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INTERVIEW. Présidentielle 2027 : Contrôle de l'immigration, développement économique, convergence sociale, les priorités du candidat Edouard Philippe pour Mayotte
© Facebook Edouard Philippe

Dans un entretien accordé à notre partenaire France-Mayotte Matin, Édouard Philippe dévoile ses propositions pour Mayotte. Le candidat déclaré à la présidentielle promet de suspendre les nouvelles demandes d’asile et le droit du sol, de créer un centre de retour en Afrique de l’Est, de bâtir l’aéroport à Bouyouni et d’accélérer la reconstruction comme la convergence sociale réelle.

FMM : Vous proposez de suspendre l’enregistrement de nouvelles demandes d’asile à Mayotte pendant plusieurs années. Mais que fait-on des 1 600 demandeurs d’asile africains ou étrangers en situation irrégulière installés dans le camp de Tsoundzou ? 

Édouard Philippe : Mayotte est en état de saturation migratoire. Cette saturation, les Mahorais la subissent chaque jour : une école qui n’arrive plus à accueillir tous les enfants, un hôpital débordé, des logements introuvables, des quartiers où l’insécurité s’installe. Je mesure l’exaspération, la colère et le sentiment d’abandon qu’une telle situation provoque. La République ne peut pas leur demander de supporter ce qu’elle n’accepterait nulle part ailleurs. Pour construire l’avenir de Mayotte, l’urgence est de fermer les vannes de l’immigration. Pas à moitié. Totalement. Je suis attaché au droit d’asile, qui fait partie de notre tradition républicaine. Mais dans un territoire déjà saturé par l’immigration irrégulière, quel est le sens de créer un appel d’air supplémentaire pour une immigration africaine qui vient se surajouter à une immigration comorienne hors de contrôle ? C’est absurde, hypocrite et dangereux pour le territoire. Je prends donc un engagement clair : l’enregistrement de toute nouvelle demande d’asile à Mayotte sera suspendu pendant le prochain quinquennat. Tant que le territoire restera saturé, cette voie d’immigration restera fermée. Pour les demandeurs ou déboutés déjà présents, nous avons tous les outils à disposition. Il faut s’en servir ! Le règlement retour voté récemment par l’Union européenne permet d’éloigner les étrangers en situation irrégulière dans des centres de retour installés dans les pays tiers. Si je suis élu Président de la République, je souhaite que le premier centre de retour français soit installé dans la région, en Afrique de l’Est, afin d’éloigner rapidement et massivement les étrangers en situation irrégulière installés à Mayotte, en particulier ceux du camp de Tsoundzou. Et la France demandera à ce que Frontex, l’agence européenne de contrôle des frontières qui n’est pas présente aujourd’hui à Mayotte, soit mobilisée pour accélérer ces retours. En matière d’éloignement, la règle doit être la même partout en France : une décision prise doit être exécutée. 

FMM : Plus largement, êtes-vous favorable à la suppression du droit du sol, promesse faite par Gérald Darmanin, qui appartient à votre camp politique, mais qui n’a jamais vu le jour ? 

Édouard Philippe : Lorsque j’étais Premier ministre, j’ai assumé de restreindre de façon inédite le droit du sol à Mayotte pour protéger le territoire. Un pas supplémentaire a été franchi en 2025. Aujourd’hui, il faut aller encore plus loin et le suspendre totalement pendant plusieurs années. Plus largement, je propose un moratoire total sur les voies d’accès à l’immigration à Mayotte pour toute la durée du quinquennat, y compris en matière d’immigration familiale. Reprendre le contrôle, c’est d’abord cesser d’alimenter la saturation. C’est une urgence vitale pour le territoire. 

FMM : Dans le contexte de l’élection présidentielle, ne craignez-vous pas des ingérences étrangères utilisant Mayotte comme levier de pression sur notre souveraineté nationale ou en matière d’immigration ? 

Édouard Philippe : La crise de Ceuta a montré que les flux migratoires pouvaient devenir une arme de déstabilisation des États, voire de l’Union européenne tout entière. C’est un avertissement à prendre au sérieux. Je l’ai rappelé cet été : Mayotte est confrontée à une situation bien pire depuis des années. Sa vulnérabilité en fait une cible pour ceux qui veulent mettre à l’épreuve la souveraineté française. Mais je le dis avec force, Mayotte est française, Mayotte le restera. Je ne tolérerai aucune ingérence. Je mobiliserai tous les leviers à notre disposition (aide au développement, visas, accords de coopération, transferts de fonds…) pour faire respecter nos droits et protéger les Mahorais. Tout État qui cherchera à faire de Mayotte un moyen de pression contre la France devra en assumer les conséquences. 

