Alors que la compagnie affiche ses bons chiffres de remplissage et de trafics, sans pour autant être encore à l’équilibre, elle s’apprête à ouvrir son capital aux particuliers et aux entreprises avec Fenua Financement. Une opération de financement participatif « prévue bien avant » que le tribunal administratif de Papeete annule des arrêtés de soutien financier du Pays à la compagnie (la décision en appel est toujours attendue). Ce crowdfunding doit permettre de lever 597 millions de francs auprès d’un large public, avec un ticket d’entrée fixé à 30 000 francs, un tarif « accessible » pour « permettre au plus grand nombre de prendre part au projet ». Explication de notre partenaire Radio 1 Tahiti.
Après Motu Link qui avait eu recours au financement participatif pour payer un ATR 72-500 F cargo, au tour d’Air Moana de lancer son opération avec Fenua Financement. Cette fois, il s’agit d’ouvrir son capital aux particuliers et aux entreprises. Une opération qui n’a aucun rapport avec les incertitudes concernant le soutien financier du Pays dont trois arrêtés ont été annulés par le tribunal administratif de Papeete, assure la directrice générale déléguée à l’expérience client. Soit un prêt de 600 millions de francs et deux garanties d’emprunt totalisant 937 millions. Une affaire qui est aujourd’hui devant la cour administrative d’appel de Paris, qui n’a pas encore rendu sa décision.
Cette ouverture du capital aux particuliers et aux entreprises était déjà prévue dans le plan de financement de la compagnie, précise Marania Boixière Guérin. « Nous avons un plan de financement qui est très clair. Nous avons aussi notre ligne de conduite par rapport à la défiscalisation des avions. Donc c’est un plan de financement vraiment global dans lequel ce projet de financement participatif a toute sa place. »
La compagnie dit aussi « ressentir un engouement, un soutien de la population » et souhaitait donc proposer à un large public de participer financièrement à son développement. La compagnie avait par ailleurs jugé son bilan « très satisfaisant » sur le premier semestre avec un chiffre d’affaires en hausse de 38 %, un trafic en progression de 27 % et un taux de remplissage de près de 60 %.
Si Air Moana gagne du terrain, elle ne gagne pas encore d’argent. La compagnie est toujours déficitaire, son directeur Lionel Guérin avait prévenu que les comptes resteraient dans le rouge en 2026 après une estimation des pertes à plus d’un milliard de francs en 2025. Mais le développement d’Air Moana se poursuit avec deux ATR 72-600 neufs qui doivent remplacer les appareils loués depuis le lancement de l’exploitation. Lionel Guérin avait d’ailleurs expliqué au début de cette année « que le business plan vise toujours la rentabilité à l’horizon 2027-2028 ».
Une opération lancée « d’ici deux à trois semaines »
Du côté de Fenua Financement, le gérant Pierre Poher explique que, concrètement, « le financement participatif aide des porteurs de projets à développer leur activité », en précisant qu’avec Motu Link, c’étaient des obligations, et avec Air Moana, il s’agit d’une ouverture de capital. Fenua Financement a créé un « véhicule dédié » qui regroupera l’ensemble des actionnaires pour entrer au capital. L’opération, qui doit être officiellement lancée « d’ici deux à trois semaines », est prévue pour durer entre six et sept ans et doit lever 5 millions d’euros (597 millions de francs).
Le ticket d’entrée a été fixé à 30 000 francs. « On a toujours voulu faire en sorte que ce soit ouvert au plus de Polynésiens possible. Pour rentrer dans les gros fonds de placement, il faut 25 000 ou 100 000 euros, alors qu’en passant par une plateforme de financement participatif, cela permet d’ouvrir le capital sur des tickets d’investissement plus faibles. C’est une manière pour les sociétés d’intéresser les Polynésiens sur leur financement », explique Pierre Poher.
Pierre Poher croit savoir que du crowdfunding pour entrer au capital d’une compagnie aérienne est « assez exceptionnel ». Le gérant de Fenua Financement prévient aussi que l’investissement en financement participatif présente un risque de perte partielle ou totale du capital.
Lucie Rabreaud pour Radio 1 Tahiti

