Après une carrière d’avocate internationale puis plusieurs postes de direction dans les médias locaux, la Réunionnaise Mayia Le Texier choisit en 2024 de rebattre les cartes et de se lancer dans l’entrepreneuriat avec Plüm, plateforme réunionnaise de services à la personne. Sur un marché déjà bien installé, elle entend faire la différence par un modèle fondé sur « l’ultra- réactivité », la simplicité d’usage et l’accompagnement des prestataires. Son ambition : simplifier le quotidien des familles tout en professionnalisant et en revalorisant des métiers encore trop peu reconnus. Un projet en parfaite cohérence avec ses valeurs et son attachement à l’île, qu’elle espère demain exporter dans l’Hexagone comme un modèle « made in La Réunion ». Pour Outremers360, elle revient sur ce virage entrepreneurial et ses ambitions pour Plüm.
À première vue, le passage des médias aux services à la personne pourrait ressembler à un changement radical de trajectoire. Pour Mayia Le Texier, il n’en est rien. Derrière son parcours professionnel et la création de Plüm, un même fil rouge : l’humain, mais aussi une volonté ancrée de contribuer au développement de La Réunion.
Réunionnaise, elle a, comme beaucoup de jeunes de son territoire, quitté l’île avant de faire le choix d’y revenir. Avec une conviction : celle de vouloir « rendre à La Réunion ce qu’elle m’avait transmis ». De ses expériences en France et à l’international, elle prend conscience « de la singularité des relations humaines sur l’île, de cette facilité à créer du lien et de cette solidarité » qu’elle n’a pas retrouvées ailleurs.
Car, selon l’entrepreneure, La Réunion regorge, « de compétences et de personnalités qui rayonnent parfois bien au-delà de l’île, sans que les Réunionnais eux-mêmes en aient toujours conscience. »
D’un besoin personnel à un projet entrepreneurial
Aussi, lorsqu’elle revient à La Réunion fin 2023, le projet entrepreneurial a mûri. Comment proposer des solutions simples aux familles tout en s’appuyant sur ce qu’elle considère comme l’une des forces du territoire : ses valeurs de solidarité et de relation humaine ? Le sujet lui paraît d’autant plus important que le temps est une ressource rare, en particulier dans des familles où les deux parents travaillent et où les femmes sont de plus en plus présentes dans la vie active.
Plüm est ainsi pensée à la croisée de deux besoins : faciliter le quotidien des particuliers et donner davantage de reconnaissance à celles et ceux qui travaillent dans les services à la personne.
Car le secteur fait face à une autre difficulté : recruter et fidéliser. À cela s'ajoute, « une faible valorisation de métiers pourtant essentiels au quotidien ». Mayia Le Texier a alors l’ambition de construire un modèle permettant à des prestataires d’accéder à des revenus complémentaires ou d’en faire leur activité principale, tout en étant accompagnés dans leur professionnalisation et leurs démarches administratives.
Le marché des services à la personne est déjà bien installé à La Réunion. Plüm ne se positionne donc pas sur un terrain vierge, mais cherche à se distinguer par son modèle, fondé notamment sur la réactivité et la simplicité d’usage.
Transmettre pour professionnaliser
Plüm s’appuie sur un réseau de partenaires, dont France Travail, pour identifier de nouveaux prestataires, tous sous statut d’auto-entrepreneur. La transmission est au cœur du modèle : les plus expérimentés peuvent devenir mentors, formateurs ou assurer des missions de support. Une façon d’ouvrir des perspectives dans des métiers encore peu valorisés. « On voit des prestataires nous dire : on grandit, vous apportez du pouvoir d’achat, vous nous redonnez confiance », souligne Mayia Le Texier.
Deux ans après ses débuts, Plüm compte environ 160 profils de prestataires, dont 42 très actifs, et 432 clients particuliers. L’entreprise est aussi passée de deux fondateurs à douze salariés. Désormais, l’enjeu est de consolider le modèle et d’élargir l’offre, notamment aux conciergeries et aux loueurs de meublés.
La technologie au service de la relation humaine
Plüm a été conçue pour permettre à un particulier de réserver rapidement une prestation. Ménage ou garde d’enfants : le client renseigne son besoin, son adresse, ses contraintes horaires et les spécificités de la prestation. Une carte permet ensuite de géolocaliser les prestataires disponibles à proximité. L’application lui propose ensuite les profils disponibles dans son secteur, avec leur présentation, leurs recommandations et les commentaires des précédents utilisateurs. Les prestataires, de leur côté, reçoivent les demandes correspondant à leur zone et restent libres de se positionner. Une fois la mise en relation effectuée et le paiement sécurisé, les échanges se poursuivent directement via l’application.
L’objectif affiché n’est pas d’automatiser la relation. Au contraire. Mayia Le Texier veut « automatiser tout ce qui n’est pas de l’humain » afin de concentrer les équipes sur l’accompagnement des clients et des prestataires.
Une manière de réconcilier technologie et proximité dans un marché des services à la personne déjà bien installé à La Réunion. Plüm ne prétend d’ailleurs pas arriver sur un terrain vierge. Son élément différenciant, défend sa fondatrice, réside plutôt dans « l’ultra-réactivité » de son fonctionnement et dans le lien social qu’elle cherche à créer autour de la prestation.
Plüm, un modèle réunionnais à exporter
L’ambition de l’entrepreneure dépasse déjà les frontières de l’île. Mayia Le Texier imagine La Réunion comme un territoire laboratoire, à partir duquel le modèle pourrait ensuite être développé sur d’autres marchés, notamment dans l’Hexagone. Un changement d’échelle qui nécessitera des financements et des équipes implantées localement, mais qui porte aussi une dimension symbolique forte pour elle.
Car après avoir vu pendant des années des modèles conçus ailleurs être importés à La Réunion, elle aimerait désormais inverser le mouvement.
Et si, cette fois, l’innovation venait de La Réunion ? « J’aimerais que cela puisse se faire, même s’il reste encore du chemin. J’ai surtout hâte que, pour une fois, nous puissions exporter un modèle réunionnais. On connaît ici l’expression “goyave de France”, cette idée que ce qui vient de l’Hexagone serait forcément meilleur. Ce serait une belle manière d’inverser la logique », confie-t-elle. Une façon de montrer qu’un modèle conçu à La Réunion peut, lui aussi, faire ses preuves ailleurs, y compris dans l’Hexagone.

