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Exclusivité. La Réunionnaise Anne-Laure Morel accélère le déploiement de son premier centre d'essais cliniques contre le cancer de la peau en Nouvelle-Zélande
© DR

Comme Outremers360 l’avait annoncé en janvier dernier, la scientifique et entrepreneure réunionnaise Anne-Laure Morel, fondatrice de Torskal, franchit une nouvelle étape dans le développement de sa technologie pionnière en nanotechnologie verte (green nanotech), destinée à traiter certains cancers de la peau. Ce mardi 27 octobre, elle était à Wellington, en Nouvelle-Zélande, pour la visite de mise en place du premier centre d’essais cliniques de son traitement, développé par Torskal et le laboratoire Bourbon. Une étape importante dans son déploiement, avant le lancement des essais sur les patients. Cette avancée scientifique laisse également entrevoir de nouvelles perspectives industrielles et économiques pour La Réunion. Dans sa première interview depuis la réalisation de cette visite de mise en place, Anne-Laure Morel revient en exclusivité pour Outremers360 sur cette nouvelle étape et ses ambitions, images à l’appui.

La Nouvelle-Zélande, première étape des essais cliniques

C'est à Wellington, en Nouvelle-Zélande, qu'Anne-Laure Morel a franchi, le 27 octobre, une étape déterminante de son programme de recherche. La visite d'initiation du site clinique marque l'ouverture officielle du laboratoire Bourbon, premier centre chargé de conduire les essais sur l'humain de son traitement expérimental contre le carcinome basocellulaire, une forme de cancer de la peau, « les non-mélanome qui représentent 90 % des tumeurs cutanées. » précise Anne-Laure Morel.

Le choix de la Nouvelle-Zélande n'a rien du hasard : « La Nouvelle-Zélande est un territoire intéressant pour les études, car le taux d'incidence de la maladie y est très élevé », explique la scientifique. L'exposition solaire, les caractéristiques des populations concernées, mais également l'environnement réglementaire ont pesé dans cette décision.

Jusqu'à 78 patients pour tester le traitement

« Ce qui est important à considérer, c'est la vitesse de recrutement des patients », souligne-t-elle. L'étude clinique prévoit en effet d'inclure jusqu'à 78 patients, selon un protocole précis. Une première phase sera consacrée à la sécurité et à la tolérance du traitement à l’essai. Les premières injections du traitement aux patients feront l'objet d'une surveillance particulièrement rapprochée par un comité scientifique indépendant, explique la chercheuse : « pour chaque patient, les constantes vitales, les effets secondaires ressentis et le devenir du traitement à l’essai seront vérifiés ». Suivra alors une montée en puissance du recrutement des patients pour poursuivre l’évaluation de la sécurité, la tolérance et de l’efficacité du traitement à l’essai. Après la Nouvelle-Zélande, Anne-Laure Morel envisage d'étendre les essais à l'Europe et aux États-Unis.

Un horizon de 18 à 24 mois

La scientifique estime que l'étude pourrait être achevée dans un délai de 18 à 24 mois, en fonction du nombre de centres participants et de la rapidité du recrutement. La commercialisation éventuelle restera toutefois conditionnée aux résultats des essais et aux autorisations réglementaires.

Une présence internationale

Au-delà de la portée médicale de cette avancée, Anne-Laure Morel reconnaît que cette innovation peut être considéré comme un levier de développement pour La Réunion : « Ça montre quand même qu'un territoire ultramarin arrive à être en compétition avec des acteurs de la deep tech, de la medtech et de la biotech, sur la scène internationale », souligne-t-elle. Son équipe est d’ailleurs déjà bien implantée à l’international, avec des collaborateurs en Australie, en Suisse, aux États-Unis et à La Réunion.

À La Réunion, une future unité de production et des emplois à la clé

Le programme clinique, porté par Torskal et le laboratoire Bourbon, bénéficie du soutien financier de l'Europe et de la Région Réunion. Mais la scientifique voit déjà plus loin, avec l’implantation prochaine d'une usine pilote de production de nanoparticules et d'extraits de plantes médicinales à La Réunion. L’objectif est d'obtenir le marquage CE, indispensable pour la commercialisation du traitement.

Cette perspective pourrait ainsi contribuer à structurer une filière locale autour des plantes médicinales, notamment l'ambaville, tout en créant des emplois qualifiés et en développant des compétences scientifiques et industrielles. La technologie, déjà brevetée, bénéficie de l’accompagnement d’un partenaire industriel européen, tandis qu'une nouvelle levée de fonds est engagée pour financer les prochaines étapes.

« Les retombées sont multiples », insiste Anne-Laure Morel, qui accueille déjà une dizaine d'étudiants réunionnais par an dans son laboratoire. Une dynamique qu’elle entend poursuivre au bénéfice des jeunes talents réunionnais.

Utiliser des nanoparticules d'or fabriquées à partir d'une plante médicinale réunionnaise pour détruire des cellules cancéreuses, tel est le principe de la nano-photothérapie plasmonique développée par Torskal et le laboratoire Bourbon.

Le procédé repose sur une technologie brevetée utilisant notamment l'ambaville, une plante endémique de La Réunion. Ses extraits végétaux permettent de fabriquer des nanoparticules d'or en remplaçant certains produits chimiques de synthèse.

Concrètement, les nanoparticules sont injectées directement dans la tumeur, puis exposées à un laser proche infrarouge. Sous l'effet de la lumière, elles produisent de la chaleur destinée à détruire localement les cellules cancéreuses.

Ce traitement expérimental cible les carcinomes basocellulaires, des cancers de la peau généralement moins agressifs que les mélanomes. Actuellement, le traitement de référence repose principalement sur la chirurgie, qui peut laisser des cicatrices importantes. L'ambition de Torskal est de proposer une alternative moins invasive, susceptible de traiter les tumeurs en profondeur tout en préservant davantage les tissus environnants.

Si les résultats précliniques sont encourageants, les essais désormais engagés en Nouvelle-Zélande au sein du laboratoire Bourbon, devront démontrer la tolérance, la sécurité et l’efficacité de cette technologie avant la commercialisation du traitement.

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