère de la Santé local précise que le taux de mortalité associé au diabète « a quadruplé en vingt ans, passant de sept à 32 décès pour 100 000 habitants ».

Lundi dernier à Papeete, le gouvernement polynésien a publié les « Indicateurs 2019-2025 » de la santé de la population, soulignant sa mauvaise santé, avec de fortes prévalences de l'hypertension (35,5%), de la goutte (14,5%) et du diabète (12% des adultes). 

L'insuffisance rénale chronique est également en très forte augmentation : elle est passée de 4,5 à 14 pour 1 000 habitants entre 2010 et 2024. Le ministère constate que « la sédentarité ainsi qu'une alimentation déséquilibrée demeurent largement répandues ». « J’essaie de diminuer les quantités, mais je mange trop à chaque repas », reconnaît Terai Hatitio. A 15 ans, ce lycéen pèse 140 kilos. Encore loin des 210 kilos de son père. 

« Le surpoids a beaucoup d'inconvénients, je ne peux pas faire certains mouvements, donc certains sports sont difficiles pour moi », explique le jeune homme qui maintient son dynamisme en faisant de la musculation. Et « c’est difficile de trouver des vêtements, je dois aller aux États-Unis », souligne-t-il.

Plus de 46 000 Polynésiens (17% des 280 000 habitants) sont en longue maladie, ce qui coûte 335 millions d’euros à la Sécurité sociale locale chaque année. Le gouvernement polynésien veut travailler sur tous les facteurs de ces maladies chroniques : sédentarité, tabac, alimentation, mais aussi la précarité.

Le ministère de la Santé prépare ainsi un vaste plan de prévention (2026-2031) et de mise en avant des produits sains et locaux, tout en taxant les produits gras, salés et sucrés et en favorisant l'activité physique pour tous, notamment au sein des entreprises et des écoles.

« Ici, c’est banal d’être obèse, on oublie que ça peut aller loin dans les problèmes organiques : ça a des effets articulaires, parfois digestifs. L’éducation, dès l’école primaire, est donc essentielle », estime la ministre de la Santé, le Dr Raihei Ansquer, interrogée par l'AFP.

Les 84 « écoles en santé » se chargent de cette prévention et notamment de la chasse aux goûters trop sucrés. S’il faut agir dès l’enfance, c’est que « dans le regard polynésien, manger beaucoup, être en surpoids, c’est positif », confirme l’anthropologue Daniel Monconduit, directeur de l’établissement de santé Ora Ora (Vie vie, en tahitien).

Il propose à plus de 300 patients chaque année une reprise en main de leur mode de vie. Et de changer de regard sur leur propre corps. « On a eu des patients de 180 ou 200 kilos qui s’adaptaient très bien morphologiquement, qui restaient autonomes, ce qui donnait une impression de normalité : ici, être obèse, c’est la norme », explique Daniel Monconduit.

La méthode Ora Ora donne des résultats spectaculaires la première année, mais beaucoup de patients abandonnent ensuite, retournant à leurs anciennes habitudes, déplore-t-il. Et les îles isolées ne sont pas équipées pour accompagner les personnes en surpoids.

« Problème comportemental »

Malbouffe et sédentarité ne sont pas propres à la Polynésie. Pourtant, les îles polynésiennes au sens large (Polynésie française, mais aussi Samoa, Tonga, Tuvalu ou Îles Cook) font toutes parties des pays ou territoires au plus fort taux d’obésité au monde.

Longtemps soupçonnée, la génétique n’en serait pas la cause. « De mon point de vue, c’est un problème comportemental et non génétique, avec le lien alimentaire qui s’est rompu », analyse Daniel Monconduit.

« On est passé d’une culture polynésienne à une culture occidentale, avec un choc alimentaire et des addictions nouvelles à des produits comme le sucre, qui n’existaient pas auparavant », abonde le Dr Ansquer, prônant une prévention fondée sur la culture locale. « Un individu, on doit le prendre en compte dans son environnement naturel et culturel, qui est un déterminant de santé », estime la ministre.

Avec AFP