INFO Outremers360. Torskal et Laboratoire Bourbon autorisés à lancer des essais cliniques sur l'humain en Nouvelle-Zélande pour une thérapie innovante contre le cancer cutané

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INFO Outremers360. Torskal et Laboratoire Bourbon autorisés à lancer des essais cliniques sur l'humain en Nouvelle-Zélande pour une thérapie innovante contre le cancer cutané

Les sociétés réunionnaises Torskal et le Laboratoire Bourbon franchissent une étape décisive dans le développement d'un traitement révolutionnaire contre les cancers cutanés. Les deux entreprises réunionnaises, co-promotrices de l'étude, viennent d'obtenir l'autorisation de réaliser des essais cliniques chez l'homme en Nouvelle-Zélande a appris Outremers360. Il s'agit d'une première pour une entreprise d'Outre-mer.

C'est un tournant majeur pour deux entreprises réunionnaises. Cette approbation marque l'entrée de Torskal et du Laboratoire Bourbon dans une nouvelle dimension. Les deux structures deviennent ce qu'on appelle des "clinical stage companies", des sociétés qui accèdent pour la première fois à la phase clinique, transformant considérablement leur activité. Anne-Laure Morel, présidente et fondatrice de Torskal, contacté par Outremers360  souligne l'importance de cette étape : « C'est la première autorisation de réaliser des investigations publiques chez l'homme et ce sera en Nouvelle-Zélande. Cela change considérablement l'activité des sociétés. »

L'étude clinique vise à démontrer la sécurité et l'efficacité d'un traitement novateur : la nanophoto-thérapie plasmonique. Cette technique associe des nanoparticules d'or à des lasers proches infrarouges pour traiter les cancers cutanés non-mélanomes, notamment les carcinomes basocellulaires. Le principe est simple :  une injection directe des nanoparticules dans la tumeur, suivie une heure plus tard par une illumination au laser proche infrarouge. La chaleur générée détruit alors la tumeur de manière ciblée.

Une innovation 100% réunionnaise 

L'originalité de cette thérapie réside également dans sa fabrication. Contrairement aux méthodes conventionnelles, Torskal utilise une plante médicinale endémique de La Réunion, l'Ambaville, pour produire les nanoparticules d'or. Les polyphénols contenus dans cette plante remplacent les produits chimiques de synthèse habituellement employés. « On a remplacé tous les produits chimiques de synthèse par des extraits de plantes de La Réunion », explique Anne-Laure Morel. « C'est aussi un des premiers produits des Outre-mer, un des premiers candidats-dispositifs médicaux » à atteindre ce stade de développement.

Le traitement actuel de référence pour les carcinomes basocellulaires reste la résection chirurgicale. Mais cette approche présente des limites importantes : larges cicatrices, taux de récidive élevé (supérieur à 34%), et impossibilité d'opérer certaines zones sensibles comme les paupières, le nez, les oreilles ou le cuir chevelu.

Les alternatives existantes - chimiothérapie ou photothérapie dynamique - s'avèrent soit douloureuses, soit superficielles, ou entraînent des effets indésirables toxiques importants.

La nanophotothérapie plasmonique propose une solution moins invasive, particulièrement adaptée aux zones difficiles à traiter chirurgicalement, avec un potentiel de réduction des cicatrices et des récidives.

Le chemin jusqu'à cette autorisation n'a pas été simple. Anne-Laure Morel insiste sur l'ampleur du travail accompli : « On a démarré de zéro et on a développé ce produit au fur et à mesure. Les prises cliniques sont longues, les étapes chez l'animal, toutes les étapes réglementaires pour arriver ensuite à une autorisation d'entrée en phase clinique chez l'homme. »

Le projet a bénéficié du soutien constant de la Région Réunion et de l'Union européenne mais aussi du Ministère des Outre-mer, ainsi que de la collaboration de nombreux partenaires académiques et privés : l'Université de La Réunion le CHRU de La Réunion, l'Université de Lille, le CHRU de Saint-Étienne et le GIP CYROI, BPI France,la CINOR et d'autres partenaires.

Un essai clinique de 24 mois

L'étude clinique devrait durer 24 mois au total. Le démarrage officiel est prévu dans un trimestre environ, le temps de finaliser les démarches administratives, préparer les centres d'investigation, recruter les patients et former le personnel médical aux nouvelles techniques.

Les opérations seront confiées à une CRO (Clinical Research Organization), une société spécialisée dans la conduite d'essais cliniques, qui assurera le pilotage de l'ensemble du processus.

Des perspectives au-delà du cancer cutané

Si cette première étude (NT1) se concentre sur les cancers cutanés, Torskal développe déjà d'autres programmes. Les projets NT2 et NT3 visent respectivement le traitement des cancers gastro-intestinaux et des cancers de la prostate.

Avec cette approbation pour lancer des essais cliniques chez l'homme, le développement de Torskal s'inscrit désormais dans une dynamique internationale. Anne-Laure Morel a récemment participé à un événement à San Francisco, dans la Silicon Valley, pour rencontrer des partenaires et des investisseurs américains. Une démarche rendue possible grâce au soutien de FrenchBee, de Business France et la Région Réunion.

Cette autorisation d'essai clinique représente une victoire pour l'innovation médicale réunionnaise et ouvre la voie à une nouvelle génération de traitements oncologiques moins invasifs et plus respectueux des patients.