L’économie calédonienne est loin d’avoir retrouvé une dynamique de reprise, mais elle s’enfonce moins sévèrement. L’emploi salarié se stabilise, le nickel se redresse, mais les entreprises embauchent peu, tandis que le BTP et le tourisme restent fragiles. Voici ce qu’il faut retenir des deux notes publiées le 17 août par l’Isee sur le premier trimestre 2026. Détails avec notre partenaire Les Nouvelles Calédoniennes.
Après deux années de décrochage, les courbes ont cessé de plonger. Les deux dernières publications de l’Institut de la statistique et des études économiques (Isee) sur la conjoncture et l’emploi au premier trimestre 2026, parues le lundi 17 août, décrivent une économie qui se stabilise, mais qui manque encore de souffle. Le secteur public soutient l’emploi, quelques activités résistent et le nickel remonte. Mais la construction reste au plus bas et la reprise touristique est encore très partielle.
L’emploi se stabilise, sans repartir
Fin mars 2026, la Nouvelle-Calédonie comptait 77 640 salariés. C’est 210 de plus qu’un an auparavant, soit une modeste hausse de 0,3 %. Mais cette hausse est trompeuse. Entre décembre 2025 et mars 2026, le nombre de salariés augmente en apparence. Mais une fois mis de côté les mouvements qui se répètent habituellement en début d’année, l’emploi est presque stable et recule même légèrement, de 0,2 %.
Dit clairement, l’emploi ne repart pas vraiment. Il se maintient au niveau très bas atteint après le choc de 2024. Sur l’ensemble de 2025, il était tombé sous son niveau de 2008, après la disparition de 13 200 postes en deux ans.
Un léger mieux dans le public
Dans le privé, on recense 56 140 salariés, ce qui est pratiquement stable sur trois mois comme sur un an. Le secteur public en compte 21 500, soit 240 de plus en douze mois. Une progression qui repose presque entièrement sur les contractuels, dont les effectifs augmentent de 2,1 % sur le trimestre et de 3 % sur un an, quand le nombre de fonctionnaires a peu évolué.
Ce ne sont donc pas les entreprises qui tirent le marché du travail. Près de 200 d’entre elles avaient encore demandé, au début de l’année, à bénéficier de l’allocation exceptionnelle de maintien dans l’emploi, pour plus de 2 500 salariés potentiellement concernés. Le dispositif a été prolongé jusqu’au 31 décembre 2026.
Davantage d’entreprises, mais surtout des patentés
Au premier trimestre, 1 132 nouvelles activités économiques ont été enregistrées au Ridet, soit 5 % de plus qu’un an auparavant, sociétés et travailleurs indépendants confondus. Le pays a enregistré 99 créations d’activité de plus que de fermetures. Un an plus tôt, elle comptait au contraire 47 fermetures de plus que de créations.
Mais là aussi, il convient de nuancer. Ce bilan positif repose entièrement sur les travailleurs indépendants, dont le nombre augmente de 129. Car dans le même temps, 30 sociétés commerciales ont disparu. Ces 99 activités supplémentaires ne correspondent donc pas à 99 entreprises ayant créé des emplois salariés.
Commerce et santé résistent, le BTP au plus bas
Le secteur du commerce a gagné 0,9 % d’effectifs en trois mois, notamment dans la vente de carburant et les boucheries. Quant aux services, qui concentrent plus d’un emploi sur deux, ils enregistrent 190 postes supplémentaires, portés pas la santé, l’action sociale, l’intérim et le nettoyage. Mais toutes les grandes branches d’activité restent sous leur niveau de 2023.
Sans surprise, c’est la construction qui est, de loin, la plus touchée : elle ne compte plus que 4 190 salariés et en a encore perdu 90 en un an. D’ailleurs, les ventes de ciment restent très faibles, faute de chantiers publics et privés. L’Institut d’émission d’outre-mer (IEOM) décrivait déjà en juin, un BTP "au point mort".
Le nickel remonte, sans effacer les pertes d’emploi
La production métallurgique s’est nettement redressée depuis le creux de 2024, marqué par l’arrêt de KNS et l’interruption temporaire de Prony Resources. Les exportations de produits métallurgiques progressent également en valeur.
Mais l’emploi dans le secteur parvient tout juste à se stabiliser. La filière compte environ 4 500 salariés, c’est 1 900 de moins qu’il y a deux ans. Elle en a encore perdu 0,8 % entre le premier trimestre 2025 et celui de 2026. L’Isee insiste donc sur un redressement fragile, qui ne règle ni les problèmes de compétitivité, ni ceux de rentabilité.
Consommation et tourisme
En mars, les prix étaient inférieurs de 0,5 % à ceux de l’année précédente. L’alimentation, notamment, s’est détendue après les fortes hausses de 2025, mais l’énergie et les services sont toujours à la hausse. L’Isee relève également davantage de découverts, de recours au crédit à la consommation et de créances douteuses.
Côté tourisme, le premier trimestre restait en retrait malgré une hausse sur un an, et les croisiéristes étaient nettement moins nombreux qu’à la fin de 2025. Les données plus récentes apportent toutefois une éclaircie : 17 000 touristes ont été accueillis eu deuxième trimestre, soit 37 % de plus sur un an. Cela ne représentait encore que 61 % de la fréquentation du deuxième trimestre 2023.
Par Les Nouvelles Calédoniennes

