Brède mafane, margose, goyavier, igname, piment de Cayenne, fruit de la passion et tant d’autres espèces exotiques poussent en agriculture biologique sur l’exploitation de Yann Metayer, dans le Finistère (Bretagne). Passionné des Outre-mer, ce producteur qui a vécu en Guyane cultive 1 100 variétés différentes, dont une quarantaine est originaire des territoires ultramarins. Reportage dans sa ferme Ty Tropik, à Plomeur.
Le jardin de Yann Métayer est un mélange entre un havre de paix et une caverne d’Alibaba. Entre les nombreuses variétés de piments, poussent des plants d’agrumes du monde entier, des plantes aromatiques et médicinales et des centaines de fruits et légumes exotiques. Pourtant, nous ne sommes dans aucun territoire tropical mais bien à l’ouest de la Bretagne, à Plomeur, dans le Finistère.
Yann Métayer a créé Ty Tropik il y a 10 ans, une exploitation dédiée aux cultures du monde. L’arboriculteur cultive 1 100 variétés différentes sur trois hectares (sur un terrain de 14 ha). Parmi elles, une quarantaine vient des Outre-mer. On retrouve par exemple des goyaviers, de l’igname, du gingembre, du Brède mafane, de la margose, de la baselle, du jujubier, du combava, de la pomme en l'air, de la citronnelle, etc.. « Et bien sûr, du piment de Cayenne, du piment habanero et du piment végé, les Antillais l’adorent », décrit le producteur de 38 ans en longeant une des allées de la grainothèque où poussent 48 variétés de piments.

La balade sous les serres est une découverte gustative et olfactive incroyable, on retrouve des légumes rares, cultivés autrefois pour leurs bienfaits et abandonnés aujourd’hui par la plupart des producteurs, mais aussi des plantes médicinales qu’il est très difficile de trouver dans l’Hexagone. « Voilà notre Doliprane à nous », rigole Yann Métayer en montrant un plant nommé « efferalgan Guadeloupe ». De la famille des Lamiacées, cette plante médicinale est très prisée dans les Antilles pour ses vertus thérapeutiques.
Deux tonnes de fruits de la passion chaque année
Mais la star ici, c’est le fruit de la passion. Ses lianes grimpent partout autour des serres et deviennent même parfois un peu « envahissantes », ironise le créateur de Ty Tropik. Il faut dire que la croissance de cette plante est impressionnante. En seulement quelques semaines, le plant a grimpé de plusieurs mètres. « Ici c’est notre champ de passion, on a 2 000 m2 de culture sur la ferme », désigne-t-il en frôlant des mains les lianes fines agrémentées de fleurs violettes, les passiflores.
Chaque année, le maraîcher produit deux tonnes de fruits et vend des dizaines de plants aux particuliers et professionnels qui souhaitent faire pousser ce fruit emblématique des Outre-mer dans leur jardin. « Le fruit de la passion, c’est ce qui a créé le projet. C’est la raison de mon engagement », avoue Yann Métayer. « Quand j’étais tout petit, c’est la toute première plante que mon père m’a montrée. Il en faisait pousser dans le jardin familial à Nantes. J’en ai ensuite mangé partout où je voyageais. C’est un fruit que j’aime énormément. »
C’est aussi ce qui a fait la renommée de Ty Tropik. Les clients parcourent parfois des kilomètres pour lui acheter ses fruits de la passion, dont la récolte a lieu d’août à décembre selon les variétés.

