D’ici 2030, un avion de transport militaire A400M sera prépositionné en permanence entre la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie. Derrière cette annonce des Forces armées se dessine un véritable changement d’échelle : capable de transporter six fois plus de fret que les Casa et d’intervenir rapidement sur l’ensemble du Pacifique, l’appareil doit renforcer autant la réponse aux crises humanitaires que la « crédibilité de l’action de la France dans la zone », notamment en cas de « choc géopolitique », selon le contre-amiral Yann Bied-Charreton. Détails avec notre partenaire Radio 1.
L’imposant quadrimoteur gris trônait, ce mercredi, sur le tarmac de Faa’a. Sa présence en Polynésie, dans le cadre de l’exercice Marara, préfigure le renforcement des capacités aériennes françaises dans le Pacifique. Si l’appareil repartira en fin de semaine vers sa base d’Orléans-Bricy, les Forces armées préparent déjà l’étape suivante : d’ici à 2030, un A400M sera prépositionné de manière permanente au profit de la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie.
Des capacités sans commune mesure avec les Casa
Après les Casa, qui assurent aujourd’hui l’essentiel du transport tactique des FAPF, l’A400M change d’échelle. Doté de quatre turbopropulseurs, il peut transporter jusqu’à 36 tonnes de matériel, soit environ six fois la charge utile d’un Casa. « Par rapport à un Casa, on estime la différence à un chargement six fois supérieur. L’A400M peut embarquer un ou deux hélicoptères. On peut transporter jusqu’à neuf palettes, des bateaux, des camions, des chars… On peut aussi embarquer jusqu’à 116 passagers », détaille le capitaine Romain.
Sa soute modulaire lui permet également d’adapter rapidement sa configuration aux missions confiées, qu’il s’agisse de transporter simultanément des véhicules, des embarcations et des équipements lourds, ou bien d’accroître les capacités d’évacuation sanitaire.

Autre atout majeur dans un territoire aussi vaste et morcelé que la Polynésie : l’appareil peut opérer sur des pistes inférieures à 1 000 mètres, tout en offrant un rayon d’action sans commune mesure avec les avions actuellement déployés.
Un outil autant humanitaire que stratégique
Au-delà de ses performances techniques, l’A400M élargit considérablement le champ d’action des Forces armées dans le Pacifique. En cas de catastrophe naturelle, il peut acheminer en quelques heures des équipes de secours, des engins, des groupes électrogènes ou du matériel médical vers des territoires sinistrés. Il est également capable de ravitailler des hélicoptères en vol et d’assurer l’évacuation rapide de populations. « S’il y a un cyclone en Nouvelle-Calédonie, on peut y être en six heures, contre treize aujourd’hui avec les Casa », illustre le capitaine Romain.
Les bénéfices concernent tout autant les opérations militaires. Grâce à son rayon d’action, l’appareil peut rallier d’une traite la Nouvelle-Calédonie ou Hawaii et il facilite les exercices avec les partenaires régionaux. « La zone Pacifique est immense et elle nous permet de relier Nouméa, l’Australie, Hawaii, voire le Japon ou l’Asie du Sud-Est en une journée ou deux jours pour les destinations les plus éloignées », poursuit le capitaine Romain.
Mais l’appareil ne se limite pas à ses capacités de transport. Interconnecté et doté de systèmes de quatrième et cinquième génération en matière de liaisons de données, de guerre électronique et de brouillage, « c’est un avion de guerre », rappelle le commandement.
Une présence permanente visée à l’horizon 2030
L’appareil actuellement stationné à Faa’a appartient à l’escadron Béarn basé à Orléans. Déjà venu en Polynésie pendant la crise du Covid-19 pour acheminer masques et appareils respiratoires, il a de nouveau été déployé cette année dans le cadre de l’exercice Marara. Victime d’une panne moteur, il a finalement été réparé sur place — une première — grâce à l’acheminement de pièces depuis l’Hexagone.
Cet épisode a permis de valider les procédures de soutien de l’A400M en Polynésie, une étape supplémentaire avant son prépositionnement permanent dans le Pacifique. À l’horizon 2030, un A400M doit ainsi être prépositionné dans le Pacifique avec une équipe réduite, afin d’opérer aussi bien depuis la Polynésie que la Nouvelle-Calédonie.
Pour Yann Bied-Charreton, cette évolution s’inscrit dans un contexte international plus incertain. « Je vais parler d’un choc en Europe et d’un choc en Asie-Pacifique, avec des conséquences potentielles sur la Polynésie », explique-t-il. « Dans des cas de crise humanitaire ou climatique, c’est une possibilité d’assistance à la population qui est assez exceptionnelle. »
Au-delà des considérations opérationnelles, le signal est aussi diplomatique et stratégique. « C’est une démonstration capacitaire dans le territoire et dans le Pacifique. Elle montre à nos partenaires que la France s’équipe avec des capacités crédibles pour assister en cas de crise humanitaire, mais aussi en cas de choc géopolitique », insiste le contre-amiral.
Et pour l’avenir, une perspective : « Demain, l’ambition est de pouvoir être en permanence sur ce théâtre d’opérations, au profit de la Polynésie française, de la Nouvelle-Calédonie et de l’ensemble du Pacifique. »
Par Radio 1