FMM : Vingt mois après le passage de Chido, les stigmates du désastre sont toujours très visibles. Que comptez-vous faire pour concrétiser enfin la reconstruction ? 

Édouard Philippe : Chido a été une épreuve terrible pour Mayotte. Des familles ont perdu un proche, leur maison, parfois tout ce qu’elles possédaient. Vingt mois plus tard, les traces du cyclone sont toujours visibles et l’attente reste immense. Je comprends l’impatience, et parfois la colère, de ceux qui trouvent que la reconstruction ne va pas assez vite. Il faut faire de cette épreuve une force. La reconstruction de Mayotte ne doit pas seulement réparer les dégâts, elle doit renforcer son développement. Beaucoup a déjà été accompli et je salue les services de l’Etat et les collectivités qui se sont mobilisés pour relever un territoire meurtri. Des équipements de santé ont été reconstruits et parfois améliorés, le secteur agricole se relève. Mais certains sujets prennent plus de temps, comme la question du logement, malgré le travail et la mobilisation des bailleurs sociaux et d’Action Logement, ou encore l’accès à une eau de qualité et en quantité suffisante, qui est un combat essentiel à poursuivre et un véritable enjeu de santé publique. Il faut désormais aller plus vite et plus fort. Reconstruire, c’est aussi garantir aux Mahorais des services publics à la hauteur de leurs besoins. Cela commence par la santé. La croissance démographique de Mayotte justifie un véritable réseau hospitalier et un deuxième hôpital. Le deuxième hôpital de Combani ne doit pas constituer une simple extension du CHM, mais un établissement de plein exercice, doté d'une maternité, de services de médecine et de chirurgie ainsi que des plateaux techniques nécessaires. Les Mahorais doivent pouvoir être soignés sur leur île, sans dépendre autant des évacuations sanitaires vers La Réunion. La même ambition doit nous guider pour l’école et pour l’amélioration de la résilience de l’île face à de potentiels nouveaux épisodes climatiques extrêmes. Cela passe par limiter autant que possible les habitats précaires et les bangas, intégrer l’impératif de résilience aux nouvelles constructions et restaurer le patrimoine naturel exceptionnel de Mayotte, notamment les mangroves qui sont essentielles à la protection des côtes. Le Premier ministre vient dans quelques jours. Il a toujours manifesté un grand attachement à la parole de l’Etat. Et je sais qu’à Mayotte, comme partout ailleurs en France, il aura à cœur de faire en sorte que l’Etat soit à la hauteur. 

FMM : Si vous êtes élu, reprendrez-vous la promesse faite en 2019 par Emmanuel Macron de construire une piste longue ? Plus concrètement, irez-vous au bout du projet de construction de l’aéroport de Bouyouni ? 

Édouard Philippe : Oui. La piste longue est une nécessité pour le développement économique du territoire. Et pour la réaliser, il faut construire une nouvelle piste. Le scénario de Petite-Terre signifierait neutraliser tout accès aérien à Mayotte le temps des travaux : ça me paraît très dangereux. Je me permets d’ajouter que les travaux compliqués, on sait quand ça commence mais on ne sait pas toujours quand ça se termine. Ces travaux seraient par ailleurs très coûteux et sans doute peu durables car les mécaniques tectoniques en place vont continuer à apparaître. Il n’existe jamais de solution parfaite. Mais l’hypothèse de Grande-Terre me paraît la plus solide. Ce projet devra avoir l’impact le plus limité possible sur les habitants et disposer de l’emprise foncière nécessaire. Il faudra aussi évidemment accompagner Petite-Terre dans cette réorganisation et l’aider à développer son modèle économique. Ce projet est possible. Nous le ferons. 

FMM : La convergence sociale est annoncée, mais la situation demeure très injuste pour les salariés qui ont cotisé : pas de retraite complète avant des décennies pour les Mahorais, pas de SMIC équivalent à celui de l’Hexagone… Comptez-vous corriger ces injustices ?

