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Présidentielle 2027 : À la REF, les représentants des candidats confrontés aux revendications des patrons ultramarins
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Quelques minutes avant le premier grand débat politique de la campagne présidentielle, les représentants des principaux candidats ont été invités à préciser leurs propositions pour les Outre-mer lors d’un débat organisé dans le cadre des Rencontres des Entrepreneurs Français (REF) par le Comité Outre-mer du Medef. Face à eux, les Medef ultramarins ont notamment placé au cœur des échanges deux dossiers très concrets : l’avenir de l’octroi de mer, les délais de paiement des collectivités publiques, ou encore les zones franches globales.

Un même constat, mais des réponses sensiblement différentes. Réunis dans le cadre de la REF, les représentants de Bruno Retailleau, Édouard Philippe, Gabriel Attal, Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier, Raphaël Glucksmann, du Parti socialiste et de Marine Le Pen ont défendu leurs visions respectives de l’avenir économique des Outre-mer. Une séquence inédite, ouverte par le président du Medef Patrick Martin, qui marque l'entrée des Outre-mer dans la campagne électorale.

Pour la représentante de Bruno Retailleau, Jacqueline-Eustache Brinio, le principal enjeu est de sortir d’une logique reposant trop largement sur les financements publics. « Il va falloir que nous apportions des solutions, peut-être innovantes, qui vont peut-être bousculer », a-t-elle estimé, plaidant pour davantage de soutien aux entreprises et pour la création d’emplois afin de permettre aux jeunes ultramarins de rester dans leurs territoires. La question de la sécurité et de l’immigration fait également partie, selon elle, des sujets incontournables.

Le représentant d’Édouard Philippe, Jean-Claude Beaujour, a défendu une stratégie fondée sur la stabilité fiscale, l’investissement et l’attractivité, avec une trajectoire à cinq ans et le développement du financement des entreprises. « Nous souhaitons qu'il n'y ait pas de présidentiel sans les Outre-mer », a-t-il affirmé, appelant à changer le regard porté sur ces territoires et à valoriser leurs potentiels dans le maritime, la géologie ou encore l’innovation.

Pour Gabriel Attal, représenté par le député Jean-Luc Fugit, les mots d’ordre sont « liberté, investissement, ambition ». Renaissance propose notamment un grand plan d’investissement construit avec les territoires, donnant aux entreprises une visibilité sur cinq ans et davantage de liberté dans la définition des priorités locales. « Nous voulons faire avec les Outre-mer et non pas faire pour », a-t-il résumé.

À gauche, le député de La Réunion Perceval Gaillard, représentant Jean-Luc Mélenchon, a insisté sur la justice sociale, la relance économique et la transition écologique, en mettant en avant les difficultés structurelles des économies ultramarines. La France insoumise propose notamment une hausse du SMIC à 1 700 euros, un encadrement des prix, un vaste programme de logements sociaux et une accélération des investissements dans les énergies renouvelables.

Les Écologistes, représentés par Kenzy Gauthierot pour Marine Tondelier, défendent pour leur part un renforcement du développement endogène et de l’autonomie économique des territoires. « Sans vous, il n'y a pas de richesse qui se crée et qui est valorisée », a-t-il lancé à l’adresse des entrepreneurs ultramarins.

Temanuata Girard, vice-présidente de la Région Centre-Val de Loire, représentante de Raphaël Glucksmann pour Place publique, a insisté sur la nécessité de tenir compte de la diversité des territoires ultramarins, de leurs statuts et de leurs potentiels respectifs. Le Parti socialiste, par la voix d’Olivier Nicolas, a de son côté appelé à tirer les leçons de vingt années de politiques publiques qui, selon lui, n’ont pas permis de résoudre les difficultés persistantes. « Nous sommes encore là à parler de problèmes qui existaient il y a 20 ans », a-t-il déploré.

