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Nouvelle-Calédonie : des provinciales décisives pour le pouvoir et l'avenir de l'archipel
©Anthony Tejero / Les Nouvelles Calédoniennes

Contrôle de la province Sud, majorité au Congrès, reprise des discussions institutionnelles : les électeurs calédoniens sont appelés aux urnes dimanche pour renouveler les assemblées des trois provinces, lors d'un scrutin aux enjeux bien au-delà d'une simple élection locale.

Quelque 192 000 Calédoniens doivent voter pour ces premières provinciales depuis 2019, un scrutin reporté à trois reprises faute d'accord sur l'avenir institutionnel du territoire, dans l'impasse depuis les émeutes de 2024.

Près de quarante ans après les accords de Matignon-Oudinot, qui ont organisé le partage du pouvoir entre un Sud majoritairement loyaliste et des provinces Nord et Îles Loyauté à dominante indépendantiste, l'enjeu principal demeure la province Sud. Avec près de 75% de la population, l'essentiel de l'activité économique du territoire et 40 élus provinciaux -- dont 32 siègent également au Congrès (sur 54 élus) --, elle constitue la clé de voûte du système politique calédonien.

Pour la présidente sortante Sonia Backès, qui conduit une liste commune Les Loyalistes-Le Rassemblement, les deux principaux partis non-indépendantistes, l'objectif dépasse la conservation de son bastion électoral. « Pour la première fois, on a peut-être une occasion unique et historique » que « les non-indépendantistes prennent la majorité seuls au Congrès de la Nouvelle-Calédonie », a affirmé durant la campagne le député Nicolas Metzdorf. Une victoire permettrait selon lui de mener des réformes fiscales, sociales et éducatives dans une logique libérale.

Face à eux, les indépendantistes espèrent empêcher ce qui apparaît comme une tentative de « grand chelem institutionnel » et faire du scrutin un vote sanction contre les politiques menées par Sonia Backès à la tête de l'exécutif de la province Sud. Le président du FLNKS, Christian Tein, a multiplié les appels à la mobilisation dans les quartiers populaires, exhortant ses militants à convaincre « le moindre jeune » rencontré.

Pour le mouvement indépendantiste, les provinciales constituent une étape avant les futures négociations institutionnelles. Lors d'un meeting à Dumbéa (grand Nouméa), la candidate Oriane Cingöne Trolue a appelé à « gagner » pour « donner de la force au président du FLNKS (...) qui va aller chercher Kanaky », nom donné à la Nouvelle-Calédonie par les indépendantistes.

Fissures dans le camp indépendantiste

Le camp indépendantiste se présente toutefois divisé. Depuis les émeutes de mai 2024 et jusqu’au rejet de l'accord de Bougival négocié avec l'État en 2025, qui prévoyait la création d'un « État de Nouvelle-Calédonie » inscrit dans la Constitution, l'Union nationale pour l'indépendance (UNI), composée du Palika et de l'Union progressiste en Mélanésie (UPM), a exprimé ses divergences avec l’Union calédonienne (UC), principale composante du FLNKS.

Lorsque Christian Tein a été désigné président du FLNKS, en septembre 2024, l’UPM et le Palika avait annoncé un retrait du FLNKS, avant d’officiellement quitter le Front indépendantiste formé dans les années 80, en 2025. Le Palika, qui continue de « porter le projet d’indépendance », expliquait notamment « ne plus se reconnaître dans les décisions prises sans aucune concertation » par le Front.

L'ancien président du gouvernement Louis Mapou (Palika), favorable au projet d'accord de Bougival, sera candidat en province Sud. « Nous sommes dans une mandature de transition », affirme-t-il, estimant qu'en cas d'accord sur l'avenir, « il faudra forcément revoir la question des institutions ».

Troisième acteur susceptible de jouer les arbitres, l'Éveil océanien mise sur les électeurs qui ne se reconnaissent plus dans les deux blocs historiques. Son président, Milakulo Tukumuli, estime que l'élection pourrait se jouer sur les réserves de voix centristes et abstentionnistes.

L'autre bataille importante se déroule en province Nord, dirigée depuis 1999 par le dirigeant du Palika, Paul Néaoutyine. Dans son fief, il voit lui aussi le camp indépendantiste se fracturer et se retrouve en position inconfortable. Face à l'Union calédonienne de Pascal Sawa, le Palika doit également composer avec la candidature d'Eugène Menrempon, à la tête d'une liste comprenant des dissidents de ce parti et des petits mouvements indépendantistes. Cette fragmentation pourrait rebattre les cartes.

Les regards se tournent aussi vers l'unique liste loyaliste en lice dans le Nord. Si ses chances de conquérir l'exécutif provincial sont infimes, elle pourrait décrocher des sièges supplémentaires, renforçant ainsi les ambitions des non-indépendantistes à l'échelle territoriale.

Le scrutin servira de test avant la reprise annoncée des discussions sur l'avenir institutionnel. Devant le Sénat, le Premier ministre Sébastien Lecornu a affirmé au printemps que celles-ci reprendraient dès juillet et devraient aboutir avant la fin de l'année.

Mais les positions demeurent éloignées. Le FLNKS réclame un nouveau cycle de discussions, quand une partie des responsables loyalistes estime que les principaux compromis ont déjà été trouvés.

Milakulo Tukumuli prévient qu'à défaut d'accord, le dossier pourrait être emporté par la prochaine présidentielle française. « Il ne faut pas laisser les blocs avec les manettes de l'avenir calédonien », dit-il, estimant que le territoire risque de « rester dans la boue ».

Avec AFP