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Expositions, tables rondes et concert : la Polynésie commémore les 60 ans d’Aldébaran, premier des 193 essais nucléaires français

Il y a 60 ans, le 2 juillet 1966, le tir nucléaire français Aldébaran déchirait le ciel de l’atoll de Moruroa en Polynésie française, premier des 193 essais nucléaires -aériens et souterrains- effectués dans la Collectivité d’Outre-mer jusqu’en 1996. Deux journées de commémoration sont organisées pour l’occasion, mêlant expositions, tables rondes, projections de films et documentaires, journées portes ouvertes ou encore, animations musicales. 

C’est une manifestation particulière que prépare le gouvernement de la Polynésie française, et plus particulièrement la Délégation pour le Suivi des Conséquences des Essais Nucléaires (DSCEN), dirigée par l’écrivaine Titaua Peu. Baptisée « 1966 - 2026. Aldébaran - Moruroa. Ono 'ahuru matahiti », cette manifestation marque les 60 ans d’Aldébaran, premier tir nucléaire français dans le Pacifique. 

Le 2 juillet 1966 à 5h34, Aldébaran, du nom de l’étoile la plus brillante de la constellation du taureau, explose dans le ciel polynésien, plus précisément au-dessus de l’atoll de Moruroa, dont le visage avait préalablement été transformé par l’armée « pour l’intérêt suprême de la Nation ». Aldébaran sera suivi le 19 juillet par « Tamouré », puis « Ganymède » le 21 juillet, « Bételgeuse » le 11 septembre, « Rigel » le 24, et « Sirius » qui conclut la première campagne de 1966, le 4 octobre. S’en suivirent 187 autres essais, dont 40 aériens et 147 souterrains, pour un total de 193 essais en Polynésie, de 1966 à 1996.

« À l’initiative du président Moetai Brotherson, chargé du suivi des conséquences des essais nucléaires et de la Délégation polynésienne pour le Suivi des Conséquences des Essais Nucléaires (DSCEN) de la Polynésie française, la manifestation 1966 – 2026. Aldébaran – Moruroa. Ono ‘ahuru matahiti invite la population à participer à un évènement inédit qui marque à la fois le début (en 1966) et la fin (en 1996) des essais nucléaires sur le territoire » explique dans un communiqué la déléguée pour le suivi des conséquences des essais nucléaires, Titaua Peu. 

« À travers des temps forts commémoratifs et solennels », ces jeudi 2 et vendredi 3 juillet seront consacrés « à la mémoire de celles et ceux qui se sont mobilisés contre le fait nucléaire depuis plus d’un demi-siècle (militants, artistes et politiques), ainsi qu’à l’histoire factuelle relative à cette période ». « Cette manifestation met en lumière l’engagement contemporain de la société polynésienne, de sa jeunesse et d’artistes mobilisés pour l’occasion » et « s’inscrit dans un devoir de mémoire et de transmission intergénérationnels qui offrira un espace de dialogue, de recueillement et de partage ».

La DSCEN promet « deux jours ponctués d’une riche diversité d’animations » avec notamment des performances artistiques et démonstrations de pratiques culturelles (confection de tapa et préparation de rā’au -médecine traditionnelle-), des expositions d’œuvres photographiques et de pièces d’art, des visites guidées, pas moins de  tables rondes, des projections de films, de documentaires, de podcasts ou encore, une représentation d’une pièce de théâtre et une animation musicale, le tout proposés gratuitement à l’ensemble des visiteurs.

L’événement est organisé à Papeete, essentiellement dans les jardins du futur Centre de mémoire des essais nucléaires - Pū Māhara, qui doit voir le jour à l’horizon 2030. La Délégation pour le suivi des conséquences des essais nucléaires, voisine du Pū Māhara, ouvrira également ses portes.

À quelques pas, la place Tū a Marama, où se trouve la stèle en mémoire des victimes des essais français, a été choisie pour une cérémonie solennelle, en mémoire à la fois des victimes et de celles et ceux qui ont dit « non » aux essais et « qui ont œuvré pour faire reconnaître leurs conséquences ». Cette cérémonie se veut « empreinte de recueillement, dans la plus grande sobriété ».

À noter aussi l’organisation d’un concert sous le thème des « voix qui ont défié le silence ». L’idée : redonner voix aux chanteuses et chanteurs qui, dès l’annonce des essais en Polynésie, « ont mis en musique leur colère de voir leurs îles contaminées, leurs douleurs de voir leurs proches tomber malade, et leur quête de justice ». Et ceux-ci sont nombreux, signant au passage des classiques de la chanson tahitienne, « des BareFoot Boys aux jeunes chanteurs engagés d’aujourd’hui, en passant par Emma Terangi, le trio Kama’aina, Petiot, Gabilou, Bobby Holcomb, Angelo, Aremystic et tant d’autres ». « Ce répertoire musical raconte plus de soixante ans de souffrance, de résistance et de dignité », souligne la DSCEN.

Pour Moetai Brotherson, cette grande manifestation « est l’affirmation collective que notre peuple se souvient, témoigne et transmet ». « Ces deux journées sont aussi un moment de vie, d’espoir et de création » ajoute le président polynésien qui cite notamment les sculptures sur bois de Moruroa réalisées pour l’occasion par les étudiants du Centre des métiers d’art. « Que notre jeunesse s’empare de cette histoire est (…) la plus belle des réponses à ceux qui voudraient que l’on tourne la page ».

« Ces deux jours sont très importants pour que nous puissions regarder notre histoire en face. Mais aussi partager des terrains d’entente face au scandale du nucléaire. En fait, le débat est encore vif. En tout cas, pour une certaine génération », a confié pour sa part la déléguée au pour le suivi des conséquences des essais nucléaires, Titaua Peu, interrogée par nos partenaires de Radio 1 Tahiti.