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Polynésie : Ice, APM, grands fonds… Moetai Brotherson tire son bilan du Forum des îles du Pacifique
©Pacific Islands Forum

Au lendemain du 55e Forum des îles du Pacifique, qui s’est tenu à Palau du 31 août au 3 septembre, Moetai Brotherson défend un bilan « particulièrement » positif. Dans une interview accordée à Radio 1, le président du Pays revient sur plusieurs dossiers portés par la délégation polynésienne, de la sécurité régionale à la protection des océans, en passant par la lutte contre l’ice, le financement des aires marines protégées ou encore la navigation traditionnelle. Un sujet de notre partenaire Radio 1 Tahiti. 

Davantage de coopération pour la sécurité… et face à l’ice

Parmi les sujets largement abordés lors du forum figure la sécurité, avec la volonté, selon Moetai Brotherson, de mieux intégrer les structures existantes. Les dirigeants ont ainsi approuvé l’intégration de la réunion des ministres de la Police du Pacifique et la reconnaissance de la réunion des chefs des forces de sécurité du Pacifique dans l’architecture régionale de paix et de sécurité. « L’idée, c’est vraiment d’avoir une meilleure coordination, un meilleur partage de l’information, une meilleure circulation du renseignement », explique le président du Pays, qui rappelle que les réunions des chefs des forces de sécurité et des responsables de police existaient déjà séparément.

Le président du Pays souligne également les avancées en matière de lutte contre l’ice, sujet introduit lors du précédent forum aux îles Salomon et qui touche « 80 % des pays » participants. Une piste est notamment envisagée avec Guam, qui dispose de quarante ans d’expériences en matière de prise en charge des personnes dépendantes.

« Ils ont développé des méthodes qui fonctionnent. Donc j’ai rediscuté longuement cette année avec la gouverneure de Guam qui m’a proposé, de manière concrète, d’accueillir une délégation de Polynésie française, qui serait constituée de notre ministre de la Santé et des personnes adéquates sur cette problématique, pour aller à Guam voir ce qui se fait, les différentes filières et les adaptations, même du système judiciaire, pour arriver à une bonne prise en charge des addicts à l’ice ». Si aucune date n’est encore arrêtée, il souhaite que cela puisse se faire « le plus tôt possible », potentiellement d’ici le début de l’année prochaine. 

La protection des océans au cœur des discussions

Durant les quatre jours qu’a duré le forum, celui-ci a confirmé la place centrale accordée à la protection marine, à la gouvernance des espaces maritimes, aux pêches et à la biodiversité. Les dirigeants ont notamment chargé le Pacific Ocean Commissioner de préparer la région à la première conférence des parties de l’accord BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction) sur la biodiversité en haute mer, prévue en janvier prochain. Ils ont également réaffirmé l’importance d’une gestion durable des ressources halieutiques. 

Moetai Brotherson met quant à lui en avant le travail du Programme régional océanien de l’environnement (PROE), sans le chiffrer, ainsi que les discussions sur les récifs coralliens, avec un engagement international dont il est « le 22e signataire ».

Sur la pêche, il rappelle les inquiétudes polynésiennes concernant d’éventuelles nouvelles contraintes : « On a une problématique sur l’instauration potentielle de quotas de pêche. Là-dessus, notre position et celle du groupe polynésien est très claire : on ne veut pas l’instauration de quotas de pêche supplémentaires dans nos ZEE. On est d’accord de mettre des limitations en dehors (en haute mer, NDLR) mais pas à l’intérieur des ZEE. Nous avons une approche très conservatrice, nous figurons parmi les pays qui pêchent le moins dans leurs ZEE, donc on ne comprendrait pas qu’on nous restreigne encore plus. »

Encadrer l’exploitation des fonds marins

La question des minerais des grands fonds reste plus sensible. Le forum n’a pas adopté de position commune contre toute exploitation, privilégiant plutôt une approche régionale fondée sur le respect de la souveraineté des États. Vanuatu a notamment proposé de conduire une évaluation scientifique mondiale des écosystèmes des grands fonds. Le président du Pays réaffirme de son côté son opposition à l’exploitation minière des fonds marins.

« Il n’y a pas aujourd’hui suffisamment de données scientifiques et financières pour pouvoir s’engager dans l’exploitation des fonds marins », estime-t-il, rappelant les risques de pollution transfrontalière. « La pollution générée par l’exploitation linéaire des fonds marins, c’est comme le nuage de Tchernobyl, ça ne s’arrête pas aux frontières. Donc il faut être très très prudent et je crois que la position du forum, même si elle n’est pas tranchée, elle est de dire qu’aujourd’hui, on ne dispose pas suffisamment d’éléments scientifiques ni même de données financières pour pouvoir s’engager sur la voie de l’exploitation des fonds marins ».

