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Grandes figures des Outre-mer : Marie-Claude Tjibaou, l’humaniste calédonienne au service de la réconciliation et de la culture kanak
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Dans notre série hebdomadaire sur les personnalités emblématiques qui ont marqué l’histoire des Outre-mer, nous nous penchons aujourd’hui sur les multiples facettes du parcours de Marie-Claude Tjibaou, veuve du leader indépendantiste Jean-Marie Tjibaou. Loin de rester dans l’ombre de son illustre époux, cette ancienne athlète plusieurs fois médaillée est toujours restée active et mobilisée sur les questions sociales et culturelles, entre autres. Portrait.  

Si certains ont pu considérer que Marie-Claude Tjibaou n’était que « la femme de » Jean-Marie Tjibaou, le fondateur charismatique du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), assassiné en mai 1989, il n’en est rien. Âgée aujourd’hui de 77 ans, cette femme de caractère s’est imposée come une figure incontournable du paysage politique, social et culturel de la Nouvelle-Calédonie.

Marie-Claude Tjibaou, née Wetta, naît le 10 janvier 1949 à Ponérihouen, dans la tribu de Néouta. Son père, Doui Matayo Wetta (1917-1980) est infirmier de profession et fondateur de l'Association des indigènes calédoniens et loyaltiens français (AICLF), d’inspiration protestante, dont l’objectif est de mieux représenter les Kanak au sein d’une Calédonie unie. Sa mère est femme au foyer, totalement dévouée à ses onze enfants. Marie-Claude est l’aînée de la fratrie. C’est l’une des premières Kanak à étudier à l’école « européenne ». Cependant elle interrompt ses études à 16 ans.

Médaillée d’or au lancer de poids

Elle s’occupe alors de ses frères et sœurs, mais se passionne également pour le sport. Remarquée pour ses performances dans le lancer de poids, Marie-Claude participe à plusieurs reprises aux Jeux du Pacifique. Elle remporte la médaille d'argent à Nouméa en 1966 ainsi qu’à Guam (Micronésie) en 1975, puis vient le couronnement avec l’or à Port Moresby (Papouasie-Nouvelle-Guinée) en 1969 et Papeete en 1971. La même année, elle suit dans l’Hexagone une formation de cinq mois à l'Institut national du sport et de l'éducation physique (Insep).

De retour en Nouvelle-Calédonie, Marie-Claude travaille comme conseillère rurale au Service de l'éducation dans la zone de Ponérihouen de fin 1971 à 1975. C’est là que les grandes familles catholiques et protestantes de la région décident d’un mariage « arrangé » de Marie-Claude Wetta avec un ancien prêtre catholique devenu laïc, fraîchement diplômé d’ethnologie, du nom de Jean-Marie Tjibaou. Cela marque l’union des catholiques et protestants kanak sur le Caillou. Par bonheur, les deux jeunes gens se plaisent et les noces ont lieu en 1973. Ils auront six enfants. « Avec Jean-Marie Tjibaou, c’est une autre vie. Il est mon ami, il est mon amant, il est mon époux, il est mon frère », dit-elle dans le film « Andi », en compétition au Festival International du Film documentaire Océanien (FIFO) de Tahiti en 2023. 

Entre 1974 et 1976, Marie-Claude Tjibaou est recrutée au Service de la Jeunesse et des Sports de Nouvelle-Calédonie, où elle contribue activement à l’organisation du Festival Mélanésia 2000, destiné à mettre en valeur la culture kanak. Elle occupe ensuite le poste de secrétaire au Fonds d’aide et de développement de l’Intérieur et des Îles, puis à l’Organisme de développement de l’Intérieur et des Îles, de 1976 à 1985. Par la suite, elle pilote des projets de développement dans la Région Nord au sein de l’Office de développement des régions, puis de l’Agence de développement rural et d’aménagement foncier. Elle apporte également son soutien à son mari, devenu leader du FLNKS.

Après l’assassinat tragique de Jean‑Marie Tjibaou le 4 mai 1989 à Ouvéa, Marie-Claude Tjibaou devient une figure morale incontournable pour la population kanak. Concernant les affrontements récurrents entre Kanak et Caldoches (descendants d’Européens) à l’époque, elle déclarait dans le film « Andi » : « Cela faisait déjà un moment que l’on sentait le couteau au-dessus de nos têtes. Forcément il y a des séquelles de tout ça. Mais ce sont peut-être des séquelles qui te permettent de grandir. (…) C’est toujours pareil, servir notre pays, permettre que les gens soient heureux ensemble ».

Dès 1990, elle contribue à la création de l’Agence de développement de la culture kanak, et en assume la présidence du conseil d’administration, jouant un rôle déterminant dans la réalisation du Centre culturel Tjibaou. Elle prend ensuite la tête du Comité organisateur du Festival des Arts du Pacifique, chargé de l’édition calédonienne de 2000. Plus tard, elle préside également le Comité organisateur du quatrième Festival des Arts mélanésiens, organisé en 2010 en Nouvelle‑Calédonie.

Jean‑Marie et Marie-Claude Tjibaou dans leur jeunesse

Très active sur le plan social, Marie-Claude Tjibaou fonde en 1992 une association de lutte contre les violences sexuelles et devient également vice-présidente de l'Association pour la protection contre les abus d’alcool. Membre du Conseil économique et social de la Nouvelle-Calédonie, elle est nommée en septembre 1999 membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE) national, au titre de la cohésion sociale et territoriale et vie associative, rattaché au Groupe de l’Outre-mer. Elle siègera jusqu’en novembre 2015. 

Marie-Claude Tjibaou s’engage aussi en politique : de 1995 à 2000, elle est conseillère municipale de la commune de Hienghène, dont son mari fut maire. Candidate aux sénatoriales de 2001, en seconde position sur la liste « Ouverture pays » (dissidente du FNLKS), aux élections provinciales de mai 2009, candidate aux élections municipales de mars 2014 à Nouméa avec la formation « Engagement citoyen », qui fait notamment campagne pour un rééquilibrage entre les quartiers Nord et Sud, pour une présence plus forte de la culture kanak dans la ville et pour le « vivre ensemble », elle échoue néanmoins à chaque fois. À 77 ans aujourd’hui, elle n’en reste pas moins immensément respectée et écoutée dans le sillage de son infatigable combat en faveur de la justice sociale et de la réconciliation de toutes les composantes de la société calédonienne.

PM

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► Retrouvez l’intégralité de notre série sur les grandes figures des Outre-mer

Marie-Claude Tjibaou, avec Sonia Lagarde et Isabelle Lafleur, lors de l'inauguration de la Place de la Paix à Nouméa en 2022 ©Niko Vincent / Ville de Nouméa