Grandes figures des Outre-mer : Jean Tranape, le Calédonien héros de la France libre et Compagnon de la Libération

Jean Tranape (1918-2012) ©DR

Grandes figures des Outre-mer : Jean Tranape, le Calédonien héros de la France libre et Compagnon de la Libération

Outremers 360 poursuit sa série hebdomadaire sur les personnalités emblématiques qui ont marqué l’histoire des Outre-mer. Nous nous intéressons aujourd’hui à l’incroyable parcours du Calédonien Jean Tranape, engagé dans le Bataillon du Pacifique qui mènera notamment un combat héroïque dans les célèbres affrontements de Bir-Hakeim contre des divisions de l’armée allemande, en Libye. Il participera également à la campagne d’Italie et au débarquement de Provence. Le général de Gaulle lui remettra en personne la Croix de l’Ordre de la Libération, entre autres distinctions, pour sa vaillance et son courage.

Jean Tranape naît le 3 décembre 1918 à Nouméa dans une famille d’origine vietnamienne. Devenu dessinateur de travaux publics après ses études, il est appelé sous les drapeaux en janvier 1940 et rejoint le Bataillon mixte d’Infanterie coloniale de Tahiti. Lorsque la Nouvelle-Calédonie et les Établissements français d’Océanie (EFO) se rallient à la France libre, il n’hésite pas : à seulement vingt-deux ans, il s’engage pour toute la durée de la guerre dans le Bataillon du Pacifique, mû par un élan de fidélité et de conviction.

La première escale du Bataillon est en Australie. Au Liverpool Camp près de Sydney, les volontaires de l’unité suivent une instruction intensive au cours de l’année 1941. Tranape et ses compagnons embarquent ensuite en direction de Suez. Trente jours de traversée les mènent successivement en Égypte, en Palestine, en Syrie, puis de nouveau sur les rives du Nil. Le 14 février 1942, le Bataillon rejoint Bir-Hakeim, en Libye. Les combats qui s’ensuivent contre des troupes allemandes et italiennes sont alors d’une violence inouïe.

Pourtant, la résistance acharnée des Français libres — dont les deux tiers viennent des Outre-mer et des territoires coloniaux — offre aux alliés britanniques encerclés par l’ennemi l’espace nécessaire pour établir les positions défensives qui prépareront la victoire finale. Pour sa bravoure, Jean Tranape est cité à l’ordre de l’Armée et décoré de la Croix de guerre. En juillet 1942, le Bataillon du Pacifique et le Bataillon d’infanterie de Marine fusionnent pour créer le Bataillon d’Infanterie de Marine et du Pacifique (BIMP). Dans sa nouvelle unité, Jean Tranape participe aux combats de Libye, de Tripolitaine et de Tunisie, avant de rejoindre l’Italie et de débarquer à Naples. 

Documentaire ► De Nouméa à Paris : un soldat du Pacifique dans la France libre

En mai 1944, lors de la campagne d’Italie, sur la route de Rome, Jean Tranape est touché par des éclats de grenade. Guéri de ses blessures, il rejoint sa formation. À partir du 15 août 1944, il fait partie des quelque 260 000 combattants de la division de l'Armée commandée par le général Jean de Lattre de Tassigny qui débarquent en Provence. C’est la première fois qu’il découvre l’Hexagone. Le 21 août 1944, pendant la libération de Toulon, il est de nouveau blessé, cette fois par balles.

Le 8 mai 1945 marque la capitulation de l’Allemagne. Le 18 juin, le gouvernement provisoire de la République française organise, à Paris, un grand défilé célébrant la victoire des Alliés et de la France libre. Ce jour-là, parmi les régiments qui descendent les Champs‑Élysées, Jean Tranape, devenu sergent‑chef, ouvre la marche du Bataillon du Pacifique. Le 30 juin 1944, le général de Gaulle lui remet en personne la Croix de l’Ordre de la Libération, en hommage à son engagement infaillible au combat. Tranape est également nommé Compagnon de la libération en novembre 1944, puis commandeur de la Légion d’honneur.

En juillet 1946, il retourne en Nouvelle-Calédonie où il reprend son métier de dessinateur de travaux publics. Ce que l’on sait moins, c’est que Jean Tranape a pris de nombreuses photos lors de toutes ses campagnes militaires, faisant de lui un authentique reporter de guerre.  Ces clichés seront retrouvés par son fils des années plus tard (voir vidéo ci-dessus). Après avoir été notamment membre du Conseil de l’Ordre de la Libération, l’infatigable combattant décède le 21 août 2012, à 93 ans, à Rueil- Malmaison dans les Hauts-de-Seine. Depuis mars 2025, un patrouilleur Outre-mer (POM) porte son nom en son hommage.

 PM 

► Retrouvez l’intégralité de notre série sur les grandes figures des Outre-mer