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Édouard Philippe à La Réunion : « Mon objectif, c’est de rassembler la droite et le centre »

À l'occasion de sa campagne à l'élection présidentielle de 2027, Édouard Philippe est actuellement à La Réunion. Il répondait aux questions d'Antoine Hassler sur le plateau de notre partenaire Antenne Réunion.

Antenne Réunion : À l’époque, vous déclariez : « C’est une partie importante de la France que je ne connaissais pas. » Vous n’étiez pas venu lorsque vous étiez Premier ministre. Cette fois, l’élection approche. Qu’avez-vous appris de votre premier voyage, et est-ce que vous pouvez nous donner une proposition concrète de votre programme pour La Réunion, née de ce que vous avez vu ici ?

Édouard Philippe : En 2024, quand j’étais venu, j’ai été frappé par le nombre d’interlocuteurs qui me parlaient de l’impact de la crise migratoire mahoraise. L’identité réunionnaise était remise en cause par cette immigration. À Mayotte, j’ai annoncé le fait de vouloir fermer les vannes migratoires. Une partie du destin de La Réunion tient à la capacité de la République à régler cette question de la crise migratoire à Mayotte.

Vous avez, dès le début de votre visite, rencontré les acteurs économiques et leur avez confié que vous étiez prêt à une évolution de l’octroi de mer. Que pourrions-nous constater dans notre vie de tous les jours ? Qu’est-ce que vous changez dans le caddie ?

L’octroi de mer, c’est un vieil impôt qui a certains avantages, comme le fait de permettre d’aider les productions locales face aux productions extérieures, mais aussi de financer directement les collectivités. Il faut se poser la question d’une transformation pour plus de transparence. Le problème, c’est qu’on ne connaît pas le coût des taxes sur les produits achetés. Nous devrions, à La Réunion seulement, imaginer un instrument fiscal pour remplacer l’octroi de mer. Sans méconnaître l’intérêt de l’octroi de mer, nous pouvons moderniser cet instrument et contribuer à lutter contre la cherté de la vie.

Sur la vie chère, vous évoquez plus de concurrence, plus de transparence, la question de la fiscalité… Pour pallier l’éloignement, vous avez une réflexion. Président, vous pourriez envisager davantage d’argent public pour réduire le coût de l’éloignement ?

C’est facile de promettre de l’argent public en campagne. L’argent public, il est aujourd’hui rare. Alors, on doit aujourd’hui pouvoir intervenir sur le prix des mobilités, en prévoyant plus de concurrence pour les mobilités vers l’extérieur, par exemple, mais aussi pour les transports en commun.

Le projet de train pour La Réunion, c’est 5 milliards d’euros. L’ambition pour la Région est d’obtenir un financement par la dotation ferroviaire, dont sont exclus les outre-mer. Vous engagez-vous à intégrer La Réunion à la dotation ferroviaire et à accompagner l’installation de ce mode de transport à La Réunion ?

Je suis convaincu que le développement du ferroviaire à La Réunion et en Guyane doit être repensé. Je ne sais pas si cela passera par la dotation ferroviaire, mais je suis convaincu qu’il est dans l’intérêt général de développer le ferroviaire à La Réunion et en Guyane.

Vous avez annoncé pendant ce déplacement une augmentation de 20 % des salaires pour les enseignants sur le quinquennat si vous êtes élu. Est-ce qu’elle concernera aussi La Réunion ?

Je pense que la France ne restera prospère et libre que si nous travaillons plus. Je sais que cela n’est pas très populaire. La question de la surrémunération ne sera pas abordée lors du prochain quinquennat.

Si vous ne deviez retenir qu’un seul engagement pour l’agriculture réunionnaise, ce serait lequel ?

J’ai passé beaucoup de temps avec les agriculteurs de l’Est aujourd’hui, que je remercie. J’ai bien compris les enjeux des filières canne et ananas, qui ne vont pas très bien. Mais la question de la gestion de l’eau est intéressante. On doit organiser la création plus rapidement de retenues d’eau collinaires.

À propos de la surpopulation carcérale, les syndicats dénoncent un manque d’effectifs. 1 000 détenus pour 575 places au centre pénitentiaire de Domenjod. Votre doctrine en quelques mots simples : plus de prisons, des alternatives à l’incarcération ?

Des programmes sont en cours. Il faut construire plus de places de prison, mais surtout d’autres types de places de prison. Si nous avions des prisons plus légères et des périodes d’incarcération plus courtes pour les délits qui le nécessitent, on permettrait de donner une réponse judiciaire plus ferme. Le maillon faible, c’est la justice.

En décembre de l’année dernière, à la question « La colonisation est-elle un crime ? », vous avez fermement répondu non. Est-ce que vous défendez toujours ce point de vue ?

C’est une question simple pour un sujet complexe. Il y a eu beaucoup de crimes pendant la colonisation, je le sais. Mais dire que la colonisation était un crime en un seul mot… Je ne suis pas favorable à la colonisation, je ne trouve pas ça bien. Je trouve qu’énormément de crimes ont été commis, mais que tous ceux qui ont participé à cet épisode sont des criminels me paraît inexact.

Votre déplacement n’est pas qu’une visite de courtoisie. À propos de Cyrille Melchior, président du Département, investi par Les Républicains lors des municipales, soutenu par le candidat du Rassemblement national au deuxième tour. Il a aussi soutenu Laurent Virapoullé, candidat soutenu par le RN. Votre point de vue sur ces positionnements avec le Rassemblement national ?

J’ai senti chez l’ensemble des élus que j’ai rencontrés une envie de rassemblement. Il y a chez beaucoup d’élus et d’électeurs de la droite et du centre une envie de voir les différentes branches de la famille se réunir. Je suis convaincu que la droite et le centre ne gagnent que lorsque la droite et le centre sont unis. Je n’ai rien à voir avec le Rassemblement national, ce n’est pas ma formation politique et je la combats. Mon objectif, c’est de rassembler la droite et le centre, pas seulement pour cette élection présidentielle, mais aussi pour les élections législatives et permettre à la France d’être gouvernée.

Vous repasserez par La Réunion avant le 18 avril ?

J’espère que je reviendrai avant l’élection présidentielle, et je sais que je reviendrai, quoi qu’il arrive.

Antenne Réunion