À l’occasion de La Rencontre des entrepreneurs de France (La REF), organisée les 26 et 27 août à Roland-Garros, à Paris, les territoires ultramarins ont souhaité, cette année, renforcer leur visibilité en se regroupant dans un espace commun, plus vaste et plus central. Une évolution portée notamment par Bruno Blandin, coprésident du Comité Outre-mer du MEDEF et président de l’UDE-MEDEF Guadeloupe. Interviewé par Outremers360 sur le stand de l’UDE-Medef Guadeloupe, il défend une ligne claire : face à des difficultés largement partagées, les Outre-mer doivent parler davantage d’une seule voix. Emploi des jeunes, délais de paiement, empilement des normes, aides publiques, fonds européens, sécurité… Le 27 août, il portera aux côtés de ses collègues, ces messages devant les représentants des Outre-mer des partis politiques, réunis pour la première fois dans ce cadre à La REF. A l’approche de l’élection présidentielle de 2027, Bruno Blandin veut faire de ce rendez-vous une étape décisive pour inscrire les priorités ultramarines dans le débat national.
« Les Outre-mer doivent être ensemble »
Pour Bruno Blandin, le choix d’installer les Outre-mer au cœur de La REF traduit une volonté politique et économique : celle de dépasser les approches territoire par territoire : « Définitivement, il faut qu’on comprenne que les Outre-mer doivent être ensemble », insiste-t-il. « Nous devons représenter les Outre-mer avec un S », résume Bruno Blandin.
Une unité qui ne signifie pas pour autant gommer les spécificités de chaque territoire. À l’approche de l’élection présidentielle, il plaide ainsi pour des propositions à la fois « verticales et horizontales ». Verticales, pour répondre aux problématiques propres à chaque Outre-mer et horizontales, pour porter collectivement les enjeux communs à l’ensemble des territoires.
Car derrière les différences géographiques, économiques ou institutionnelles, le chef d’entreprise identifie plusieurs difficultés communes récurrentes : les délais de paiement, la complexité administrative, l’application des normes, l’accès aux financements, mais aussi et surtout l’emploi des jeunes.
Le chômage des jeunes, « ce n’est pas soutenable »
Sur ce sujet, Bruno Blandin se montre particulièrement préoccupé. « Nous avons un taux de chômage trop élevé, particulièrement chez les jeunes. Ce n’est pas soutenable », affirme-t-il. « Il faut absolument que l’on puisse avoir une vision partagée en ce qui concerne les projets et l’emploi des jeunes », plaide-t-il.
Il appelle donc les représentants économiques ultramarins à construire ensemble des propositions sur l’emploi et l’insertion des jeunes. Avec, en toile de fond, une autre demande : celle de la stabilité politique.
Les nombreux changements à la tête du ministère des Outre-mer au cours des dernières années ont, selon lui, rendu plus difficile l’inscription des politiques dans le temps. Or les entreprises ont besoin d’une vision durable, lisible et partagée.
Bruno Blandin regrette aussi le regard parfois porté depuis Paris sur les territoires ultramarins. « Les six ou sept ministres qui sont passés aux Outre-mer, il y en a plus de la moitié qui disaient : “Les Outre-mer, c’est compliqué” », affirme-t-il. Une appréciation qu’il récuse : « Justement, ce n’est pas compliqué, il suffit de les écouter. »
« Mieux d’argent, pas plus d’argent »
Bruno Blandin récuse l’idée selon laquelle les acteurs ultramarins demanderaient systématiquement davantage de moyens financiers à l’État.
Sa formule est directe : « Nous voulons mieux d’argent, pas plus d’argent. » Derrière cette expression, le président de l’UDE-MEDEF Guadeloupe réclame avant tout une clarification des aides existantes, qu’il s’agisse des dispositifs nationaux, européens ou des soutiens aux entreprises. Il souhaite des mécanismes plus lisibles, mieux ciblés et surtout évaluables : « Il faut que ce soit ciblé, mesurable et contrôlable, dans une transparence totale », explique-t-il.
L’enjeu, selon lui, est moins de multiplier les dispositifs que de s’assurer de leur efficacité réelle sur le terrain. Il ne demande d’ailleurs pas moins de contrôles : « On demande plus de contrôles, mais plus rapides. » Une exigence qu’il étend plus largement aux procédures administratives : « Aujourd’hui, ce n’est plus tenable d’avoir un permis de construire en six, huit ou dix mois. » Cette recherche d’efficacité passe ainsi par ce qu’il qualifie de nécessaire « choc de simplification ».
Mais Bruno Blandin ne renvoie pas toutes les responsabilités vers Paris. « Il faut aussi qu’on balaie devant notre porte », reconnaît-il, en pointant notamment les marges de progrès dans l’utilisation des financements européens.
En Guadeloupe, explique-t-il, certaines enveloppes du FEADER restent insuffisamment mobilisées, là où d’autres territoires ultramarins parviennent davantage à utiliser les fonds mis à leur disposition.
Pour le dirigeant patronal, les collectivités comme les administrations locales doivent donc elles aussi gagner en rapidité, en capacité d’instruction et en efficacité. Les entreprises, estime-t-il, ont avant tout besoin de réponses rapides, qu’elles soient positives ou négatives, afin de pouvoir avancer.
La présidentielle de 2027, une échéance à « ne plus laisser passer »
Cette volonté de structurer une parole ultramarine commune doit trouver une première traduction politique dès le 27 août, avec une rencontre organisée à La REF avec des représentants ultramarins de différents partis politiques.
Une séquence que Bruno Blandin juge essentielle à l'approche de l'élection présidentielle de 2027. « Cette échéance, nous ne devons plus la laisser passer », prévient-il.
Le Comité Outre-mer du MEDEF travaille notamment avec les chambres de commerce ultramarines pour rédiger un document qui regroupera ces propositions : « Ce sera du concret, ce ne sera pas du blabla et ce ne sera pas non plus des saules pleureurs. Nous voulons arrêter de pleurer », lance Bruno Blandin. Une manière d'assumer une ligne fondée moins sur la revendication de nouveaux moyens que sur la recherche de dispositifs plus efficaces et mieux adaptés.
Guadeloupe et Martinique : « nous sommes sur une pente descendante »
Car l’urgence est d’autant plus forte que Bruno Blandin se montre inquiet de la situation économique des Antilles. « Nous sommes sur une pente descendante », alerte-t-il à propos de la Guadeloupe et de la Martinique. Selon lui, très peu d’entreprises parviennent aujourd’hui à afficher un chiffre d’affaires supérieur à celui de l’année précédente.

Une dégradation qui finit mécaniquement par toucher l’emploi et fragiliser davantage les entreprises. Il constate également une augmentation liquidations judiciaires : « de l’ordre de 30 ou 40 % de plus par rapport à l’année dernière. Ce n’est pas soutenable. Nous devons changer ce paramètre. Nous devons changer cette orientation. »
Outre la simplification administrative, Bruno Blandin pointe les délais de paiement de l’État et des collectivités territoriales, ainsi que la baisse de la commande publique, qu’il considère comme de véritables freins à l’activité des entreprises.
La sécurité, une des conditions du développement économique
« Notre gros souci aujourd’hui, c’est la sécurité ». Dans un environnement caribéen marqué notamment par les trafics et la circulation des armes, l’insécurité pèse aussi, selon Bruno Blandin, sur l’activité économique et le développement des entreprises.
À l’heure où les candidats à la présidentielle commencent à multiplier les déplacements et les annonces dans les Outre-mer, les entrepreneurs ultramarins attendent désormais que les grands discours se traduisent en actes.