Édouard Philippe : Soyons clairs : lorsqu’un salarié mahorais cotise toute sa vie tout en sachant qu’il ne pourra pas bénéficier d’une retraite complète, c’est une promesse républicaine qui n’est pas tenue. Cette inégalité nourrit, à juste titre, un profond sentiment d’injustice. En 2018, lorsque Mayotte s’est arrêtée pour exprimer sa détresse, mon gouvernement a choisi de regarder la situation en face. Avec les élus mahorais, nous avons construit un pacte de confiance qui reconnaissait une évidence : la départementalisation ne peut pas rester inachevée sur le terrain des droits sociaux. La convergence est aujourd’hui engagée et doit s’accélérer. Le SMIC mahorais atteint 87,5 % du niveau national : c’est une avancée mais l’objectif doit rester celui de l’égalité. Cette ambition doit toutefois s’accompagner d’une exigence : préserver l’emploi mahorais. Les TPE et PME alertent sur l’augmentation du coût du travail. Elles doivent être entendues et accompagnées. Oui à la convergence, donc. Mais une convergence maîtrisée, financée et assumée dans la durée. Les Mahorais n’attendent pas de nouvelles promesses, ils attendent que l’État respecte ses engagements. 

FMM : Comment comptez-vous relancer le développement économique de notre île afin que Mayotte prenne toute sa place dans le canal du Mozambique, une zone stratégique pour l’économie mondiale ? 

Édouard Philippe : Mayotte connaît des difficultés profondes, mais elle dispose aussi d’atouts réels sur lesquels nous pouvons construire son avenir. Sa zone économique exclusive lui confère un immense potentiel maritime, sa position au cœur du canal du Mozambique la place au croisement des échanges régionaux. Ce double atout doit devenir un moteur de développe- ment. Cela suppose trois priorités. D’abord, penser le port de Longoni et le futur aéroport de Grande-Terre comme un seul et même projet : une plateforme logistique régionale capable de développer le fret et les exportations, d’attirer de nouvelles activités et de créer des emplois. Ensuite, produire davantage. Développer l'agriculture et l'agroalimentaire pour renforcer la souveraineté alimentaire ; faire de la mer un moteur de croissance, avec la pêche, l'aquaculture, les biotechnologies et les énergies marines. Mais le développement de Mayotte suppose aussi d’être capable de faire aboutir les projets. L’EPRDM doit jouer pleinement son rôle d’appui aux collectivités et d’ingénierie territoriale, pour lever les blocages et accélérer leur réalisation, et l’utilisation des fonds européens doit être simplifiée et amplifiée au service du développement mahorais. Enfin, faire de Mayotte un acteur à part entière de l’océan Indien. Je veux que la France porte pleinement l'intégration de Mayotte dans les organisations régionales et accompagne ses entreprises vers les marchés d'Afrique orientale. Et il faut être cohérent : pas de puissance économique maritime sans souveraineté maritime. Nous devons aussi renforcer nos capacités de surveillance et d’intervention dans le canal du Mozambique. D’une façon générale, je suis partisan de muscler notre présence à la mer partout où c’est l’intérêt de la France. 

FMM : Vous avez été le Premier ministre d’Emmanuel Macron. Mènerez-vous une politique différente pour Mayotte de celle du président actuel ? Si oui, laquelle ?

Édouard Philippe : Mayotte n’a pas besoin de nouvelles promesses : elle a besoin que l’État tienne celles qu’il a faites. Depuis des années, beaucoup d’engagements ont été pris : sur l’aéroport, les infrastructures, la sécurité, l’immigration, les services publics. Certains ont avancé, beaucoup trop lentement ; d’autres n’ont pas abouti. Ma différence sera d’abord une différence de méthode : l’heure n’est plus aux plans successifs, mais aux décisions exécutées. Je veux quelques priorités claires, un calendrier, des financements identifiés, des responsables désignés et des résultats vérifiables. Sur Mayotte, je fixe deux priorités : reprendre le contrôle migratoire, accélérer la reconstruction et les grands équipements. Faire cela permettra aux Mahorais de disposer enfin des services publics auxquels ils ont droit et de construire le futur qu’ils veulent au sein de la Ré- publique. Moi, je promettrai peu. Mais je fais confiance aux mahorais, si l’Etat joue sa part, pour faire de Mayotte une pépite de l’océan Indien.

Par France-Mayotte Matin