ÉCOUTEZ OUTREMERS 360 RADIO

Outremers 360°
Toute l'actualité des Outre-mer à 360°
PacifiquePlanète

Pacifique : À Palau, les déchets transformés en carburant et en œuvres d’art

Par ~3 min lecture
Pacifique : À Palau, les déchets transformés en carburant et en œuvres d’art
Un artisan palauan façonne une boule en verre recyclé ©Mike Leyral / TNTV

La République de Palau a développé un système permettant de recycler 80 % des contenants importés. Le plastique est transformé en carburant, tandis que le verre connaît une seconde vie entre les mains d’artisans locaux. Un modèle à taille humaine qui pourrait inspirer la Polynésie. Reportage de notre partenaire TNTV. 

Dans les îles, la gestion des déchets demeure un véritable casse-tête. Palau a choisi une formule originale pour encourager le tri et développer le recyclage localement, tout en créant des emplois.

Chaque canette ou bouteille importée dans l’archipel est taxée 10 cents afin de financer son recyclage, qu’elle soit en verre, en plastique ou en aluminium. Les habitants qui rapportent leurs contenants au centre de tri reçoivent ensuite 5 cents par emballage. Une organisation qui a progressivement ancré le tri dans les habitudes des Palauans. L’aluminium collecté est transféré en Asie, tandis que le plastique est valorisé directement sur place. Il est chauffé afin de produire un carburant utilisé pour alimenter le générateur du centre de recyclage.

« On commence par chauffer la cuve inférieure, ensuite on remplit la cuve supérieure de plastique. Avec tous ces tuyaux, on collecte les fumées qui se dégagent. La fumée se condense, puis se transforme en carburant qu’on envoie dans le générateur. Ce générateur permet d’alimenter tout le centre de recyclage », explique Selby Etibek, directeur de Palau Eco Glass.

Ce carburant sert également à faire fonctionner des engins de chantier. Le verre, lui, est transformé dans un atelier où une formatrice japonaise transmet les techniques du soufflage aux artisans palauans. À l’intérieur, les fours atteignent une température de plus de 1 100 °C. « La partie la plus difficile, c’est la communication entre nous, il faut un bon timing », souligne Kyoko Kirako, experte en verre soufflé.

Dans l’atelier, chacun doit coordonner précisément ses gestes. « Elle fabrique un morceau de corail en verre et je suis son assistant. Mon rôle, c’est de préparer de petites parties que je fais chauffer, puis de lui apporter. Ensuite elle va les assembler pour fabriquer le corail », raconte l’artisan Ito Godwin.

Le verre peut être recyclé à 100 %, grâce à une succession d’étapes d’enfournage, de sculpture et de refroidissement. Pour fabriquer certains objets creux, l’artisan souffle dans un tube en métal. Un verrier expérimenté peut ainsi produire jusqu’à 30 ou 40 pièces par jour.

La taille des créations reste toutefois contrainte par les équipements. « Cette taille est la plus grande qu’on puisse fabriquer, parce qu’on est limité par l’ouverture des fours, et on doit tourner la pièce en permanence », précise Keiko Setoguchi, responsable de l’atelier de transformation du verre. Assiettes, verres, boucles d’oreilles, noix de coco translucides ou encore espadons bleutés : les déchets deviennent des objets décoratifs ou des œuvres d’art, ensuite vendus aux touristes comme souvenirs.

À l’issue du Forum des îles du Pacifique, organisé à Palau, le président de la Polynésie française, Moetai Brotherson, a visité cette entreprise imaginée par un ingénieur japonais. La petite usine parvient à récupérer et à recycler 80 % des contenants importés. Un dispositif conçu pour une population de 18 000 habitants et qui pourrait, selon lui, répondre aux contraintes rencontrées en Polynésie.

« La difficulté qu’on a eue dans les recherches qui ont été faites par les uns et les autres depuis des années sur les systèmes de gestion des déchets, c’est l’échelle. On a toujours proposé des solutions pour des villes de millions d’habitants et donc les volumes que nous produisons ne sont pas suffisants. Ici, on a un système qui a été adapté pour 18 000 personnes et qui fonctionne et qui permet de faire à la fois le compostage des déchets ménagers, de faire le tri de tout ce qui est métaux qui sont renvoyés et qu’ils veulent ensuite ici valoriser avant de les renvoyer. Et également pour tout ce qui est plastique, ils ont toute une filière qui s’auto-alimente finalement puisque ces plastiques qui sont pyrolysés produisent du diesel qui sert à alimenter toute cette petite usine en produisant de l’électricité d’une part, qui alimente également les camions qui vont faire la collecte des déchets », détaille Moetai Brotherson.

Tiarenui Pahuiri et Mike Leyral pour TNTV