Après dix années de structuration d’une filière dédiée aux troubles du spectre de l’alcoolisation fœtale (TSAF), La Réunion franchit une nouvelle étape. Le CHU de La Réunion est désormais reconnu comme centre expert national, avec pour objectif d’harmoniser les pratiques, former les professionnels et développer la télé-expertise et la recherche.
À l’occasion de la Journée mondiale de prévention des Troubles du Spectre de l’Alcoolisation Fœtale, les acteurs de la filière réunionnaise dressent le bilan de dix années d’actions en matière de prévention, de diagnostic et d’accompagnement. Une dynamique portée par l’ARS La Réunion, le CHU de La Réunion, la Fondation Père Favron ainsi que les acteurs associatifs et institutionnels.
Les TSAF sont les conséquences d’une exposition prénatale à l’alcool. Ils peuvent provoquer des difficultés physiques, neurocognitives, comportementales ou d’adaptation susceptibles de se prolonger tout au long de la vie. Le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF) constitue leur forme la plus caractéristique et la plus visible. Ces troubles constituent, selon l’ARS, la première cause évitable de handicap neurodéveloppemental, l’absence d’exposition à l’alcool permettant de prévenir totalement leur survenue.
Une filière construite depuis 2015
La Réunion a été retenue en 2015 comme territoire pilote dans le cadre du plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les conduites addictives. Le Centre Ressources ETCAF a ensuite été créé le 1er avril 2016 par le CAMSP de la Fondation Père Favron, en partenariat avec le CHU de La Réunion.
Devenu Centre Ressources TSAF, il poursuit quatre objectifs : prévenir l’exposition à l’alcool dès le projet de grossesse et pendant la grossesse et l’allaitement, repérer plus précocement les situations à risque et les enfants concernés, permettre un diagnostic adapté et organiser un accompagnement coordonné dans la durée.
Cette organisation s’appuie aujourd’hui sur deux centres de diagnostic spécialisés au CHU, implantés dans les pôles Femme-Mère-Enfant du Nord et du Sud. Près d’une centaine d’enfants y sont évalués chaque année.
Une Équipe Mobile d’Appui TSAF intervient également auprès des enfants et adolescents de 0 à 18 ans présentant une suspicion ou vivant avec un TSAF, sur l’ensemble de l’île. Elle intervient au plus près des lieux de vie afin de faciliter l’accès au diagnostic et aux prises en charge, de coordonner les intervenants, de soutenir la scolarisation et de prévenir les ruptures de parcours. Fin juillet 2026, 168 enfants étaient accompagnés par cette équipe.
La filière associe également professionnels de santé, PMI, établissements sanitaires et médico-sociaux, protection de l’enfance, Éducation nationale et secteur associatif. L’association Vivre avec le SAF participe notamment à l’accompagnement des familles par l’écoute et l’entraide.
Une prévention qui commence avant la grossesse
La prévention constitue un autre axe majeur du dispositif. Lancée en septembre 2025, la campagne « Si ou ve in ti baba : arèt lalkol », soutenue par la Préfecture, l’ARS et la Région, porte un message central : zéro alcool pendant toute la grossesse et l’allaitement, ainsi que dès le projet de bébé.
L’Éducation nationale est également mobilisée. Depuis 2017, plus de 4 000 élèves et plusieurs centaines de professionnels ont été sensibilisés. En 2025, 292 enseignants ont notamment participé au projet pédagogique « Un cerveau, ça se construit sans alcool », destiné notamment aux élèves de quatrième et de seconde.
Les supports de campagne présentés dans le communiqué insistent eux aussi sur l’enjeu d'une prévention précoce, en rappelant que les risques commencent dès la grossesse et que le message doit atteindre les futurs parents avant même le début d’une grossesse.
Une reconnaissance nationale pour l’expertise réunionnaise
La nouvelle étape repose sur une expertise développée depuis plusieurs années par le CHU et la Fondation Père Favron, sous l’impulsion du Pr Bérénice Roy-Doray.
Le futur Centre Expert TSAF du CHU de La Réunion, financé par l’ARS La Réunion avec une dotation spécifique du ministère de la Santé, disposera d’une vocation nationale.
Ses missions seront notamment d’harmoniser les pratiques diagnostiques, de former les professionnels et diffuser les outils à l’ensemble des territoires, de développer la téléexpertise pour accompagner les professionnels confrontés à des situations complexes et de renforcer la recherche clinique. Le financement annoncé s’élève à 350 000 euros, via la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) du ministère de la Santé.
Cette reconnaissance intervient alors que les TSAF restent encore sous-diagnostiqués en France. L’ARS souligne que si davantage de cas sont identifiés à La Réunion que dans d’autres territoires, cela ne signifie pas que les troubles y sont plus fréquents. Cette situation reflète avant tout, selon elle, une meilleure capacité des professionnels réunionnais à repérer et diagnostiquer ces troubles grâce aux actions de sensibilisation et de formation menées depuis plusieurs années.
Les données présentées par l’ARS donnent la mesure de l’enjeu sur le territoire. Au moins 11 % des femmes déclarent consommer de l’alcool pendant leur grossesse, selon le tableau de bord de l’Observatoire régional de la santé 2023, basé sur les données du Baromètre santé DROM 2021 piloté par Santé publique France.
Le communiqué estime qu’un enfant sur 1.000 est concerné par un syndrome d’alcoolisation fœtale, tandis que plus d’un enfant sur 100 serait concerné par un TSAF, soit environ 150 nouveau-nés chaque année, ou une naissance tous les deux jours.

