Sous les feux des critiques depuis la Coupe du Monde, Gianni Infantino doit remettre en jeu son mandat à la tête de la FIFA en mars 2027. Et s’il est de plus en plus contesté, il peut tout de même compter sur le soutien des fédérations tahitienne et calédonienne, ainsi que de la confédération océanienne.
Gianni Infantino est dans une mauvaise passe. Depuis la Coupe du Monde de 2026 aux États-Unis, les griefs sont nombreux à l’encontre du président de la FIFA : ses proximités avec Donald Trump exacerbées lors de la levée d’un carton rouge d’un joueur américain ; son silence lors de l’interdiction d’entrée sur le sol américain d’un arbitre somalien ; le traitement de l’équipe iranienne ; ou encore le projet d’ouverture du capital de la coupe du monde à hauteur de 20% à des investisseurs privés pour une levée de fonds de 3,6 milliards d’euros.
C’est ce dernier projet, annoncé fin juillet sans concertation puis abandonné face au tollé, qui a porté un coup au mandat de Gianni Infantino. Trois confédérations ont déjà lâché Gianni Infantino : la très influente UEFA -qui n’a pas hésité à appeler à sa démission et menacé de ne pas participer à la prochaine coupe du monde des clubs, la Concacaf (Amériques du Nord, centrale et Caraïbes) et l’ACA (Asie).
« Le football n’appartient à aucun individu (…). Lorsque la confiance est brisée par la tromperie, lorsqu'un individu se place au-dessus du collectif qui lui a confié l'autorité, ce devoir est abandonné » avait signé les trois confédérations dans une lettre commune. Les fédérations de Finlande, de Suède, de Serbie, de Norvège, du Pays de Galles, de Jordanie, d’Angleterre, d’Irlande, d’Écosse, de Nouvelle-Zélande et de Grèce ont aussi publiquement annoncé retirer leur soutien à la réélection de Gianni Infantino.
Dans son entourage direct, plusieurs personnalités ont aussi pris leur distance avec le président, notamment son conseiller américain Carlos Cordeiro, le directeur du développement du football mondial, Arsène Wenger ou encore, le secrétaire général de l'instance Mattias Grafström. Dernier fait en date : la FIFA a licencié, lundi, son numéro 3 et directeur des opérations, le français Kévin Lamour, qui avait critiqué le projet d’ouverture du capital de la coupe du monde.
Toutefois, le président de la FIFA peut encore compter sur les soutiens des confédérations africaines (CAF), sud-américaine (CONMEBOL) et océanienne (OFC). Dans un communiqué diffusé jeudi après une réunion de son comité exécutif, la confédération océanienne a « salué la décision de la Fifa de retirer la proposition » de société privée, rappelé son attachement à la « bonne gouvernance, la transparence et le respect des processus institutionnels établis », tout en « reconnaissant les progrès accomplis au cours de la dernière décennie pour faire avancer le développement du football en Océanie ».
D’autres fédérations nationales, même au sein des confédérations frondeuses, ont réaffirmé leur soutien à Gianni Infantino. C’est le cas notamment du Qatar, du Maroc, de l’Égypte, du Liban, du Soudan, de Mauritanie et des Philippines.
Soutien « sans ambigüité »
Dans le Pacifique (OFC), ces soutiens ont été rejoints par la Fédération tahitienne et son homologue calédonienne. La fédération tahitienne de football (FTF), présidée par Thierry Ariiotima, était jusqu’à présent restée silencieuse sur la polémique mondiale qui entoure le président de la Fifa, rapporte Radio 1 Tahiti. Elle s’est exprimée ce samedi dans un long communiqué, diffusé au lendemain d’une réunion de son comité directeur.
La FTF, qui recevait Gianni Infantino en Polynésie en 2023, a donc réaffirmé publiquement et « sans ambiguïté son soutien à sa personne ainsi qu’à la vision qu’il porte pour le développement du football mondial ». Pour celle-ci, Gianni Infantino « a défendu une vision du football mondial fondée sur une plus grande équité entre les associations membres », avec notamment le principe du vote égalitaire entre fédérations, quelle que soit leur taille.
La Fédération tahitienne rappelle aussi le soutien et la reconnaissance du président de la FIFA à la création d’une académie locale. « Pour une fédération insulaire située au cœur du Pacifique, cette reconnaissance constitue une avancée significative et illustre concrètement les possibilités offertes par les politiques de développement de la Fifa aux Associations membres de toutes les régions du monde ».
Si à Nouméa, le président de la Fédération calédonienne Steeve Laigle apporte aussi son soutien « sans ambigüité » à Gianni Infantino, il reconnaît toutefois une « erreur de communication » et une « faute politique » derrière le projet d’ouverture du capital de la coupe du monde. « Aujourd’hui, nous avons droit à la même subvention que la Fédération française, l’Allemagne ou le Brésil. Pour nous, c’est énorme », justifie encore Steeve Laigle.
Du côté de la Fédération française de Football, son président Philippe Diallo ne votera pas en l’état pour Gianni Infantino, rapporte L’Équipe. Mais il faudra attendre le 8 septembre, lors du comité exécutif de la FFF, pour connaître son positionnement officiel.
Contestation juridique
Difficile pour l’heure de savoir si cette fronde à l’encontre de Gianni Infantino, arrivé à la tête de la FIFA en 2016, après Sepp Blatter, aura raison de son mandat contesté. Pour défaire le président de la FIFA en mars prochain, il faudrait une majorité d’au moins 106 fédérations (ou votes) sur 211. Autre possibilité : contester juridiquement sa réélection.
En effet, l’organisation FairSquare a saisi le Comité de gouvernance, d’audit et de conformité afin de demander que le dirigeant italo-suisse soit déclaré inéligible en mars prochain. L’association estime qu’Infantino effectue déjà son troisième et dernier mandat, contrairement à l’interprétation retenue par la FIFA en 2022, qui estime que la période 2016-2019, lorsqu’il avait succédé à Sepp Blatter en cours de mandat, ne devait pas être comptabilisée.
Avec Radio 1 Tahiti et Les Nouvelles Calédoniennes

