Longtemps laissé de côté, le secteur du tourisme se structure peu à peu à Wallis-et-Futuna. Dans cette collectivité française du Pacifique, la plus éloignée de l’Hexagone, le pôle tourisme mise sur l’authenticité du voyage, bien loin du tourisme de masse. Marion Manuofiua, responsable du bureau tourisme des îles de Wallis et de Futuna au sein de la Direction des affaires économiques, du développement et du tourisme (AEDT) nous parle de la stratégie du territoire pour attirer les adeptes de montagne, d’eaux turquoise et les pèlerins. Près de 6 000 voyageurs visitent chaque année le territoire mais l’objectif de la collectivité est d’atteindre le seuil des 10 000.
Comment se porte le secteur du tourisme à Wallis-et-Futuna ?
En 2026, c’est un secteur encore en plein essor. Le secteur commence à se développer sur notre territoire avec un plan élaboré depuis plusieurs années et nous appliquons aujourd’hui les différents points de notre stratégie 2020-2030.
Le secteur du tourisme a pu, par le passé, être sujet à polémique étant donné la cohabitation entre le Royaume (et ses spécificités culturelles) et la République française. Mais à ce jour, le développement du tourisme est accepté, voulu et soutenu pleinement par les populations et la communauté. Ces deux dernières années, on a mené énormément d’opérations de sensibilisation auprès des populations pour les convaincre de l’intérêt de développer le secteur pour le territoire, on fait le tour de tous les villages de Wallis et de Futuna, on a été très transparents sur notre ambition pour le tourisme. En étant à l’écoute des habitants, on a effectué des modifications en 2024 sur notre stratégie de manière à associer encore plus la population sur certaines actions.
Notre objectif est de travailler avec la communauté pour que le tourisme soit avant tout bénéfique pour la population tout en offrant le meilleur accueil possible aux voyageurs.
Si on compare avec les autres territoires ultramarins du Pacifique, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française, Wallis-et-Futuna reste encore très préservé du tourisme. Pourquoi ?
Déjà on a un premier défi : l’accessibilité. Ce n’est pas simple de se rendre à Wallis-et-Futuna, il n’y a que deux rotations par semaine avec un monopole d’une compagnie aérienne (AirCalin). Deux rotations par semaine c’est à la fois bien et pas bien. La population est en demande de davantage de liaisons mais c’est aussi le premier filtre car le prix est excessivement élevé.
Wallis-et-Futuna est dix fois plus petit que la Polynésie ou que la Nouvelle-Calédonie, on a donc des capacités bien plus réduites mais nous avons aussi une spécificité bien différente chez nous : on a un pouvoir à trois têtes : le préfet (qui représente l’État), le roi et l’Assemblée territoriale. Ce sont des statuts différents. Wallis-et-Futuna reste une monarchie, le seul royaume dans la République française. Le dernier roi de la France est chez nous, c’est un atout qu’on valorise énormément.
On ne peut pas se comparer à la Polynésie ou la Nouvelle-Calédonie, l’évolution en termes de fréquentation que nous vivons en ce moment est bonne, on ne cherche pas non plus à exploser le compteur. L’ambition du territoire ce n’est pas du tout de faire du tourisme de masse.
Mais nous nous inspirons tout de même de nos voisins, nous avons signé des conventions avec eux pour bénéficier de leurs expertises, ce qui nous permet de profiter de leur savoir et de leur lumière par rapport au développement du secteur.
Combien recevez-vous de visiteurs chaque année ?
Quand on a commencé a élaborer la stratégie, vers 2019, on comptabilisait environ 2 000 touristes sur l’île. L’ambition 2030 c’est autant de touristes que d’habitants, c’est-à-dire 10 000 voyageurs. À ce jour, on reçoit à peu près 6 000 touristes à l’année donc on observe une très bonne évolution, on est très satisfait. On espère atteindre nos objectifs rapidement.
D’où viennent les touristes ?
Principalement de la zone régionale Pacifique : Nouvelle-Zélande, Australie, Nouvelle-Calédonie mais nous avons aussi des touristes venant de l’Hexagone.
On est a une heure d’avion des îles Fidji en vol direct, par cette liaison, on aimerait attirer davantage les Américains. On en reçoit déjà quelques-uns, ce sont surtout des amateurs de la région qui voudraient faire le tour du Pacifique.
Pour rejoindre notre territoire, il y a aussi la possibilité d’arriver par voie maritime mais l’île de Wallis est entourée d’une barrière de corail. La passe par laquelle entrent les navires n’est pas très grande, elle ne peut pas faire entrer des paquebots de plus de 6 mètres de tirant d’eau. On peut donc accueillir uniquement des paquebots avec une capacité de 200 à 300 passagers. Mais cette limite vaut aussi pour les infrastructures sur notre territoire, nous ne pourrions pas accueillir des bateaux plus gros car nous n’aurions pas de quoi loger les voyageurs. Quand on reçoit des groupes de croisiéristes, on s’organise avec des bus scolaires pour effectuer les visites. C’est une des difficultés : on ne peut pas dépasser la capacité d’accueil de l’île qui reste assez limitée.
J’ajoute que nous recevons aussi une cinquantaine de voiliers par an. C’est une niche touristique intéressante car ces personnes ne restent pas seulement sur le lagon, elles visitent aussi le territoire.

