Alors que les crises récentes ont mis en évidence l’incapacité du territoire à assurer seul l’alimentation de la population, le Schéma opérationnel de transition alimentaire calédonienne, voté par les élus du Congrès le mardi 9 juin, contient une cinquantaine d’actions à déployer sur dix ans pour améliorer le système alimentaire local. Un sujet de notre partenaire Les Nouvelles Calédoniennes.
Le constat est connu et cruel : 80 % d’importations, une empreinte carbone particulièrement élevée, un surpoids chronique, des produits onéreux… En Nouvelle-Calédonie, l’alimentation est confrontée depuis de nombreuses années aux mêmes enjeux, et les solutions peinent à s’imposer. Un premier pas pourrait bien avoir été franchi le mardi 9 juin.
Les élus du Congrès ont adopté, à l’unanimité, le Schéma opérationnel de transition alimentaire calédonienne (Sotac), un travail entamé en 2022 visant à bâtir un système alimentaire plus durable, plus résilient et surtout plus local. Car « les différentes crises traversées ont mis en évidence la vulnérabilité de la Nouvelle-Calédonie et son incapacité potentielle à assurer l’alimentation de sa population en cas de crise majeure », a souligné Emma Khac (hors groupe), coauteure de la proposition de délibération.
Durant la pandémie de Covid-19 et la crise insurrectionnelle de 2024, l’accès à certains produits avait en effet été rendu difficile, faisant craindre à plusieurs reprises des cas de pénurie.
Un observatoire de la donnée
Ce plan contient une cinquantaine d’actions, imaginées par « 80 acteurs locaux » lors des ateliers de la transition alimentaire organisés il y a quatre ans. Éducation alimentaire, soutien à l’agriculture écologique, développement de la transformation locale, régulation de la publicité… Autant de mesures, déjà engagées ou pas, qui doivent être mises en place ou renforcées d’ici 2035, afin de changer les habitudes alimentaires et améliorer l’autonomie de la Nouvelle-Calédonie en dix ans. « C’est un plan pluridisciplinaire, il touche aussi bien la santé, l’économie que l’environnement », vante Emma Khac.
La proposition de délibération prévoit la création d’un comité de coordination qui réunirait les collectivités, les établissements publics ainsi que des acteurs privés (association de consommations, interprofessions…) pour piloter le schéma. Il serait associé à des relais de terrain, dédiés à la mise en œuvre des actions et aux retours d’expérience. Un « observatoire de la donnée » est, d’autre part, en cours de développement par l’Institut agronomique néo-calédonien (IAC), avec pour mission de suivre l’évolution des prix agricoles sur une longue période. Il devrait être opérationnel d’ici la fin de l’année.
Quel rôle pour l’Agence rurale ?
La question de la place de l’Agence rurale a également animé les débats. Alors que le Plan d’évolution de l’administration (PEA) du gouvernement envisage sa disparition, les auteurs du texte ont défendu le rôle central de cet organisme. Emma Khac a même exprimé son souhait de la voir devenir une véritable « agence de l’alimentation ». « Tous les groupes sont d’accord pour dire qu’il faut vraiment une structure à l’échelle du pays pour gérer la transition alimentaire », estime l’élue.
Le texte prévoit aussi un mécanisme de révision du schéma, qui pourra être déclenché tous les deux ans. Reste à voir de quelle manière les institutions s’empareront de cette feuille de route, née d’une initiative parlementaire. « On aimerait beaucoup que les futurs élus s’approprient le sujet », note Emma Khac, consciente de la « difficulté » d’intéresser les responsables politiques sur cette question pourtant « fondamentale ».
Baptiste Gouret pour Les Nouvelles Calédoniennes

