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Nouvelle-Calédonie : «Ça ne peut plus durer», à Maré et Ouvéa, des voix s’élèvent contre le blocage des aérodromes
© Les Nouvelles Calédoniennes

Après une journée "île morte" à Ouvéa lundi, un mouvement de citoyens organise ce mardi 4 août une marche à Maré pour exiger la réouverture des aérodromes, bloqués depuis cinq mois par des collectifs coutumiers opposés au déménagement d’Air Calédonie de Magenta à l’aéroport de La Tontouta. L’expression d’une exaspération qui progresse au sein d’une partie de la population. Détail avec notre partenaire Les Nouvelles Calédoniennes.

Le rassemblement a quitté l’école de Tadine vers 8h30 en direction de la gendarmerie. À Maré, une mobilisation citoyenne est en cours, ce mardi 4 août, pour protester contre le blocage de l’aérodrome de l’île. Une manifestation "spontanée et apolitique", selon Jacques Guaenere, l’un des organisateurs. La veille, lundi 3 août, une journée "île morte" était organisée à Ouvéa, également privée d’avions depuis début mars, à l’initiative du collectif des forces vives d’Iaai, soutenu par la chefferie de Banut et le maire, Maurice Tillewa, qui a procédé à la fermeture des services municipaux pour la journée.

Cinq mois quasiment jour pour jour après le début des blocages, organisés par des collectifs coutumiers opposés au déménagement des activités d’Air Calédonie à l’aéroport de La Tontouta, ces deux mobilisations successives mettent en lumière l’exaspération grandissante d’une partie de la population, victime d’un conflit qui s’éternise.

Capharnaüm

Une "prise d’otages", estime Jacques Guanere, avant de lister les "lourdes conséquences" engendrées par l’absence de desserte aérienne. Outre la problématique d’accès aux soins, la situation met à mal "la coutume". "Il y a eu de nombreux deuils, à Nouméa ou à Lifou, auxquels nous n’avons pas pu assister." Alors que s’ouvre la saison des mariages, l’habitant de Tadine et enseignant raconte des cérémonies "en stand-by".

"La population est en grande souffrance", déplore également Maurice Tillewa. Le premier édile d’Iaai se fait le relais d’une île "où tout est mort", notamment d’un point de vue économique, et où progresse un sentiment "d’abandon". "Il faut faire quelque chose et réveiller tout le monde", dit-il, espérant une décision rapide des autorités et des collectifs. "On vit ce capharnaüm depuis cinq mois, ça ne peut plus durer."

Cette double mobilisation est présentée comme une réponse au silence des collectifs de coutumiers. En juin, ces derniers avaient promis de revoir leur position au lendemain des élections provinciales et de l’installation du nouvel exécutif. Or, plus d’un mois après le scrutin et alors que le 19e gouvernement est désormais connu, "nous n’avons aucune nouvelle", souligne Jacques Guaenere, évoquant la fin de non-recevoir opposée par les responsables coutumiers à sa demande d’entretien.

«Les gens deviennent agressifs»

Pourtant, "on comprend leur revendication", affirme Jacques Guaenere. À Maré comme à Ouvéa, la mobilisation ne vise pas à prendre position sur la question du déménagement d’Air Calédonie à Tontouta ou de son maintien à Magenta. "Peu importe, pour nous ce qui compte, c’est de retrouver notre liberté de circuler", insiste Jacques Guaenere. Même remarque de Maurice Tillewa. "On laisse les autorités compétentes en discuter. Ce qui est primordial, c’est de rouvrir les aérodromes et que les gens puissent choisir leurs moyens de transport."

En attendant, ceux qui doivent rejoindre la Grande Terre continuent de prendre des risques en réalisant des traversées périlleuses. "La dernière fois, en raison de la houle, nous avons mis 7h30 pour traverser", raconte Jacques Guaenere. Soixante-treize ans après la disparition de La Monique et de ses 130 passagers en mer, "on ne veut plus revivre ça".

Ce n’est pas le seul épisode dramatique dont les Maréens redoutent la répétition. En 2011, des blocages de l’aérodrome de La Roche en lien avec la hausse des prix du billet d’avion avaient conduit à des affrontements entre habitants et à la mort de quatre personnes. À en croire les organisateurs des rassemblements citoyens, la situation actuelle pourrait rapidement basculer dans la violence. "Les gens deviennent agressifs", constate Maurice Tillewa. "On sent la tension qui s’installe", note également Jacques Guaenere.

Le nouveau président du gouvernement, Milakulo Tukumuli, a annoncé qu’il se rendra à Lifou jeudi 6 août pour discuter du sujet avec le président de la province des Îles.

Nicolas Metzdorf apporte son soutien aux habitants mobilisés

Le député calédonien Nicolas Metzdorf a réagi, dans un communiqué publié le lundi 3 août, a l’opération "île morte" organisée le même jour à Ouvéa, évoquant une initiative "courageuse à laquelle j’apporte tout mon soutien". Le parlementaire en profite pour dénoncer des blocages qui paralysent les deux îles de Maré et d’Ouvéa aux conséquences "lourdes et impactantes".

S’insurgeant contre "le fait que, dans un territoire de la République, une compagnie aérienne d’intérêt public se voit interdire d’accès aux aérodromes depuis maintenant cinq mois, sans que cela ne suscite aucune réaction des élus loyaltiens", il appelle ainsi "l’État, la province des Îles, les communes concernées et les autorités coutumières, à faire preuve de responsabilité au profit de l’intérêt général et non de celui de quelques-uns qui ont pris la population en otage".

Par Les Nouvelles Calédoniennes