Les nouvelles conditions de service de la firme d’Elon Musk vont limiter, d’ici un mois, les connexions hors du pays de résidence des abonnés. Les forfaits les moins chers ne fonctionneront plus à l’international, et les plus onéreux seront limités à 30 jours consécutifs à l’étranger. Seule solution pour les utilisateurs polynésiens et calédoniens : souscrire à des offres pour entreprises, qui se chiffrent au minimum à 30 000 francs par mois. Explications de notre partenaire Radio 1 Tahiti.
C’est une nouvelle qui inquiète les utilisateurs de Starlink en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie, de plus en plus nombreux malgré son interdiction par les réglementations locales. La firme d’Elon Musk a procédé à une mise à jour des conditions de service de ses forfaits « itinérance », qui permettaient jusque-là de se connecter au service d’internet satellitaire hors de son pays de résidence.
Désormais, les forfaits « itinérance » de base seront limités aux déplacements à l’intérieur du pays ou de la zone d’abonnement. Seul le forfait « Itinérance illimitée », facturé 11 300 francs par mois, permettra de se connecter à l’international… Mais jamais pour plus de 30 jours consécutifs.
Un problème de taille pour les utilisateurs locaux, puisqu’il est impossible de rattacher directement son abonnement Starlink à la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie, indisponibles pour la firme d’Elon Musk.
En Polynésie, malgré les propositions de réforme mises sur la table par le gouvernement local, retoquées par l’assemblée territoriale, et les premières décisions du tribunal administratif tendant à libéraliser l’import des « kits » de la compagnie, le service et les antennes Starlink restent, à quelques dérogations près, réglementairement bannis par le pays.
Et l’OPT garde, de fait, son monopole sur la connexion internationale. « Starlink n’est toujours pas officiellement commercialisé en Polynésie », confirment des utilisateurs sur des groupes spécialisés sur les réseaux sociaux. « La plupart des kits qui tournent ici sont enregistrés aux Fidji, en Nouvelle-Zélande ou en France… et utilisés « en itinérance » depuis le fenua ». Même cas de figure en Nouvelle-Calédonie, où les utilisateurs de Starlink s’enregistrent essentiellement en Australie ou aux Fidji.
30 000 francs par mois pour 50 Go
La firme américaine précise sur son site que les nouveaux forfaits commercialisés le seront suivant les nouvelles conditions de service dès ce 15 juillet. Les utilisateurs déjà abonnés ont été informés par mail d’une mise à jour de leur offre au 10 août, tandis que le site officiel de Starlink parle d’un basculement au 17 août. À partir de cette date, les abonnés locaux, enregistrés à l’étranger, devraient avoir le droit à 30 jours de connexion au terme desquels ils devront changer de forfait ou « retourner dans le pays de résidence associé à leur compte pour réinitialiser la période ».
Il reste toutefois possible de s’offrir une itinérance internationale illimitée, mais au travers des abonnements Starlink adressés aux entreprises. Le forfait « Priorité mondiale », notamment utilisé par des sociétés de transport maritime, permet ainsi de se connecter sans limitation de durée hors de son pays de résidence… Mais pour des tarifs allant de 30 000 (pour 50 Go) à 250 000 francs (pour 2 To) par mois.
Une première annonce pas appliquée l’année dernière
Ces nouvelles conditions inquiètent bien sûr les utilisateurs déjà équipés, notamment dans les îles, et devraient aussi toucher les plaisanciers de passage, nombreux à arriver avec leur antenne et leur forfait, et qui restent souvent bien plus d’un mois dans nos eaux. Dans les communautés locales d’abonnés, certains attendent tout de même de voir, et notent qu’une première révision des conditions de service de Starlink, qui limitait l’utilisation internationale à 2 mois consécutifs l’année dernière, n’avait pas été concrètement appliquée.
En Polynésie, ces changements devraient quoiqu’il arrive alimenter le débat sur l’évolution de la réglementation. Les projets de loi télécoms retoqués par l’Assemblée territoriale en mai prévoyaient de donner des autorisations aux opérateurs télécoms internationaux qui en feraient la demande, mais uniquement pour proposer leur service dans des « zones blanches » où les opérateurs locaux ne peuvent proposer une connexion performante.
Le gouvernement polynésien et la DGAE, qui savent aussi que la réglementation sur l’interdiction d’importation des antennes Starlink, après deux annulations coup sur coup devant le tribunal administratif, ne tient plus qu’à un fil, ont plusieurs fois affirmé vouloir reproposer ces réformes à Tarahoi, après une concertation avec les élus.
Charlie René pour Radio 1 Tahiti