Que cherchent les touristes qui viennent à Wallis-et-Futuna ?
Ils cherchent le dépaysement, l’état sauvage, la nature. Ils cherchent tout simplement l’authenticité, ils sont curieux de découvrir cette culture à part. Ils cherchent aussi la beauté du lagon. Les îles du Pacifique ont toutes ce charme avec ce sable, le lagon, avec des eaux majestueuses. Mais chaque île a aussi son propre joyau, les eaux de l’île de Wallis sont connues dans le Pacifique pour organiser des compétitions nautiques, comme le va’a. Nous avons donc beaucoup de touristes amateurs de sport nautique. À Futuna, il n’y a pas de lagon mais il y a des super spots de surf et des sentiers pédestres qui mènent vers des collines et des montagnes magnifiques. On accueille aussi des touristes religieux. Futuna est surnommée la petite Lourde du Pacifique. L’île abrite la basilique de Poi, à l’emplacement où eut lieu l’assassinat de Saint Pierre Chanel, seul saint du Pacifique, devenu martyr. Il a été abattu sur l’île de Futuna et ses reliques sont ici. Plusieurs fidèles font le déplacement pour prier et faire un pèlerinage ici.
Savez-vous combien de pèlerins viennent chaque année ?
C’est difficile de quantifier le nombre de voyageurs venant pour une raison catholique mais je dirais au moins 30% des touristes, surtout au mois d’avril, ils sont environ 1 000 à venir célébrer Saint Pierre Chanel, le 28 avril. À cette période, il nous arrive d’ajouter des vols internes supplémentaires car il y a une demande forte pour aller à Futuna.
Les sites pédestres sont-ils aménagés pour les randonneurs ?
Nous avons une centaine de sentiers mais ça fait en effet partie de la stratégie du tourisme du territoire d’aménager et de sécuriser les sentiers mais aussi les accès aux sites. Il y a tout un travail d’aménagement du territoire à faire.
L'Assemblée territoriale et la Préfecture ont acté 67 actions à mener entre 2026 et 2030 pour structurer le tourisme dans l'archipel. Le budget total du plan atteint plus de 4 milliards de francs CFP. Pouvez-vous me donner les grandes lignes de ce document ?
En termes de financements, cette stratégie est cofinancée par l’État, le territoire mais aussi par l’Union européenne qui donne une bonne partie des fonds (20 millions d’euros et 10 millions financés par l’État). Le premier versement de l’UE a été fait cette année et nous permet de développer le secteur.
Dans cette stratégie il y a cinq grands objectifs : structurer la gouvernance et le secteur ; travailler sur les points d’entrée et l’accessibilité du territoire ; former et professionnaliser les acteurs locaux ; développer une offre adaptée au territoire en mettant l’accent sur l’artisanat et les produits du terroir ; et enfin développer un tourisme durable.
Ce dernier point est vraiment essentiel, on y a consacré une bonne partie des financements. Nous sommes une île, nous sommes soucieux de notre environnement. Notre territoire manque à ce jour d’infrastructures, comme des caniveaux d’assainissement ou des réseaux d’eau. La potabilité de l’eau à Futuna est encore problématique, tout comme la qualité d’eau de baignade… On ne veut pas qu’une augmentation de la population du fait du tourisme se fasse au détriment des Wallisiens et Futuniens. Au contraire, on veut que ces aménagements leur servent aussi.

Qu’entendez-vous par tourisme durable ?
Par exemple, le secteur de la croisière n’est pas encore très développé mais on va le limiter. Pour l’instant, on reçoit deux paquebots chaque année, c’est déjà bien. On veut développer le tourisme car ça permet de créer une économie mais on veut conserver ce qui caractérise notre territoire.
Finalement, la configuration de l’île nous protège naturellement, les passes ne permettent pas à tout le monde de rentrer et les infrastructures sont limitées. Le tourisme durable c’est déjà le quotidien des Wallisiens et des Futuniens. Pour rejoindre les îlots, on veut conserver les déplacements en pirogue traditionnelle au lieu de partir en jet-ski ou d’utiliser des bateaux à moteur. Il y a déjà sur notre territoire une façon de naviguer mais aussi de vivre qui entre dans la durabilité. On veut maintenir et développer l’accueil chez l’habitant, au même titre que les pensions de famille en Polynésie.
Dans ce sens, l’implantation de grand groupe de luxe hôtelier est inenvisageable ?
Nous avons eu plusieurs fois des propositions de la part d’investisseurs, mais aucune n’a été soutenue. Nous avons seulement des hôtels familiaux sur notre territoire. Entre l’offre hôtelière et la chambre chez l’habitant, nous avons au total une quinzaine d’offres d’hébergement. Avec la stratégie de développement, on met en place des dispositifs pour accompagnement ceux qui veulent développer cette offre de logement.
Mais quand on vient à Wallis-et-Futuna, on n’est pas à Tahiti, les touristes le savent. Il n’y a pas d’hôtels de luxe, l’arrivée d’un tel groupe détruirait les autres professionnels. Ce n’est pas ce que l’on souhaite. On a vraiment une stratégie de développement avec et pour la communauté.

