Salon de l'agriculture 2025: David Lisnard, président de l'Association des maires de France sur le stand de Mayotte  : « Le combat des agriculteurs, c’est le combat des maires »

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Salon de l'agriculture 2025: David Lisnard, président de l'Association des maires de France sur le stand de Mayotte  : « Le combat des agriculteurs, c’est le combat des maires »

C’est au stand de Mayotte que David Lisnard, président de l’Association des maires de France (AMF), accompagné d’une délégation des instances de l’AMF, a une nouvelle fois exprimé le soutien des maires en faveur des agriculteurs du territoire, toujours en difficulté après le passage des cyclones Chido et Dikeledi. Alors que le Salon International de l’Agriculture se poursuit jusqu’au 2 mars, ce jeudi 27 février a été l’occasion d’un temps d’échange entre les élus de l’Hexagone présents, le président de l’Association des maires de Mayotte, Madi Madi Souf, et les représentants de la Chambre d’agriculture, de pêche et d’aquaculture de Mayotte. Objectif : continuer de maintenir la pression pour dénoncer les contraintes et les injonctions contradictoires qui pèsent sur les agriculteurs. Une situation encore plus difficile pour les agriculteurs mahorais.

La participation de Mayotte au Salon International de l’Agriculture n’était pas certaine au vu de la situation critique des agriculteurs du territoire. C’était sans compter sur l’élan de solidarité des organisateurs de l’événement qui, cette année, ont tenu à offrir l’espace réservé à la délégation mahoraise. C’est dans cette même logique que, pour la première fois, un temps d’échange a été organisé avec l’Association des maires de France. « Le combat des agriculteurs, c’est le combat des maires et le combat des maires, c’est le combat des agriculteurs », lançait David Lisnard, président de l'Association des maires de France, à la foule, devant le stand mahorais.  « L’agriculture, c’est la survie de la France. Et aujourd’hui, cette survie est menacée. Par la bureaucratie, par l’abandon, par un empilement de normes absurdes qui découragent ceux qui nous nourrissent. » À ses côtés, Madi Madi Souf, président de l’Association des maires de Mayotte, acquiesce. « Avant, on parlait de difficultés. Maintenant, on parle de survie. Qui peut se relever après ça, sans une mobilisation massive de l’État ? »

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Une bureaucratie paralysante

Les chiffres peinent à traduire la réalité du terrain. « On pourrait croire que ce sont des statistiques, mais derrière ces chiffres, il y a des hommes, des femmes, des familles entières qui ne savent pas comment elles vont manger demain », insiste Madi Madi Souf. « L’agriculture mahoraise, ce n’est pas un secteur économique comme un autre. C’est une question de subsistance. Les gens cultivent pour se nourrir. Ils élèvent des bêtes pour survivre. Aujourd’hui, tout cela est à terre. »

Deux mois après la catastrophe, les routes agricoles ne sont pas totalement dégagées et les agriculteurs peinent à protéger leurs cultures. « Il y a des agriculteurs qui, encore aujourd’hui, n’ont même pas reçu de bâches pour couvrir leurs plantations », s’insurge David Lisnard.

« Ce qu’ils demandent, c’est du bon sens », poursuit-il. « Pouvoir accéder à leurs champs, replanter, protéger leurs bêtes. Mais au lieu de ça, on leur met des bâtons dans les roues. »

Le problème ne se limite pas, en effet, aux dégâts matériels, mais aussi à une machine administrative contraignante. « On a une réglementation totalement déconnectée de la réalité », dénonce le président de l’Association des maires de France.

« Il y a des familles qui tentent d’importer quelques régimes de bananes pour se nourrir, et on les bloque à la douane sous prétexte de protection de la production locale… alors que toutes les plantations ont été détruites ! Vous vous rendez compte de l’absurdité ? »

Sur cette question, la préfecture de Mayotte autorise, depuis quelques semaines et à titre dérogatoire, d’emporter dans ses bagages des végétaux frais ou secs à ses frais, destinés à la consommation humaine uniquement, et conditionnés dans un emballage dédié. La dérogation prendra fin le 30 avril 2025.

Durant son allocution, le président de l’AMF a élargi le débat à l’ensemble du pays. « Ce qu’on vit à Mayotte, c’est un concentré des absurdités qu’on impose à nos agriculteurs partout en France. On leur interdit certains intrants qui sont autorisés partout ailleurs en Europe. On impose des contraintes environnementales absurdes sans leur donner les moyens de les appliquer. »

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Un appel à l’action

Face à ce constat, l’AMF entend peser de tout son poids pour changer la donne. « Les maires sont en première ligne », affirme David Lisnard. « Nous sommes 35 000 en France. Parmi nous, il y a plus de 6 000 maires agriculteurs. Ils savent ce que c’est. Ils le vivent au quotidien. Alors nous ne lâcherons rien. »

Pour Madi Madi Souf, un appel est lancé pour que les agriculteurs se rapprochent de l’Association des maires. « Nous pouvons appuyer leurs doléances. Depuis que je suis président de l’Association des maires de Mayotte, je peux vous dire une chose : sans l’AMF, on serait encore plus seuls. Aujourd’hui, nous avons besoin de ce soutien plus que jamais. »

Au-delà de l’urgence, l’objectif est aussi de faire de cette crise un levier pour repenser l’avenir de Mayotte. « On parle souvent de ‘reconstruction’. Mais Mayotte ne doit pas être reconstruite. Elle doit être construite », martèle le président de l’AMF. « Il faut enfin une deuxième unité de dessalement pour répondre à la problématique de l’eau, un véritable réseau routier, des infrastructures adaptées. Si on ne saisit pas cette opportunité, alors nous aurons échoué. »

D’ici dimanche, d’autres rendez-vous et d’autres actions sont prévus en faveur des agriculteurs de Mayotte.

Abby Said Adinani