Dans la ferme bretonne Ty Tropik, la majorité des fruits et légumes poussent sous serre mais aucune n’est chauffée en hiver. Pourtant, les cultures s’acclimatent et les récoltes sont abondantes. Comment ces espèces exotiques, telles que le fruit de la passion, habitué aux chaleurs, à l’humidité et au soleil, résistent au climat breton ? « Tout est une question d’adaptation, répond Yann Métayer, diplômé d’une école de commerce et spécialisé en analyse politique et économique. On pense toujours que les produits exotiques ne peuvent pas pousser en France hexagonale mais c’est une erreur. Il faut savoir écouter les besoins de la plante et l’aider à s’acclimater durant les premières années ».
Pour chaque espèce, Yann Métayer a fait venir le plant mère du territoire d’origine, il y a dix ans. Il a ensuite accompagné la plante lors des premiers hivers rigoureux avant de faire des semis ou des boutures pour permettre à la plante de se multiplier. « Pour les fruits de la passion, on a semé 200 plants il y a dix ans, certains ont résisté, d’autres se sont éteints. On a gardé que les plus forts et on les a replantés. Leur génotype s’est adapté au sol breton de chez nous », précise-t-il. Au fil du temps, chaque nouveau plant devenait plus résistant. « C’est comme un enfant, il faut l’aider à grandir et le protéger durant les premières années et ensuite il devient plus autonome. »
Yann Métayer ne se fournit nulle part, il reproduit lui-même chaque plant, produit les graines et les boutures : « Tout est fait maison, en agriculture biologique », assure-t-il.
Une passion pour les Outre-mer
Yann Métayer ne peut pas tout faire pousser pour autant. Certaines cultures exotiques en Bretagne seraient pour lui absurde. C’est le cas de la vanille, qui a besoin de beaucoup de chaleur. La croissance du vanillier est optimale à des températures comprises entre 21 et 32 °C, les gelées d’hiver menaceraient sa survie à moins de les mettre sous serre chauffée, ce que refuse le producteur. « Ce serait vraiment en décalage avec l’urgence écologique actuelle », considère-t-il.
D’autres plantes ne poussent pas ou ne seraient pas adaptées à leur activité. « Il est difficile de faire pousser les plantes équatoriales ou celles vivant en basse altitude sauf quelques exceptions », détaille Marc Métayer, le papa, qui a transmis sa passion à son fils et travaille aujourd’hui à ses côtés. « Il existe quelques plantes équatoriales qui ont gardé dans leurs gènes un souvenir d’une période froide. Ces marqueurs permettent ensuite qu’elles s’adaptent au climat breton avec des hivers froids. »

Yann Métayer est un passionné des Outre-mer. Il a grandi en Bretagne avant de partir découvrir l’Amérique du Sud en sac à dos. Il s’est installé en Guyane, où il enseignait l’économie et les maths. Il y a rencontré la mère de sa fille, cette dernière est née à Saint-Laurent du Maroni. Elle porte un très beau prénom tahitien, Tehani, et son père lui a d’ailleurs promis de lui faire découvrir la Polynésie avant ses 18 ans. « Plus que 8 ans », rigole-t-il. Preuve de son amour pour le Pacifique, un magnifique Gardenia, la fleur de monoï, trône fièrement à l’entrée de l’exploitation.
Les Ultramarins sont nombreux à venir visiter l’exploitation de Yann Métayer. « Des Mahorais, Réunionnais et Antillais viennent régulièrement. J’ai de nombreux clients qui ont vécu dans les Outre-mer ou qui y ont voyagé. Ils sont nostalgiques des bonnes saveurs ultramarines alors ils veulent planter quelques espèces dans leur jardin pour cuisiner eux-mêmes les plats typiques », raconte-t-il.
50 degrés sous les serres pendant la canicule
Ty Tropik réunit les deux passions de l’arboriculteur : les fruits et légumes exotiques et le maraîchage. « La nature est infinie, on ne s’ennuie jamais. Il y a toujours des espèces à découvrir, des saveurs à dévoiler. Tous les ans, on lance 20 à 40 nouveautés. J’aime relever le défi de faire pousser ici des plantes rares ». Mais derrière la passion, il y a aussi une réalité : la difficulté pour les agriculteurs de vivre de leur métier. « Le plus important est de payer les salariés, ce qui reste à la fin du mois sert à me verser un salaire, parfois 400 €, parfois 800 €. Heureusement que j’ai les légumes et les plantes médicinales ici », dit-il modestement.

Les fortes chaleurs qui ont frappé l’Hexagone en ce début d’été sont aussi une perte financièrement. Avec des pics à 50 degrés sous les serres, les conditions de travail ont été difficiles mais des filets d’ombrages et du paillage autour des plantes ont permis de limiter les dégâts. « Des plants ont séché ou grillé, surtout les jeunes. Les cimes des lianes de passion ont brûlé mais des nouvelles pousses sont vite reparties », rassure-t-il. Pourtant, il ne répercute jamais ces pertes sur le prix d’achat. Ses fruits et légumes gardent des tarifs constants alors que son chiffre d’affaires, lui, diminue au fil des ans du fait de l’augmentation des charges et du coût de plus en plus élevé des matériaux et du terreau.
Alors pour diversifier ses ventes, Yann Métayer se met en cuisine. Il concocte quelques produits d’épicerie aux saveurs exotiques : ketchup réunionnais, jus de pomme et combava, purée de piments, jus gingembre curcuma, glaces exotiques. Un délice et une explosion de saveur assurée.