Enfin, André Rougé, représentant de Marine Le Pen, a dénoncé « l’abandon » des Outre-mer par les gouvernements successifs et défendu une ambition visant, à terme, leur autonomie économique et leur transformation en hubs économiques régionaux. Pour le Rassemblement national, les territoires doivent notamment « retrouver de l’air, retrouver de l’eau, retrouver de l’ordre et surtout retrouver de la confiance ».

Octroi de mer : consensus sur la réforme, désaccord sur son ampleur

Sur l’octroi de mer, un point commun s’est dégagé : aucun des représentants présents ne défend une réforme décidée unilatéralement depuis Paris. La concertation avec les filières et les collectivités ultramarines est devenue le préalable revendiqué par quasiment tous les candidats.

Les représentants de Bruno Retailleau, d’Édouard Philippe et de Gabriel Attal se prononcent pour une adaptation du dispositif, tout en maintenant son rôle de protection de la production locale. Renaissance estime notamment que sa forme actuelle ne permet pas nécessairement de répondre simultanément aux enjeux de compétitivité, de vie chère et de financement des collectivités.

La France insoumise s’oppose en revanche clairement à sa suppression. Perceval Gaillard estime que l’octroi de mer protège des emplois et constitue une ressource essentielle pour les collectivités. « Oui à la réforme de l’octroi de mer [...] certainement pas la suppression de l’octroi de mer », a-t-il résumé. Les Écologistes, Place publique et le Parti socialiste défendent également le maintien d’un outil adapté aux réalités de chaque territoire. Olivier Nicolas a notamment appelé les formations politiques à se coaliser pour éviter que l’octroi de mer ne soit remplacé par une TVA sociale et pour obtenir une plus grande stabilité du dispositif.

Le Rassemblement national plaide une reconfiguration plutôt qu’une suppression. André Rougé considère l’octroi de mer comme inflationniste et souhaite le recentrer sur la protection de la production locale et sur les produits provenant de l’extérieur de l’Hexagone et de l’Union européenne, avec une compensation du manque à gagner pour les collectivités.

Délais de paiement : les entreprises refusent de jouer les banquiers des collectivités

Le second sujet a fait émerger un diagnostic largement partagé : les retards de paiement des acteurs publics constituent un problème majeur pour les entreprises ultramarines, particulièrement dépendantes de la commande publique. Le camp Retailleau propose ainsi un mécanisme public de paiement anticipé des fournisseurs, afin que les difficultés de trésorerie des collectivités ne se transforment plus en dette pour les entreprises. « Une dette publique ne doit plus jamais fabriquer une dette privée », a résumé Jacqueline Eustache Brinio.

Édouard Philippe privilégie notamment le mandatement d’office, l’étalement des dettes sociales et l’accompagnement des entreprises fragilisées par d’importantes créances publiques. Renaissance veut davantage de transparence sur les délais de paiement et un renforcement des dispositifs de soutien aux collectivités en difficulté.

Jean-Luc Mélenchon défend, lui, une relance de l’activité par la commande publique, notamment dans le logement social et la transition écologique, tout en renforçant le contrôle du respect des délais de paiement. Les Écologistes se prononcent pour l’étalement de la dette, une enquête et une quotation des collectivités afin de donner davantage de visibilité aux entreprises.

Le Parti socialiste appelle à combiner respect des délais, avances de trésorerie et relance des investissements structurants. Olivier Nicolas a donné un chiffre particulièrement marquant pour illustrer la situation en Guadeloupe : « Aujourd'hui, 100 millions d'euros, c'est le montant des factures non payées dans le BTP en Guadeloupe ». Il plaide pour un véritable plan d’apurement des dettes afin d’éviter de nouvelles faillites.

Le représentant du Rassemblement national a enfin rappelé que la puissance publique devait être « exemplaire » et appliquer les intérêts et pénalités prévus par le Code de la commande publique. Favorable à l’étalement des dettes, il s’est en revanche montré plus réservé sur le principe d’une cotation des collectivités.

Zone franche globale : des positions variées

Interrogés sur les zones franches globales, les représentants ultramarins de la gauche ont émis des positions nuancées. LFI et Les Écologistes affichent leur opposition claire. « Nous sommes plutôt favorables à un pacte de stabilité fiscale qui permettrait d'investir dans nos territoires », justifie le représentant de Marine Tondelier.

