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Aérien : La compagnie polynésienne Motu Link vise un redécollage d’ici mi-septembre
©Fenua Airports

Clouée au sol par un incident mécanique sur son unique ATR, quelques semaines seulement après son lancement, la compagnie spécialisée dans le fret inter-îles ne compte pas baisser les bras. Son directeur Alexandre Mu assure que son modèle économique a été « conforté » par les premières semaines d’exploitation et par la diversité des commandes. Produits agricoles, dont le transport pourrait faire l’objet d’une aide du Pays, matériel technique, denrées périssables, nacre ou transport funéraire… Le responsable espère un retour en opération d’ici « deux semaines et demie ». Un sujet de notre partenaire Radio 1 Tahiti.

La semaine dernière, Édouard Wong Fat était venu devant le Cesec avec son état-major, une foule de graphiques et un exposé précis sur le modèle, les enjeux et la situation de la compagnie Air Tahiti. Sans Powerpoint ni lieutenants, Alexandre Mu, directeur de Motu Link, a, lui, « privilégié la discussion » et « l’échange de fond » ce mercredi face à la même assemblée.

Et après une brève introduction sur la compagnie, d’abord pensée comme un low-cost de passagers, à partir de 2021, puis recentrée, deux ans plus tard, sur le fret inter-îles avant son lancement en mai 2026, les questions n’ont pas manqué. Sur le « business model » de la compagnie d’abord, que les premières semaines d’exploitation ont « conforté » d’après le dirigeant. S’il avoue avoir sous-estimé « la latence » du marché local pour « changer ses habitudes », il assure avoir été rapidement « économiquement rassuré » et « dans le budget prévisionnel ».

Frigos, palette d’ice cream, choux et cercueil…

Alexandre Mu l’assure : les commandes affluent, que l’on parle de matériel urgent pour des chantiers des îles, de transport mortuaire vers les îles, de produits dangereux (comme du carburant, des solvants…) que les compagnies classiques rechignent à accepter, de nacre aussi… 

Si les embarquements de poissons restent pour l’instant « ponctuels » -la compagnie a tout de même travaillé ses techniques de conditionnement pour faire de la livraison en « ultra frais »- les agriculteurs eux sont demandeurs. Notamment à Tubuai ou Nuku Hiva, où on cherche à exporter sans délai ni contraintes de calendrier leurs fruits et légumes vers Tahiti et les autres îles. 

« Là où on propose vraiment quelque chose de nouveau, c’est qu’on peut aller livrer directement depuis les Australes ou les Marquises à Bora Bora ou ailleurs », reprend Alexandre Mu. Pour autant, la « bonne surprise » des premières semaines de vol ne vient pas de la clientèle professionnelle. « En termes de volume, au départ de Tahiti, on est quand même surtout sur des particuliers. On a transporté des réfrigérateurs, congélateurs, des fours, des palettes de viande pour le tiurai à Tubuai, palette d’ice cream… ».

La compagnie espère une évolution réglementaire rapide qui lui permettra d’être éligible à la prise en charge publique du fret agricole déjà ouverte pour les transports par bateau. « On en a discuté avec le Pays, et pour eux c’est une opération neutre », explique le dirigeant, la différence de prix entre les goélettes et les ATR restant à la charge des expéditeurs. Un projet de délibération serait sur le point d’être validé par l’exécutif.

Pièce de rechange difficile à trouver

Mais Alexandre Mu a surtout été interrogé sur la panne de l’unique ATR de Motu link, dont le train d’atterrissage avant a été endommagé sur le tarmac de Tahiti Faa’a début juillet. Un incident survenu lors d’une opération de tractage, un mois et demie seulement après les premiers vols commerciaux de la compagnie. Les « questions de responsabilités », entre l’opérateur et son prestataire au sol, Air Tahiti ne sont pas encore démêlées. Mais Motu Link a tout de suite lancé une recherche de pièce de rechange, très difficile, vu les exigences locales, nationales et européennes qui se cumulent en matière de sécurité aérienne.

Le directeur général assure que « les nouvelles sont bonnes », et que les actionnaires « sont à nos côtés » pour passer ce cap, l’achat de la pièce elle-même revenant à une centaine de millions de francs. « Pour nous, le point positif, c’est que le train va arriver et qu’on va pouvoir remettre en vol l’avion », explique-t-il. Côté calendrier, « c’est plein de choses qui vont s’emboiter », mais il espère un retour en opération « d’ici deux semaines et demie ». Soit aux alentours de la mi-septembre.

Un délai qui n’empêche pas Motu Link d’avoir quelques projets. Au fur et à mesure des questions, mercredi, Alexandre Mu a parlé des discussions en cours pour faire l’acquisition d’un deuxième appareil d’occasion, de la fiabilité des ATR, malgré la panne actuelle, de la desserte possible des Cook, même si le marché présente des défis en termes de fret, de nouveaux services qui pourraient être développés… « On développe un marché de niche, mais on n’a pas peur de la créativité », résume Alexandre Mu.

Charlie René pour Radio 1 Tahiti