Le président-fondateur du parti indépendantiste polynésien Tavini Huiraatira a annoncé cette semaine son intention de présenter, à l’ONU, une déclaration unilatérale actant la « pleine souveraineté des États fédérés de Mā’ohi Nui ». Une annonce qui suscite interrogations, inquiétudes et réserves au sein même de son parti. Explications de notre partenaire Radio 1 Tahiti.
Le président du parti indépendantiste Oscar Temaru a signé, le 24 août, une déclaration « à l’attention du peuple et de la quatrième commission des Nations Unies en charge de la décolonisation » où il déclare « la pleine souveraineté des États fédérés de Mā’ohi Nui ». Un long document qui n’a, à ce stade, été transmis qu’aux cadres du parti, mais que son unique signataire veut voir présenter lors de la prochaine session de la quatrième commission à l’ONU, prévue du 5 au 9 octobre à New York.
Pas de valeur juridique
L’option d’une déclaration unilatérale d’indépendance est évoquée depuis longtemps au Tavini Huiraatira, qui a toujours préféré celle d’un processus d’autodétermination négocié avec l’État sous l’égide de l’ONU. Mais treize ans après la réinscription de la Polynésie sur la liste des territoires non autonomes, et face au refus constant de Paris d’entamer le dialogue de décolonisation exigé par les résolutions de l’ONU, cette option est devenue centrale, ces derniers mois, dans le discours d’Oscar Temaru.
Une telle déclaration n’a pas de valeur autre que celle que des États tiers voudront bien lui donner, et n’enclenche pas de processus juridique quelconque, à l’ONU ou ailleurs. L’idée est plutôt de créer un rapport de force diplomatique, en pariant sur le fait qu’un grand nombre d’États de l’ONU reconnaissent l’indépendance ainsi déclarée et mettent la pression sur la France pour en tirer les conséquences. La question de la forme de cette déclaration unilatérale, et notamment de la qualité de son ou ses signataires, peut faire débat, une telle démarche n’étant pas prévue par le droit international et n’ayant été utilisée efficacement que dans de très rares cas.
Le texte de 16 pages cité pas Tahiti-infos, qui n’a pas été avalisé par les instances du Tavini Huiraatira, laisse ouverte la question de la date de prise d’effet de cette déclaration : le 11 octobre, date de l’arrestation de Pouvana’a a Oopa, le 21 octobre, date de sa condamnation, ou le 25 octobre, date de l’annulation de cette condamnation par la Cour de révision en 2018. Oscar Temaru entend donc bien échanger en interne sur cette déclaration unilatérale avant de la présenter au concert des nations.
« En conseil fédéral, nous avions évoqué d’autres urgences »
Cette démarche ne semble, à ce stade, pas faire l’unanimité au sein du parti. Maurea Maamaatuaiahutapu, représentante indépendantiste à l’Assemblée territoriale, qui a pris connaissance du document deux jours après sa signature, rappelle que la question avait déjà été évoquée à plusieurs reprises en conseil fédéral. Sans jamais être tranchée.
L’élue estime que certaines étapes doivent encore être franchies avant d’envisager une déclaration d’indépendance à l’ONU. « En conseil fédéral, nous avions évoqué d’autres urgences. Aller déclarer l’indépendance à l’ONU alors que certaines étapes ne sont pas encore franchies, ce n’est pas cohérent avec la démarche qu’on a instituée depuis des décennies ». C’est aussi le caractère isolé d’Oscar Temaru, qui n’est pas revenu à l’Assemblée depuis son hospitalisation en mai dernier, et qui limite les contacts avec le monde politique vu la fragilité de sa santé, qui est relevé par les élus de son parti.
À plusieurs reprises, ces dernières semaines, le président du parti a tenu des discours en décalage, si ce n’est en contradiction, avec les décisions des instances, élus et militants du Tavini Huiraatira, notamment sur la question de la stratégie à adopter face à la scission de A Fano Tia, parti créé en mars dernier par les dissidents de son parti, y compris l’actuel président du gouvernement, Moetai Brotherson.
Mitema Tapati, autre représentant indépendantiste, insiste sur la nécessité d’un consensus sur une question aussi fondamentale. L’élu indique avoir été invité par Oscar Temaru à une discussion sur le sujet. « Je lui ai dit d’attendre un peu. Il faut que cette démarche soit collective. Là, ce n’est pas une démarche collective, c’est une démarche du président du Tavini. On va en discuter avec les autres, on va essayer de mettre les choses au point. »
D’autres responsables politiques, principalement autonomistes, ont également réagi à cette annonce. Du côté de l’opposition autonomiste, Édouard Fritch, ancien président de la Polynésie, se dit « très inquiet » et estime qu’il faudra être présent à New York pour défendre l’autonomie et l’appartenance à la République. Nicole Sanquer, députée et représentante à l’Assemblée territoriale, considère pour sa part qu’Oscar Temaru est aujourd’hui « isolé » et rappelle que l’indépendance doit être « décidée par la population ».
Une position partagée par Bruno Sandras, candidat aux sénatoriales, qui s’est interrogé ce vendredi matin à notre antenne sur la légalité de cette déclaration. Quant à Moetai Brotherson, qui était alors en route pour le Forum des îles du Pacifique à Palau, il a rappelé que « l’indépendance doit être expliquée, préparée et choisie par les Polynésiens, et non précipitée ou imposée par un parti ».
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