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Aéroports, écoles, infrastructures énergétiques et numériques, Thierry Déau, fondateur, Président-Directeur Général du groupe Meridiam, bâtit aujourd’hui aux quatre coins du monde les infrastructures de demain
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Il y a des dirigeants qui gèrent le présent. Il y en a d’autres, plus rares, qui passent leur carrière à anticiper ce que le monde deviendra dans trente ans et à construire, dès aujourd’hui, les infrastructures qui rendront cet avenir possible. Discret dans les médias, le martiniquais Thierry Déau n’en est pas moins l’un des architectes silencieux de la résilience des territoires. Aéroports, écoles, réseaux électriques, lignes ferroviaires ou infrastructures numériques : depuis vingt ans, Meridiam, le groupe qu’il a fondé et qu’il dirige, est présent aux quatre coins du monde. Derrière l’ingénieur et l’investisseur se dessine un homme de conviction, qui a fait de l’anticipation, de la durabilité, de l’inclusion et de l’utilité collective sa manière de penser et de construire le monde. Pour Outremers360, il revient, dans un entretien exclusif, sur cette vision, ses engagements et cette manière singulière de bâtir le temps long.

« On construit le monde de demain et la capacité des gens à vivre ensemble. »

Cette phrase résume à elle seule la manière dont l’entrepreneur martiniquais conçoit son action. Pour Thierry Déau, une infrastructure ne se réduit jamais à un ouvrage ou à un investissement : elle crée du lien, structure un territoire et participe directement à la façon dont les sociétés vivent, travaillent et se projettent.

Lorsqu’il fonde Meridiam en 2005, le monde entre dans une période d’incertitude géopolitique et économique. Là où d’autres pourraient chercher le rendement immédiat, lui choisit déjà le temps long. « L’idée de Méridiam, c'est d'offrir deux choses à la fois aux investisseurs : une stabilité, des investissements de long terme qui ont du sens et qui soient résilients pour justement résister au chaos économique et politique. »

« Je ne fais pas de projet qui ne m’embarque pas humainement »

Une école restera nécessaire. Un réseau électrique aussi. Comme un hôpital, une liaison ferroviaire ou un équipement permettant de relier un territoire au reste du monde. « Méridiam s'est spécialisée dans ces infrastructures qui impactent la vie des gens, avec un souci de durabilité environnementale, mais aussi d'inclusion et de vraiment fournir un service de qualité. » résume-t-il.

Cette dimension humaine guide aussi sa manière de choisir les projets. « Je ne fais pas de projet qui ne m’embarque pas humainement », confie-t-il. Une façon de rappeler que, derrière chaque investissement, il cherche d’abord une utilité, un sens et un impact durable sur le territoire.

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Construire pour faire société

Ingénieur des ponts, Thierry Déau ne sépare jamais la technique de l’usage. « Quand on est ingénieur et qu'on veut construire des choses, à la fin, il s'agit vraiment d'aménager le territoire et de le rendre plus viable. »

Cette vision, renforcée par son passage à la Caisse des dépôts, l’amène à considérer qu’une infrastructure ne vaut pas seulement pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle permet : apprendre, se déplacer, produire, se soigner, vivre ensemble. « On construit le monde de demain et la capacité des gens à vivre ensemble, à faire société ». 

C’est là que l’ingénieur rejoint le visionnaire. Anticiper les usages, les contraintes climatiques et les transformations à venir devient une condition pour construire durablement. « Il faut anticiper. Donc ça, ça pousse à innover. »

Les Outre-mer, territoires d’urgence et d’avenir

Son regard ne s'arrête jamais aux frontières de la France hexagonale. Il rappelle avec insistance que les Outre-mer, de la Guyane aux Antilles, subissent une double peine : insularité et sous-investissement chronique. Là où d'autres investisseurs contournent ces marchés jugés trop étroits, lui y voit au contraire une urgence et une responsabilité.

« Dans l’Ouest guyanais, on compte encore plus de 200 coupures longues d’électricité par an. Pour un territoire français, ce n’est pas acceptable. ». L’isolement de ces territoires renforce la nécessité de disposer d’infrastructures capables de fonctionner de manière autonome et résiliente, de façon interconnectée avec ses voisins : « Tous ces territoires ont vraiment besoin à la fois de trouver la bonne source d'énergie qui soit abordable et décarbonée. »

De cette lucidité naît l’action, avec notamment la Centrale électrique de l’Ouest guyanais (CEOG), pensée pour renforcer l’autonomie énergétique du territoire et sa capacité à résister aux ruptures d’approvisionnement.

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Investir dans le fonds impact

Cette logique se prolonge avec son investissement dans le futur fonds d’investissement à impact dédié aux Outre-mer, il en est d'ailleurs un des plus importants investisseurs. « Il manque dans les Outre-mer une capacité d’investissement dans ces petites entreprises. » L’objectif est de renforcer les fonds propres de petites entreprises ultramarines, souvent fragilisées par l’étroitesse de leurs marchés et par un accès plus difficile au financement. L’enjeu est de leur permettre de grandir, d’innover et, pour certaines, de se projeter au-delà de leur marché local.