Côté PS et Place publique : « oui mais ». « Il nous paraît important qu'elles soient conditionnées et qu'elles aient des orientations » explique Temanuata Girard. « Si on a des zones franches, il faut que ça appuie sur la visibilité, il faut soutenir les PME, il faut conditionner les dispositifs incitatifs à des critères en matière de production locale, mais aussi de souveraineté et de transformation écologique ».

Édouard Philippe serait, lui, « beaucoup plus prudent sur la question de zone franche globale », selon son représentant. « Nous sommes plutôt favorables à un régime d'attractivité renforcé pour nos régions et qui soit applicable dans la durée, concentré sur les entreprises qui s'implantent de manière durable et qui réalisent des investissements significatifs et faibles d'emplois », explique Jean-Claude Beaujour.

Du côté de Gabriel Attal, « on n'est pas certain que le dispositif que vous appelez zone de franche et fiscale soit vraiment le plus adapté ». Jean-Luc Fugit évoque une mise à plat des dispositifs de défiscalisation et d'exonération. André Rougé s’est dit, lui, davantage favorable à des dispositifs de défiscalisation et d'exonération de charges plutôt qu'une zone franche.

Nouvelle-Calédonie : l’urgence de la stabilité politique

Sur la Nouvelle-Calédonie, « il va bien falloir que tout le monde se mette autour de la table pour arriver à la stabilité politique qui va rassurer tous les partenaires », a martelé la sénatrice Jacqueline Eustache Brinio. « Cette stabilité politique s'impose parce qu'on ne fait pas de développement économique s'il n'y a pas de stabilité politique » abonde Jean-Claude Beaujour.

« Si nous sommes élus, il y aura un référendum dans les trois mois, national puis local, sur la question de l'indépendance » a rappelé Perceval Gaillard, reprenant l’annonce faite par Jean-Luc Mélenchon lors de son meeting à Saint-Denis. « Quel que soit le résultat de ce référendum, il y aura de toute manière des relations à avoir avec la Nouvelle-Calédonie », a-t-il ajouté, s’engageant à ce que la France se fournisse en nickel calédonien.

« Le prochain quinquennat devrait être celui de l'action »

« Les interventions que nous venons d'entendre montrent une chose : de la Guyane à la Réunion, de la Guadeloupe à la Polynésie française, de la Martinique à la Nouvelle-Calédonie, de Saint-Martin à Saint-Pierre-et-Miclon, les situations sont différentes. Mais derrière cette diversité, les messages convergent » a déclaré Bruno Blandin, président de l’UDE-Medef Guadeloupe, et co-président, avec Bruno Arcadipane, du Comité Outre-mer du Medef.

« Nos entreprises ont besoin de visibilité, de stabilité, de simplification et de confiance pour investir et se développer » a-t-il insisté, soulignant une nouvelle fois les « handicaps structurels » que sont les délais de paiement ou encore l'emploi des jeunes. « Nous proposons de travailler à nouveau sur un pacte pour l'emploi des jeunes dans les Outre-mer, construit avec les entreprises adaptées aux besoins de chaque territoire ».

Sur la fiscalité, Bruno Blandin demande « un choc de simplification, d'une fiscalité stable, pérenne, lisible et suffisamment attractive pour encourager la prise de risque et renforcer les fonds propres adaptés aux réalités ultramarines ».

Il réclame aussi dans les 100 premiers jours du prochain mandat présidentiel, « une véritable loi d'orientation et de programmation pour les Outre-mer ». « Une loi qui donne un cap sur 5 ou 10 ans, qui donne enfin aux territoires et aux entreprises les moyens de construire leur développement économique dans la durée, mais surtout qui soit construite dès son origine avec les territoires et avec les entreprises ultramarines ».

« Nous avons suffisamment diagnostiqué, nous avons suffisamment expérimenté, nous avons suffisamment attendu. Le prochain quinquennat devrait être celui de l'action », a-t-il conclu.