La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) vient de publier un rapport sur les interruptions volontaires de grossesse (IVG) en France en 2025, en les comparant notamment avec les années précédentes. Sur la période considérée, les taux de recours sont deux fois plus élevés dans les départements et régions d’Outre-mer (DROM) qu’en France hexagonale. La DREES observe toutefois d’importantes disparités territoriales. Par exemple, les recours à l’IVG sont en baisse en Guyane et à Mayotte pour la troisième année consécutive.
Cinquante ans après la dépénalisation de l’IVG par la loi Veil, le nombre d’IVG en 2025 atteint 259 400 interventions dans la France entière, soit une augmentation de 2,9% par rapport à 2024. Après une longue période de stabilité au cours des années 2000 et 2010 — environ 15 IVG pour 1000 femmes âgées de 15 à 49 ans — le taux de recours augmente depuis la fin des années 2010. La pandémie de Covid-19 a entraîné une baisse temporaire des recours en 2020-2021, mais la tendance repart ensuite à la hausse pour atteindre 17,8 ‰ IVG en 2025. Cette progression concerne l’ensemble des classes d’âge, y compris les plus jeunes, dont le recours diminuait pourtant depuis plusieurs années avant la crise sanitaire.
« Le taux de recours à l’IVG standardisé sur l’âge pour l’ensemble des DROM est de 33,0 ‰, le double du taux en France métropolitaine (17,0 ‰). Ce taux s’élève à plus de 45 ‰ en Guadeloupe et en Guyane. Il est cependant probable qu’une part non négligeable des IVG enregistrées en Guyane concernent des femmes non résidentes, conduisant à un taux de recours surestimé sur la population résidente », souligne la DREES. La Guadeloupe et la Guyane sont suivies en termes de taux de recours par la Martinique (35,8 ‰) et La Réunion (27,8 ‰). Voir tableau ci-dessous.

Les taux de recours à l’interruption volontaire de grossesse présentent en 2025 une stabilisation ou une progression dans l’ensemble des régions françaises, à l’exception de la Guyane et de Mayotte, où l’on observe une diminution pour la troisième année consécutive, note le rapport. Mayotte se singularise par ailleurs au sein des DROM : son taux de recours (18,9 ‰) demeure inférieur à celui de plusieurs régions de l’Hexagone, notamment la Provence-Alpes-Côte d’Azur (23,0 ‰), la Corse (20,7 ‰) ou l’Île-de-France (20,2 ‰).
La progression du nombre d’interruptions volontaires de grossesse en 2025 est due principalement à l’essor des IVG médicamenteuses réalisées hors établissement de santé. Elles représentent dorénavant 81% de l’ensemble des IVG, soit un point de plus qu’en 2024. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement de long terme. Les IVG médicamenteuses constituaient 31% des interventions en 2001, 68% en 2017, avant d’atteindre leur niveau actuel. La pratique, réalisable en ville jusqu’à la 7ème semaine de grossesse ou la 9ème semaine d’aménorrhée, est également largement utilisée en établissement de santé, où elle concerne 63% des IVG en 2025.

« En 2025, 47% des IVG ont lieu hors établissement, avec de fortes disparités territoriales : plus de deux sur trois en Corse, en Guadeloupe, en Guyane ou à La Réunion, alors qu’elles représentent moins d’une IVG sur trois dans le Grand Est ou dans les Pays de la Loire », constate la DREES. Les interruptions volontaires de grossesse sont pratiquées dans deux types de structures : d’une part, les cabinets libéraux, et d’autre part, les centres de santé, incluant les centres de santé sexuelle. Trois catégories de professionnels de santé sont habilitées à réaliser ces actes : les sage-femmes, les médecins généralistes et les gynécologues, qu’ils relèvent de la gynécologie médicale ou de l’obstétrique.
En cabinet libéral, l’activité se répartit comme suit : les sage-femmes ont assuré 59 680 IVG (soit plus de la moitié), les médecins généralistes 22 208, et les gynécologues, médicaux ou obstétriciens, 26 400. Au sein des centres de santé et des centres de santé sexuelle, l’activité déclarée s’élève à 5510 IVG réalisées par des sage-femmes, 5450 par des médecins généralistes et 1710 par des gynécologues, médicaux ou obstétriciens.