Là encore, la logique reste la même. Il ne s’agit pas seulement de compenser une fragilité, mais plutôt de créer les conditions d’un développement plus autonome et plus durable.

« La jeunesse c’est notre futur »

Pour Thierry Déau, les infrastructures constituent « la colonne vertébrale de l’économie et des territoires ». Elles permettent de produire, de se déplacer, d’accéder à l’éducation, à la santé et à l’emploi. Mais elles ne suffisent pas à elles seules à construire l’avenir.

Ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique entre Tours et Bordeaux

Dans les Outre-mer, l’entrepreneur ne dissocie pas les infrastructures des femmes et des hommes qui feront vivre les territoires demain. Son engagement va ainsi, à des initiatives culturelles et de transmission. Via Meridiam, Thierry Déau soutient depuis 2022, sous la forme d’un mécénat, le programme « L’Opéra en Guyane », qui fait venir sur le territoire des artistes de l’Opéra national de Paris pour former, accompagner et détecter de jeunes talents guyanais. Une autre manière, pour lui, d’aller chercher les talents là où ils sont et de leur ouvrir des perspectives. 

C'est ce qu'il fait également avec sa Fondation, la Fondation Archery, qui accompagne de nombreux jeunes des quartiers populaires dans différents programmes structurants pour devenir des citoyens engagés.

« La jeunesse, c’est notre futur. Nous avons beaucoup de talents, dans les quartiers prioritaires comme dans les Outre-mer, qui ne sont pas encore suffisamment révélés. Or nous avons besoin de nouveaux talents, de nouveaux leaders, avec davantage de diversité. Il faut aller les chercher, les former et permettre aux entreprises de s’ouvrir à un leadership plus diversifié, plus mixte et plus ouvert sur le monde. Dans un environnement de plus en plus complexe, cette diversité des points de vue est aussi une condition de performance. »

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Prendre de l’avance sur l’urgence

C’est peut-être là que se révèle le mieux son tempérament de visionnaire : non pas prédire l’avenir, mais identifier suffisamment tôt ce qui va devenir incontournable.

Pour Thierry Déau, « l’Europe est déjà entrée dans le temps de l’adaptation ». Canicules, inondations, retrait des argiles : les effets du changement climatique ont désormais un coût pour les particuliers, les assureurs comme pour la puissance publique. Dès lors, protéger les maisons, les équipements et les infrastructures devient une priorité, car « s’il faut tout reconstruire à chaque inondation, ça peut coûter très cher ».

Cette anticipation se traduit directement dans les projets. À Dakar, pour le Bus Rapid Transit (BRT) électrique, les équipes de Meridiam ont dû intégrer la résistance des bus à des températures pouvant atteindre 45 degrés, les contraintes liées aux pentes ou encore les besoins de climatisation. « Il faut anticiper. Donc ça, ça pousse à innover » souligne-t-il.

« On fait ce qu’on dit et on dit ce qu’on fait »

Meridiam s’est construit dans un rôle de partenaire de la puissance publique, en accompagnant États et collectivités dans la réalisation d’infrastructures essentielles. Vingt ans après sa création, l’entreprise compte près de 400 collaborateurs, environ 140 actifs et devrait gérer autour de 28 milliards d’euros d’ici la fin de l’année.

Cette présence mondiale s’incarne dans des projets emblématiques : l’aéroport LaGuardia à New York, engagé sur plusieurs décennies, la ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique entre Tours et Bordeaux, ou encore au Kenya une ferme éolienne destinée à renforcer la production d’énergie et la stabilité du réseau. Autant de projets pensés sur trente, cinquante ans ou davantage, qui illustrent cette logique de temps long revendiquée depuis l’origine.

Aéroport La Guardia Terminal B

Mais lorsqu’on interroge Thierry Déau sur la légitimité acquise auprès des décideurs publics, sa réponse tient en quelques mots : « On fait ce qu’on dit et on dit ce qu’on fait. »

Chaque investissement doit être pensé pour rester utile dans vingt, trente ans. Un horizon qui exclut d'emblée l'opportunisme et impose une forme de sélection presque morale des projets. Chaque investissement doit rester utile dans vingt ou trente ans, ce qui impose de lire très tôt les transformations à venir et d’adapter les projets avant que les besoins ne s’imposent.

À l’heure de transmettre, Thierry Déau ne parle pas d’héritage, mais de regard, celui qui permet de percevoir les « signaux faibles », de comprendre les transformations à l’œuvre. C’est peut-être là que se trouve sa vision de bâtisseur : regarder plus loin que l’urgence du présent pour construire ce dont nos sociétés auront besoin demain.

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