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Sargasses : le jeune Guadeloupéen Damiens Nicolas travaille à promouvoir une gouvernance caribéenne et une réponse fondée sur la justice climatique
Damiens Nicolas reçoit son diplôme de l’Académie de la Mer de Monaco, au sein de la promotion Sainte-Dévote 2026.

De retour de l’Académie de la Mer de Monaco, le Guadeloupéen Damiens Nicolas, chargé de mission en adaptation au changement climatique et gestion des sargasses, spécialiste des enjeux de résilience et de coopération régionale, conforte une conviction forgée au fil de ses expériences dans la Caraïbe selon laquelle la crise des sargasses ne peut plus être pensée territoire par territoire. Pour Outremers360, il revient sur la nécessité de bâtir une gouvernance à l’échelle du bassin caribéen, capable d’articuler science, droit, politiques publiques et coopération internationale, afin de passer d’une gestion fragmentée du phénomène à une réponse collective et durable.

 

 Un engagement au long cours

A 26 ans, Damiens Nicolas a construit son parcours autour d’un fil rouge : les enjeux de justice environnementale et climatique dans les territoires insulaires. Diplômé en philosophie, puis formé en sciences politiques et politiques publiques, il cofonde en 2020, aux côtés de chercheurs ultramarins l’Observatoire Terre-Monde, consacré à l’écologie politique dans les Outre-mer.

Il rejoint ensuite le secrétariat de l’Association des États de la Caraïbe à Trinité et Tobago, où il contribue aux travaux de coopération régionale sur les sargasses, l’économie bleue et la résilience climatique. En 2025, il consacre également une conférence TEDx à la problématique des sargasses, appelant à changer de regard sur ce phénomène et à dépasser la seule logique de gestion de crise. Fellow de la Caribbean Climate Justice Leaders Academy, il intervient aujourd’hui sur des programmes liés à l’adaptation climatique et à la préparation aux risques, notamment dans la Caraïbe orientale.

En 2026, il intègre la promotion Sainte-Dévote de l’Académie de la Mer de Monaco, avec l’objectif d’approfondir ses connaissances sur la gouvernance des mers et des océans.

Mieux connaître l’océan pour mieux agir

Alors qu’environ 80 % des océans restent encore méconnus, leur cartographie constitue l’une des clés pour mieux comprendre les phénomènes qui contribuent à la prolifération des sargasses. Pour Damiens Nicolas, l’enjeu est désormais de dépasser la seule gestion des échouages : « On ne peut pas se limiter à essayer de gérer les effets des crises. » souligne-t-il, incitant les acteurs à mieux comprendre les causes du phénomène et les mécanismes qui l’alimentent.

Une approche confortée lors de la session d’été 2026 de l’Académie de la Mer de Monaco, notamment à travers la visite des laboratoires de l’environnement marin de l’Agence internationale de l’énergie atomique, celle du Centre scientifique de Monaco (CSM), mais aussi les travaux consacrés à l’hydrographie et à la connaissance des fonds marins présentés par Luigi Sinapi, hydrographe, Contre-amiral, directeur de l’Organisation Hydrographique Internationale (OHI).

Mieux observer, cartographier et comprendre les milieux marins est indispensable pour articuler efficacement connaissance scientifique et décisions publiques.

Ouverture de la session d’été de l’Académie de la Mer de Monaco, 2026 © DR

 Construire un cadre commun

La réponse au fléau des sargasses comporte également un enjeu juridique majeur. « Sans définition claire des responsabilités et sans cadre partagé, il est difficile de bâtir une politique cohérente à l’échelle régionale », souligne Damiens Nicolas.

L’objectif, selon lui, n’est pas d’opposer gestion du risque et valorisation, mais de construire une stratégie capable d’appréhender les sargasses à la fois comme une menace sanitaire et environnementale et comme une ressource potentielle. 

Cette réflexion sur le cadre juridique a également été nourrie à Monaco par un enseignement consacré à l’action judiciaire contre les pollutions en mer, dispensé par Joëlle Casanova, magistrate et coordinatrice de formation continue du pôle économique, social et environnemental de l’École nationale de la magistrature, qui exerce en Martinique.

Il cite à ce titre le modèle mexicain, fondé sur une approche intégrée associant le cadre juridique, les politiques industrielles et le soutien à la valorisation : « Il y a véritablement eu une approche holistique, tant sur le plan juridique qu’en matière de politiques publiques, avec, par exemple, l’intégration des sargasses dans le Code de la pêche, l’adoption de normes relatives à l’économie circulaire, ainsi que de décrets visant à stimuler l’innovation  », observe-t-il.

Enseignement de la magistrate Joëlle Casanova © DR

Créer une gouvernance des océans

Le phénomène des sargasses dépasse les frontières. Damiens Nicolas estime indispensable de sortir d’une gestion fragmentée pour construire une coordination à l’échelle du bassin caribéen. « Cela suppose de mieux répartir les responsabilités, de faire dialoguer scientifiques, décideurs publics et acteurs économiques, mais aussi de porter une voix commune dans les enceintes internationales. » À défaut, prévient Damiens Nicolas, les territoires risquent de rester en concurrence plutôt que de peser collectivement sur les choix de financement, de coopération et de diplomatie environnementale.

Un enjeu de justice climatique

La gouvernance régionale est indissociable de la justice climatique. Tous les territoires n’ont pas les mêmes capacités financières, techniques ou institutionnelles pour faire face aux échouages. « Pour certains États, c’est une question de survie », souligne Damiens Nicolas.

Il pose aussi la question du partage des responsabilités : « La question des sargasses pose aussi celle de la justice climatique : comment répartir les responsabilités et le poids de la réponse entre des territoires qui ne disposent pas des mêmes moyens ? Peut-on appliquer à cette crise les mêmes logiques que celles qui structurent aujourd’hui les débats entre pays du Nord et Sud global ? C’est, à mon sens, l’un des grands défis pour les États caribéens dans les prochaines années. »

© DR

Les prochaines échéances

Le Mexique accueillera en septembre 2026 un sommet consacré aux sargasses tandis que la COP31, prévue en novembre 2026 à Antalya, prolongera les discussions sur le financement et la justice climatique. Enfin, l’Académie de la Mer de Monaco consacrera son prochain colloque, en 2027, à l’insularité. Des rendez-vous que Damiens Nicolas entend suivre de près pour continuer à défendre une approche régionale et coordonnée des enjeux océaniques.

Son engagement se prolongera également sur le plan académique. Damiens Nicolas intégrera prochainement un master en politique environnementale et régulation à la London School of Economics, avec un intérêt particulier pour la diplomatie climatique et la finance de l’adaptation. Il travaille par ailleurs à un essai consacré au rôle des Outre-mer français comme acteurs d’une paradiplomatie climatique émergente.