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EXPERTISE. En Polynésie, l'IDH est « très élevé », mais comment a-t-il été calculé et quelles sont ses spécificités ?

Dans le cadre du partenariat CEROM (comptes économiques rapides pour l’Outre-Mer), l’Institut d’Émission d’Outre-mer, l’Agence française de Développement et l’Institut de la Statistique de Polynésie française ont réalisé une étude commune relative à l’Indice de Développement Humain. Cet indicateur, mis au point par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), permet d’agréger en une seule mesure les dimensions économique et sociale du développement d’un territoire. En Polynésie, il est « très élevé ». Mais comment a-t-il été calculé et quelles sont les spécificités de l'IDH polynésien ?

Qu’est-ce que l’Indice de développement humain et pourquoi le calculer ? 

Mis au point par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) en 1990, l’IDH permet d’agréger dans un indicateur unique les dimensions économique et sociale du développement. Il se présente comme la synthèse de trois composantes : l’indice « santé », calculé à partir de l’espérance de vie à la naissance, l’indice « éducation », mesuré à travers la durée moyenne de scolarisation et l’espérance de scolarisation, et enfin l’indice « niveau de vie », appréhendé à travers le revenu national brut (RNB) par habitant en parité de pouvoir d’achat ($PPA). Conformément aux critères définis par le PNUD, il permet de classer les territoires étudiés en quatre niveaux de développement mais aussi, et surtout, de mesurer les progrès accomplis sur le long terme dans ses trois dimensions. 

Catégories de niveau de développement définies par le PNUD, selon l’IDH : 

Calculer l’IDH pour la Polynésie française permet de disposer d’un indicateur synthétique fondé sur une méthodologie internationale, offrant ainsi un repère commun pour comparer le territoire à d’autres régions du monde.

Quels sont les principaux résultats pour la Polynésie française ? 

Nous avons, avec nos partenaires CEROM, calculé l’IDH de la Polynésie française pour les années 2012, 2017 et 2022, soit les années pour lesquelles nous disposons des données du recensement de la population. Les résultats montrent un IDH en progression, passant de 0,781 en 2012 à 0,803 en 2022. La Polynésie française franchit ainsi le seuil des territoires à développement humain très élevé en 2022 mais reste en net retrait par rapport à la France hexagonale qui se situe à 0,916 la même année. 

En termes de classement, la Polynésie française se classe 72e au niveau mondial (sur 194) en 2022 (contre 73e en 2012). La France quant à elle se hisse à la 27e place (contre 20e en 2012). 

Quels sont les facteurs de progression de l’IDH polynésien ? 

La hausse de l’IDH repose très majoritairement sur la progression des indicateurs sociaux (santé et éducation). D’abord, la durée moyenne de scolarisation progresse d’une année, permettant à l’indice éducation de contribuer à la hausse de l’IDH à hauteur de 60 %. Ensuite, l’espérance de vie progresse de 1,3 ans sur la période, améliorant également l’indice santé. En revanche, l’indice de niveau de vie évolue peu et ne participe à la progression de l’IDH qu’à hauteur de 12 %. 

Malgré ces progressions, la Polynésie française reste en retrait sur les trois piliers. L’espérance de vie (76,2 ans) demeure inférieure à celle des pays à IDH très élevé (autour de 82–84 ans). La durée moyenne de scolarisation (9,9 ans) reste limitée et place le territoire à la 99e place sur ce critère. Enfin, le revenu (RNB) par habitant se situe autour de 22 500 USD soit un niveau inférieur de moitié à celui de la France hexagonale.

Les résultats de l’IDH doivent être mis en perspective avec d’autres éléments. Ils donnent une première image du développement humain de la Polynésie française et surtout de son évolution dans le temps mais cette image n’est pas complète. Ainsi, le pilier santé, basé sur l’espérance de vie, progresse lorsque les Polynésiens vivent plus longtemps. 

En revanche, il ne permet pas d’apprécier directement la qualité de leur état de santé, dans un contexte où l’obésité concerne 40 % de la population. De la même façon, la progression de l’IDH s’interprète comme une progression de l’accès aux services de santé et d’éducation mais l’indicateur ne permet pas d’affirmer si l’ensemble de la population a profité, de la même façon, de cette progression, en particulier en Polynésie française où l’accès aux services publics n’est pas égal entre les archipels. Ces éléments complémentaires doivent venir éclairer la mesure de l’IDH mais ne peuvent être intégrés au calcul pour garantir le respect de la méthodologie internationale et permettre les comparaisons entre territoires. 

Qu’est-ce que le partenariat CEROM ? 

Le partenariat pour les Comptes économiques rapides pour l’Outre-mer (Cerom) réunit, depuis 2004, les Instituts d’émission (IEDOM-IEOM), l’Agence française de développement (AFD), et les instituts de statistique intervenant dans les Départements et Collectivités d’Outre-mer : l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), l’Institut de la statistique et des études économiques de Nouvelle-Calédonie (ISÉE), l’Institut de la statistique de Polynésie française (ISPF). Il a pour objectifs l’élaboration des comptes rapides, la modélisation de l’évolution des économies et la publication d’analyses macro-économiques ou thématiques sur les départements et collectivités d’Outre-mer.