Les îles du Pacifique se réunissent à partir de lundi à Palau pour un sommet finalement boudé par quatre dirigeants, et où les tensions entre Taïwan et la Chine risquent d'occulter les priorités régionales comme le changement climatique et le trafic de drogues.
La République de Palau, hôte jusqu'à jeudi du 55e Forum des îles du Pacifique composé de 18 membres, font partie des trois derniers États de la région à reconnaître Taipei au grand dam de Pékin.
La Chine, Taïwan et les États-Unis figurent parmi les partenaires invités au forum, mais pas à la réunion des dirigeants. Pékin, qui revendique la souveraineté de Taïwan, a protesté contre l'invitation de l'île. L'année dernière, l'opposition de la Chine et des îles Salomon, alors organisatrices, avait abouti à l'exclusion de Taïwan et de toutes les parties extérieures à la région.
La Chine a riposté à l'arrivée dimanche sur place du ministre taïwanais des Affaires étrangères, Lin Chia-lung, en déclarant que les îles Palaos était un lieu « dangereux » pour les voyageurs, a rapporté le président de l'archipel, Surangel Whipps. Les touristes chinois y représentent la majorité des visiteurs, selon les données disponibles.
En réponse, l'ambassade des États-Unis a accusé la Chine de tenter de « se servir du tourisme comme d'une arme pour faire pression sur les Palaos », État du Pacifique ouest (Micronésie) associé aux États-Unis.
« Le Pacifique est notre foyer, pas un théâtre de rivalités géopolitiques », a tempéré dimanche Surangel Whipps dans une interview, en rappelant les priorités des îles du Pacifique, à savoir le changement climatique, la lutte contre le trafic de drogue et la sécurité alimentaire. Malgré cet appel à l'unité, quatre dirigeants attendus au sommet seront absents.
En premier lieu, le Vanuatu ne sera pas représenté par son Premier ministre, a appris l'AFP d'un responsable du Forum quelques heures avant l'événement. Les Samoa enverront une délégation conduite par le vice-Premier ministre. Le chef d'État des Kiribati, proches de Pékin, sera, lui, absent du sommet et le Premier ministre des Îles Salomon a dû se rétracter au dernier moment en raison d'une crise politique intérieure.
Les Iles Salomon étaient le partenaire le plus proche de la Chine dans le Pacifique, jusqu'à l'élection en mai d'un Premier ministre qui s'est engagé à réexaminer le pacte de sécurité et à rétablir des relations avec les États-Unis et l'Australie.
Côté français, l’ambassadrice de la région Pacifique, Véronique Roger-Lacan, y est présente pour représenter les intérêts français. Membres à part entière du Forum des Îles du Pacifique, la Polynésie y est représentée par son président Moetai Brotherson, tandis qu’Alcide Ponga y fait le déplacement au nom du président du gouvernement calédonien, Milakulo Tukumuli, actuellement à Paris pour une série d’entretiens avec l’exécutif Lecornu, dans le cadre d'une mission transpartisane.
« L'Australie a un rôle clé »
Si le changement climatique doit rester la priorité du forum, l'essai de missile balistique mené par la Chine dans la région le mois dernier pourrait encore faire des remous. Le forum n'a pas publié de déclaration commune après cet essai en raison de l'opposition des Kiribati et de Nauru. Les dirigeants doivent en rediscuter lors du sommet, a indiqué Surangel Whipps.
L'absence de plusieurs leaders s'annonce cependant comme un obstacle, de l'avis d'Oliver Nobetau, analyste spécialiste du Pacifique à l'Institut Lowy, un think tank de Sydney. Cela « réduit considérablement les espoirs de voir une déclaration forte émaner du Forum des îles du Pacifique » à propos du tir de missile, juge-t-il auprès de l'AFP.
Des policiers issus de plusieurs nations sont mobilisés pour le forum, ce qui constitue la première manifestation d'ampleur de la coopération policière à l'échelle du Pacifique. L'Australie, plus grand pays membre, œuvre pour une plus grande autonomie de la région en la matière, estimant par exemple que la Chine n'a pas à disposer de forces de police à Kiribati et aux Iles Salomon.
« Investir dans la sécurité et la prospérité de nos voisins du Pacifique rend notre région plus sûre et notre économie plus forte », a déclaré le Premier ministre Anthony Albanese dans un communiqué.
« Les grands défis auxquels le Pacifique est confronté exigent des solutions conçues et mises en œuvre pour le Pacifique et par le Pacifique. Et l'Australie a un rôle clé à jouer, comme partenaire et leader », a-t-il ajouté. Les dirigeants doivent également discuter d'une réponse maritime régionale face à la montée de la criminalité liée au trafic de drogue.
Avec AFP