Concernant le projet américain évoqué dans le bassin de Penrhyn, à proximité des zones des îles Cook, de Kiribati et de la Polynésie française, Moetai Brotherson indique qu’« il ne s’est rien passé » à ce stade et qu’il attend toujours une réponse de Paris.

Préserver le « Pacific way » diplomatique

Dans un contexte de tensions entre la Chine et Taïwan, le chef de l’exécutif défend une ligne de dialogue et de diversification des partenariats. La présence de Taïwan à Palau a suscité des menaces de « conséquences » de la part de Pékin. Pour Moetai Brotherson, le forum doit précisément éviter de devenir une nouvelle scène d’affrontement entre puissances. « Le FIP doit rester un océan de paix », affirme-t-il. La position du forum sur le tir de missile balistique chinois illustre cette diplomatie prudente mais ferme.

Dans leur communiqué final, les dirigeants du FIP « se sont déclarés préoccupés par le récent essai de missile balistique intercontinental (ICBM) qui a survolé plusieurs de ses membres sans notification adéquate ». Ils appellent « tous les États procédant à des essais d’ICBM à garantir la transparence et à rassurer les États concernés, notamment en fournissant une notification préalable d’au moins 24 heures, conformément à la pratique internationale ».

Renforcer la résilience climatique et les moyens d’action du Pacifique

Sur le climat, les dirigeants réaffirment que « le changement climatique demeure la plus grande menace à la sécurité, aux moyens de subsistance, au bien-être et à la prospérité des peuples du Pacifique ». Le forum a ainsi approuvé son nouveau Plan d’action régional pour la paix et la sécurité 2026-2030, en inscrivant les enjeux climatiques et sécuritaires dans une même approche régionale. Cette volonté de renforcer les capacités financières du Pacifique passe notamment par le Pacific Resilience Facility.

L’accord instituant ce mécanisme, entré en vigueur le 6 mai, fixe un objectif de capitalisation initiale de 500 millions de dollars. Plusieurs nouveaux engagements financiers ont été annoncés, notamment ceux de la Norvège, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, des îles Marshall et du Royaume-Uni, sans bénéficier pour le moment au fenua ni à la Nouvelle-Calédonie. Moetai Brotherson souligne surtout l’intérêt pour la Polynésie de pouvoir s’appuyer sur des expériences régionales face aux conséquences concrètes du changement climatique, notamment sur la question de la fonte des glaces et ses répercussions sur les populations du Pacifique.

Tai Nui Atea : chercher un financement de long terme pour l’aire marine protégée

L’aire marine protégée Tai Nui Atea a été présentée et favorablement accueillie par les membres du forum. Pour le fenua, l’enjeu est désormais de transformer cet intérêt en soutiens concrets, notamment d’organisations et fondations susceptibles de participer au financement de la protection de l’océan. Moetai Brotherson indique que des discussions sont engagées avec plusieurs ONG et bailleurs autour d’un modèle de financement beaucoup plus long que les engagements habituels. L’objectif évoqué est de parvenir à un accord permettant de sécuriser la protection de Tai Nui Atea sur plusieurs décennies, tout en conservant la maîtrise de la stratégie et de la gouvernance par le pays.

La Polynésie réaffirme la place de la navigation traditionnelle

« Je suis particulièrement satisfait, puisque j’avais proposé en plénière que le communiqué final fasse référence à la navigation traditionnelle et son importance dans la politique que mène le forum », se réjouit Moetai Brotherson. Il y est effectivement inscrit que la navigation et les voyages traditionnels constituent « une expression durable de la culture, de l’identité et des savoirs traditionnels du Pacifique ».

Les dirigeants ont notamment salué la « Déclaration sur la navigation traditionnelle en tant que patrimoine culturel du continent du Pacifique bleu », présentée par le Grand Conseil des chefs de la République des Palaos et la Micronesian Voyaging Society. Pour Moetai Brotherson, cette déclaration peut désormais déboucher sur des travaux très concrets, notamment « sur l’intégration entre les écoles de navigation et les systèmes éducatifs ».

« Absolument pas » de regret d’avoir choisi Palau

Moetai Brotherson, qui sera de retour au fenua ce lundi à 2 heures, « prêt à reprendre le travail dès 6 heures », ne regrette en aucun cas d’avoir choisi de se rendre à Palau pendant que l’Assemblée examinait le troisième collectif budgétaire. Il explique avoir suivi les travaux à distance, « en connexion constante avec à la fois mes ministres et mon cabinet, et j’ai pu à distance opérer certains arbitrages sur les amendements ». Le choix du FIP reste donc assumé, tandis qu’à Tarahoi, les représentants se sont finalement eux aussi réjouis de cette décision.

Radio 1 Tahiti