Près de sept ans après le référendum qui avait vu 97,7 % des électeurs de Bougainville se prononcer en faveur de l’indépendance, une nouvelle étape majeure se profile. Le résultat du scrutin sera enfin présenté au Parlement de Papouasie-Nouvelle-Guinée le 27 août. Une échéance très attendue alors que le président de Bougainville, Ishmael Toroama, met en garde Port Moresby contre un éventuel rejet du choix exprimé par la population.
Après plusieurs mois d’incertitude, le gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée et celui de la région autonome de Bougainville se sont accordés sur la prochaine étape du processus d’indépendance. Le résultat du référendum de 2019 sera officiellement présenté au Parlement national le 27 août.
La décision a été actée à Port Moresby lors d’une réunion de l’Organe conjoint de supervision (Joint Supervisory Body), co-présidée par le Premier ministre de Papouasie-Nouvelle-Guinée James Marape et le Président de Bougainville, Ishmael Toroama.
En 2019, 97,7 % des électeurs avaient voté en faveur de l’indépendance de cette région autonome. Malgré ce résultat massif, le référendum n’était pas juridiquement contraignant: le vote en faveur de l’indépendance ne pouvait donc pas, à lui seul, entraîner la séparation de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et de Bougainville. La décision finale revient au Parlement National. Le 27 août prochain, le résultat sera donc officiellement soumis à l’examen du parlement, avant un vote ultérieur sur sa ratification, dont la date doit encore être fixée conjointement par James Marape et Ishmael Totoama.
Le processus découle de l’Accord de paix de Bougainville signé en 2001, qui avait permis de mettre fin à une décennie de guerre civile et prévoyait notamment la création d’un gouvernement autonome puis l’organisation d’un référendum sur l’avenir politique du territoire.
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L’objectif d’une indépendance en 2030
Les autorités de Bougainville ont désormais fixé le cap : elles souhaitent parvenir à l’indépendance en 2030 et entendent poursuivre leurs préparatifs institutionnels, économiques et sécuritaires.
À Port Moresby, le gouvernement défend toutefois une transition plus longue. En juin, il a également annoncé qu’une majorité des trois quarts des députés serait nécessaire pour ratifier le résultat du référendum, une décision qui a provoqué de fortes tensions avec les dirigeants de Bougainville.
Le Premier ministre James Marape estime notamment que le territoire doit démontrer sa capacité à atteindre une plus grande autonomie financière, à préserver la paix et la stabilité et à mettre fin aux violences armées et aux divisions entre factions.
Toroama met en garde contre un rejet du référendum
Le président de Bougainville estime qu’un rejet du résultat de 2019 par le Parlement national remettrait directement en cause les engagements pris dans le cadre de l’accord de paix. « Bougainville s’éloigne du cadre de l’autonomie, je tiens à ce que cela soit clair », a-t-il déclaré, rejetant l’idée que le territoire puisse rester sous son statut actuel avant de réexaminer ultérieurement la question de son avenir politique.
« Nous n’avons pas besoin d’une “voie claire pour réexaminer la question” ; la question a été posée, a reçu une réponse et a été scellée dans l’encre et le sang », a-t-il ajouté.
Selon Ishmael Toroama, le processus engagé en 2001 devait permettre à la population de choisir son avenir puis conduire à des négociations de bonne foi sur une solution définitive. Il estime ainsi qu’un rejet du référendum ou le maintien durable de Bougainville dans son statut autonome constituerait « un rejet du processus de paix lui-même ».
Le président de Bougainville rappelle enfin que le résultat de 2019 n’a jamais été contesté et demeure, selon lui, le mandat politique donné par la population : « Le vote de 97,7 % en faveur de l’indépendance constitue un fait historique acté, certifié et immuable ».
La présentation du résultat au Parlement le 27 août ne signifiera donc pas encore l’indépendance de Bougainville. Elle ouvrira toutefois une nouvelle étape décisive d’un processus engagé il y a vingt-cinq ans et qui pourrait, à terme, conduire à la naissance d’un nouvel État indépendant dans le Pacifique.

